LIVRE SIXIÈME
journalières. On pense que celle hostilité dut prendre naissance après la malheureuse journée de Crécy, à la suite de quelques querelles entre les chers ; mais quelle qu'en fût l'origine, il appartenait à Mgr Guillaume Berlrand de Briquebec, évoque de Beauvais, de joindre ses. efforts à ceux du roi Jean, et d'employer son ministère de conciliation pour arrêter cet état de choses et rapprocher les esprits divisés. Les fonctions pastorales obligent Tévéque à se mêler à son troupeau, à visiter les différentes parties de son diocèse, à s^enquérir des nécessités et des misères morales des populations, à s'interposer pour fermer les blessures et lever les obstacles qui nuisent au règne social de la charité évaugélique. Guillaume, qui était de l'illustre famille des Bertrand de Briquebec en Normandie, alliée par les femmes à la maison de Clermont de Nesie, ne faillit pas à son pieux devoir : on le voyait sur tous les chemins du diocèse de Beauvais, allant de cité en cité, pour rétablir l'ordre et l'harmonie brisée des cœurs.
Le R. P. abbé Guillaume II, qui gouvernait l'abbaye de Jtoyaumont depuis 15i9, profita de la tournée pastorale de l'cvêque de Beauvais, en 1551, pour engager Mgr de briquebec, à faire une visite épiscopale au monastère comme étant de sa juridiction. Ce fut une solennité qui attira un grand concours, et les moines furent heureux de recevoir un des grands représentants de l'Église; le prélat, qui se distinguait par une piété sincère, une foi vive et un grand zèle pour Taccomplissement de ses devoirs, consacra plusieurs autels dans l'église de Royaumont^ Toutes les chapelles furent successivement dédiées aux saints dont l'abbaye avait obtenu des reliques ; il est d'ailleurs besoin d'une consécration spéciale, avant que les objets puissent servir au culte. Le prélat adressa des
• ///«/. de Ikauvaiê, pr DeletU'c, l. U, p. 457.
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paroles d'édification aux religieux de Royaumonl*; el quoiqu'on n'ait pas conservé le texle de ce discours, ou sait bien ce que pouvait être l'éloquence du qualomème siècle : un discours prononcé par un évoque, dans un doitre, est d'ordinaire un mot de doctrine puisé dans les sur abondances de son savoir, c'est un. élan du cœur qui pari de sa poitrine tout embaumée d'évangile. Et, que Dallailil dire à des religieux, en 1351? Si quelques-uns avaial quitté la splendeur d'une famille opulente, si rieu nawit été capable de les attirer et de les rappeler à la jouissame des biens de la terre,, c'était le lieu d'agiter la queslk» de la liberté ou de la contrainte qu'on éprouve dans k cloître ; si le monastère est une prison ; si on n'a pas m contraire dans ces pieux asiles une liberté que le moni ne soupçonne pas ; si enfin Tindépendance du luondii' n'est pas plutôt un esclavage dans toute la i-calilc ^1' mot.
On a des manières inexactes de se représenter de lujours la vie claustrale. Mgr de Briquebec n'avait paspncisément à réfuter nos théories sombres concemin l'existence du moine ; il n'avait pas à démontrer que l vie de Royaumont était compatible avec « cet épanouis^' ment joyeux du cœur, avec cette cordialité intellecluelt avec celle expansion inattendue de sympathie, avec c»* boutades amicales » qui caractérisent la vie libre et sê^ lière. Le bernardin ne riait pas d'un rire fou ; mais il : faudrait pas imaginer que son existence fût à la mîsanthrr pie fixe, comme ces thermomètres qui sont étemellciut" au variable. La vie religieuse était quelque chose • contenu dans la régie, mais qui excluait par là luîn les sentiments tristes et désolés. On se méprend |^i être sur les vocations exceptionnelles : lantùt n'< raillons ceux qui croient au bien, à la perfection ii '
' Hi9l, de ikttuvttis, ibiil. — Louvct, AfUig^ dn