‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 23 sur 288 · LIVRE PREMIER. i · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. i

tes à leurs désirs, ils ont assez vécu et assez réussi pour incarner dans les faits et dans les événements de leur temps leurs conceptions et leurs pensées. D'autres ont une destinée pour ainsi dire anonyme; ils ne font que traverser la scène du monde ; ils ont des pensées généreuses, mais que leurs yeux ne verront ni croître ni mûrir ; de pieux héritiers les légueront à la postérité. Tel fut le père de saint Louis, prince d une véritable valeur , mais qui n*eut pas le temps de mener à leur fin les inspirations de son ame. Son règne de trois ans, insignifiant par la durée, ne put être que la continuation de celui de Philippe Auguste; il ne sembla voué qu'aux choses ébauchées; d'autres après lui devaient parfaire ses théories et ses nobles idées. Du vivant de son glorieux père, Louis VIII avait été proclamé roi dans Londres par les barons anglais; ce ne fut qu'une royauté d'un jour et d*un instant ; la mort de Jean sans Terre mit à néant cette espérance d'un trône d'outre-Manche, les seigneurs anglais rompirent leurs engagements à l'heure intéressante, et Louis VIII pouvait désigner sa couronne provisoire de Londres du mot de déception de 1216.

Le prince français avait à ses côtés, à son foyer, une de ces femmes exceptionnelles qui sont F honneur de leur sexe, qui réconcilient avec la question conjugale et font bénir la doctrine du mariage. Blanche de Castille , dona Blanctty était la fille d'Alphonse IX, roi de Castille, et d'Éléonore d'Angleterre ; Blanche égalait par sa beauté extérieure son aïeule Éléonore de Guienne, et c'est l'éclat de son teint qui lui fit donner ce nom de Blanche ou de Candide^] maison estimait encore plus en elle les qualités de l'esprit et la nuance du caractère et la grande

> Gnndida candescens candore cordis et oris

Nomine rem signans intùs qua poUet et extra.

(Philippe le Bi-eton, liv. VI, vers 17, de la PMlippide,)

16 HISTOIRE DE HOYÂUMONT.

piété de son âme. Lorsque la princesse de Castille quitta Tolède, Burgos, l'ancien palais des Maures et la patrie du Cid, pour venir à la cour de France partager les destinées du prince royal, son mariage permit aux Français, fatigués des longs démêlés de Philippe Auguste et de Jean sans Terre, de respirer enfin'; mais elle apportait surtout auprès de Louis YIII ces précieuses qualités de femme forte qui doublent rénergie morale d'un mari. Aux amabilités charmantes d'une princesse distinguée elle joignait les qualités d'un grand homme. Elle eût donné de la fermeté à son noble époux aux heures du danger, si son courage eût pu éprouver des défaillances; mais elle avait indubitablement plus que lui cet esprit fertile en ressources, cette volonté pleine de suite, cette largeur de vues en matière de gouvernement et celte promptitude de décision si nécessaire pour empêcher les embarras de se compliquer démesurément.

L'acte de Louis VIII, acceptant la royauté à Londres, était-il d'une bonne politique? L'Angleterre n'aurait-elle pas brisé, du jour au lendemain, cette importation du sceptre français dans ses îles? Ce qui est sûr, c'est que Philippe Auguste, voyant la résolution de son fils, était loin de croire à un facile succès ; ce qui est trop vrai aussi, c'est que cette expédition d'Angleterre, après quelque temps d'entraînement de l'opinion , se retourna contre Louis ; à la mort de Jean sans Terre, le sentiment national anglais se réveilla en faveur de Henri III ; et malgré les prodiges d'activité que déploya Blanche de Castrllê, en envoyant de l'argent à son époux et surtout en l'appuyant de son énergie morale *, la fortune trahit le prince français.

* Gilles de Paris célébra les bienfaits de ce mariage dans le poème intitulé Carolitm, qu'il dédia à Louis VllI en 1200.

* Après la défaite de Lincoln, Dlaiiche de Castille alla trouver son beaupère Pliilippc Auguste, et dans son langage elle montra l'épouse dévouée

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