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viduelle, et qui s'enfoncent dans les cloîtres ; la lutte contre le mal nous parait un acte inutile, chimérique, un fuit de donquichotismey devant lequel le sage sourit et ne s'arrête pas ; nous condamnons presque ces désirs de perfectionnement qui soulèvent si puissamment le cœur de T homme et lui font accomplir tant de prodiges. Tantôt notre imagination tourne au puritanisme;, nous nous représentons le moine d'autrefois soumis à un incessant examen de conscience, et tombant, par suite d'obsessions, dans un état d'hallucination. Nous nous figurons que dans sa solitude morale, le moine vivait entouré de la plus singulière compagnie ; « le péché, la mort, la justice, la foi, le désespoir, devenaient, selon nous, des personnages non plus abstraits, mais vivants, qui obsédaient les moines. » Si de tels préjugés eussent existé au quatorzième siècle, Téloquence du prélat en eût fait justice à Royaumont; il aurait déchiré ces nuages et pourfendu ces spectres, il aurait révélé la véritable vie du cloître, et montré comment les solitudes de Royaumont et l'assemblée des frères favorisaient les sentiments heureux du cœur et les fôtes de la nature ; il aurait mis à néant tous nos faux portraits, il aurait éclairé ces physionomies que nous croyons taciturnes dans la mortification et la pénitence; il aurait entr'ouvert ces Jcvres muettes par amour et obéissance, et fait découvrir ces trésors de douce joie et d'aimable abandon que renfermaient ces âmes pures et simples. Enfin ce discours aurait rectifié ces exagérations qui présentent sur l'idée l'un moine, a une tournure d'esprit taciturne, l'habitude Je voir le péché partout et l'enfer toujours béant, le égard toujours promené sur un monde damné et sur rrie nature voilée de deuil, ces conversations solitaires e l'imagination avec la conscience^ cette analyse impi^ jyahle résultant d'un perpétuel examen àb soi-même et es tortures d'un cœur fermé devant les flammesi »
382 inSTOIIlE DE ROYAUMONT.
11 nétait que trop vrai que Tordre de Citeaux était déchu des hauteurs où lavaient élevé autrefois les exemples de vertu qu'il donnait primitivement au monde, sa pénitence surtout, ses persévérants labeurs, le fidèle accomplissement de la mission qu'il avait reçue de défendre partout les intérêts du saint-siége, et de combattre les éléments d'erreur et de division que les siècles cherchèrent à introduire dans le corps chrétien. Oui, il a^it perdu cette utile et glorieuse influence qu'il exerçait dans l'Église et sur la société, dans les conseils des papes, comme à la cour des rois, au manoir du seigneur et sous la cabane du pauvre. On pouvait expliquer les faits en assignant des causes diverses. Selon une opinion respectable', qu'on a exposée dans les livres précédents. Ton* gine de la décadence aurait historiquement pour date pr^c»^ Tépoque du malheureux abandon qui fut fait de la charte de charité^ statut fondamental de l'ordre, au treizième siècle. Tout à la fois, la déduction philosophique et les faits confirmeraient l'assertion que la décadence de l'ordre de Citeaux trouve son origine première dans la Clémentine. Jusqu'alors, l'ordre vraiment florissant illuminait le monde par la splendeur de sa sainteté et de ses vertus. A partir de Clément IV, il ne fait que déchoir. Ne peut-on pas en conclure que la décadence provenait de ce qu'on avait déserté le drapeau du premier institut? L'étude de l'ancienne et de la nouvelle constitution, au chapitre vital de VÈlection des abbés^ et des Relation» da abbayes entre elles ^ n'achèverait-elle pas d'établir que l'altéraliou de l'ordre tenait à l'altération de la constilu* tion primitive ? Les coutumes et les usages contraires qui prévalurent portèrent peu à peu leurs fruits, et prirent des proporlions immenses. Peu à peu, le niveau religieux de l'ordre baissa; son tempérament afTaibli par un déve-
* Voy. un écrivain cisterciim de notre époque; l'auteur des Ànmlts iA^ guebelle.
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toule vùi'ilable indépendance nationale. C'est un irait caractéristique de leur histoire, malheureusement trop peu connu et parfois tristement dénaturé. Pendant toute la durée des premières invasions qui se succédaient comme des ouragans dévastateurs, les moines avec les évéques et les prêtres sortis de leur école, furent ù peu près les seuls à ne pas perdre la tète. . . « A ceux qui reprochent à l'esprit monacal, dit M. de Montalembert, d'énerver, d abaisser, d'endormir Thomme, qu'il suffise de rappeler ce que furent les moines dans ces siècles de désolation et de désespoir. Eux seuls se montrèrent au niveau de tous les besoins et au-dessus de toutes les terreurs^ » Le langage de l'abbé Marculphe aux Bretons épouvantés à rapproche d'une bande nombreuse de pirates saxons : « Ayez bon « courage, et si vous m'en croyez, prenez vos armes, marte chez contre l'ennemi, et le Dieu qui a vaincu Pharaon « combattra pour vous*, » était partout le langage des moines^. »
Royaumont se félicita d'avoir possédé dans ses murs un prélat aussi distingué que celui qui visita l'abbaye, eu 135J, dont la mission fut toute conciliatrice, évangélique, et qui mérita de son temps d'être appelé la fleur . des prélats, la gloire du clergé, Phomme de la paix et du droit, le protecteur des malheureux, le zélateur des choses saintes^. Des hommes distingués l'entouraient, comme chanoines de sa cathédrale, entre autres Pierre d'Auchy^,
« Us Moines if Occidental. l",p. 264.
^ Acia SanciorumOrd, S. Bened., t. 1", p. 180.
^ f^s Moines et leur influence ^ par l'abbé Martin, nieiiibit' de l' Académie do Chanibéry, p. 55.
* On Usait, sur la tombe de Guillaume Bertrand, dans la cathédrale de Bcauvais :
Flos prelatorum, laus Cleri, clavis honorum,
Paz subjectoruni, via Juris, dux miserorum
Et divinorum lux splendens onicioi-um. i
(Louvet, t. 11. p. rii.)
' Devenu évéque de Touniay.
434 UISTOIRE DE ROYÂUMONT.
Gilles Rigaud deNoîsy, qui fut créé cardinalS Philippe de VHryS Jean de Mello*. De son côté, il ne paraît pas que Guillaume de Briquebec, à son passage à Royaumonl eo 1351 , ail eu à y déplorer des dégâts produits par latnce de l'expédition anglaise de 1 346. C'est que des ruiner avaient été faites en plusieurs localités de la contrée; Tabbaye de Saint-Germer avait été trës-roaitraitèe : le monastère de Saint-Lucien, dont Jean de Boran était abbè\ avait tellement souffert, que Fabbé se vit obligé de diminuer le personnel de sa communauté. Les chroniques m font pressentir nulle part que Boyaumont se soit tromï dans la direction des colonnes ennemies, à l'époque de i^ première incursion, quand les Anglais se retii-èrenl ver> la Manche pour s'arrêter à Crécy. Guillaume de Briquebec n'eut donc, à Royaumont, qu'à constater la marche ré^a- Hère du monastère, dont les abbés continuaient d'éditer par leur doctrine, par leurs vertus, par leur sage administration et particulièrement par leur rare huraililê. - Mais les événements allaient se précipiter, et f étoile^ la France se voiler pour de trop longues années.
' Clément VI le créa cardinal.
* Devenu évéque de Meaux. II avait traduit, en vers français, les U6'^ phase* d'Ovide,
^ Fut évéque de Cbàlou-sur-Saône.
* Denys Simon, dans ses Additions à Vhistoire de lauvet^ iiiai>iue ^'^ les abbés de Saint-Lucien, Jean de Borrenc, mort en 1355, et Eikb ' Gou vieux, mort en 1559.