LIVRE PREMIER
Louis Vin devrait éveiller des sympathies dans le cœur de la nation.
L'année 1226 vit sa dernière expédition militaire; et de quelque manière qu'on envisage celte dernière croisade contre les Albigeois, quelque répugnance qu'on éprouve à trouver l'eiîusion du sang au bout des controverses religieuses et des disputes sur la foi, il est certain qu'envisagé dans ses résultats, le passage de Louis YIII contribua à Tachèvement de l'unité territoriale de la France.- Louis VIII prouva, au mémorable siège d'Avignon, qu'il était énergique et ferme .jusqu'à engager sa santé et sa vie. La victoire lui coûta cher, puisqu'il contracta, croit-on, sous les murs de cette ville, les principes de la maladie qui devait l'emporter prématurément.
Mais il convient de ne pas se précipiter encore vers cette année fatale et de considérer le fils de Philippe Auguste antérieurement aux catastrophes de 1226; Louis VIII n'avait pas dérogé, pendant ses années de vaillance, de santé et de jeunesse, à ce qui était l'entraînement traditionnel des princes, dans les premiers temps de la monarchie ; il se sentit attiré vers les contrées qui se développent au nord de Paris.
C'étaifune vieille question de goût et il'habitude chez les rois francs, qui n'habitaient guère les cités ; ils allaient de Tune de leurs villas à l'autre, consommant en chacune les provisions qui y avaient été amassées. Augustin Thierry a dépeint quelques-unes de ces immenses fermes, où les rois francs tenaient leur cour, préférables pour eux aux plus belles villes des Gaules*; et dès cette époque les villages royaux abondaient du côté de Compiègne, de Luzarches, d'Asnières-sur-Oise, de Beaumont, de
* V. Augustin Thierry, Récits des temps méravingiem, t. I, p. 3(53, et V Histoire de France de U. Duruy, ministre de l'instruction publique.
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Clcrmont en Beauvaisis, à cause de ces prërérences des princes. On pourrait alléguer aussi avec Malingre la raison politique qui inspirait aux princes de la race carlovingienne de Téloignement pour le séjour de Paris : « La raison, je la pense être, non par le jeu de lustre du lieu, ainsi que la cité de Paris était sujette aux comtes ya faits héréditaires, et lesquels étaient Celtes naturels, lesquels ne lendoyent qu'à remettre la couronne es mains de la race légitime... la ligne de Charlemagne sortant au contraire de la race de Gaule-Belgique. »
Les rois de la troisième race ne modifièrent pDint ces habitudes ; ils aimèrent à venir dans ces vallées que parcourt l'Oise, où l'on ne sortait point de l'ancienne Ile-de- France, du domaine de la couronne, de la forêt de Cuise et de Compiègne, et où se déployaient, au milieu des bois, non loin de TOise, ces châteaux, ces maisons de plaisance qu'avaient fait construire les rois des deux premières races^ Âsnières-sur-Oise, placée sur la grande ligne des excursions et des chasses royales, eut de bonne heure un château royal, où nous retrouvons le fils de Philippe Auguste venant chercher, dans les loisirs des belles et fraîches solitudes, des compensations aux amertumes de la vie politique. On doit s'appesantir ici sur les habitudes intimes et sur les détails de la vie privée des pilnces au douzième et au treizième siècles, parce que les origines de l'abbaye de Royaumont y trouvent en partie leur explication.
Il y a deux manières de classifier les destinées sociales cl politiques des hommes : les uns jouent un rôle de leur vivant, ils épuisent la gloire ; leurs œuvres sont adéqua-
* Au septième siècle, nous trouvons, du temps de la première race, le roi Uovis in demeurant à Luzarcbes de 091 à 095, Palatium et iM^ardm ^NalHllon, de re dipiomatica, in-folio, 1709, p. 295), et écoutant un procès porté devant lui au sujet d'une terre de Noisy-sur-Oise. (M. Al. Uahn, Eum $ur Luiarehett p. 34.)