LIVRE SEPTIÈME
rassasier sa vaste ambition, et pour éteindre sa jalousie contré Charles d'Espagne de la Cerda, qu'il croyait remporter sur lui dans la faveur de son beau-père, et auquel il enviait la charge de connétable, dépouille du malheureux Raoul de Nesle. « En effet, dit Yillani, historien contcma porain, le roi avait pour ce seigneur un amour si sina gulier qu'il préférait ses conseils à ceux de tous les c< autres. »
Une autre cause nourrissait l'antipathie entre 4e connétable et le roi de Navarre. Lorsque Philippe de Valois rendit à la mère de ce dernier Théritage de Jeanne de Navarre, son aïeule, il retint le comté de Champagne, comme fief masculin dévolu à la couronne ; et, soit à titre de dédommagement, soit comme acte de pure bienveillance, il donna à cette princesse divers domaines en Normandie et le comté d*AngouIéme. Celle-ci, vers la fin de sa vie, avait fait un échange de ce comté avec Philippe, moyennant les terres de Pontoise, d'Asnières et de Beaumont-sur-Oisc. Mais le traité n'avait pas encore reçu son exécution, lorsque Jean, monté sur le trône, sans trop se préoccuper de livrer l'équivalent, s'était mis provisoirement en possession du comté, et l'avait donné en dot à son favori, a qui il fit épouser Marguerite deBlois, dame de l'Aigle, sa nièce :\ la mode de Bretagne. Cependant le traité intervenu entre Philippe VI de Valois et Jeanne de France avait fini par être réalisé. Car, à la date de l'année 1353, nous trouvons dans les actes publics que Charles le Mauvais possédait les villes de Pontoise, de Bcaumont et d'Asnières-sur- Oise ^ Cette même année 1353, un autre traité survinl, appelé le traité de Mantes, qui venait modifier le précédonl ot changer le possesseur politique et féodal de nos villes ci'Asnièrcs et de Beaumont. D'après le traito de Manies de 1 .153, il est exprimé que le roi do Navarre rendra au roi
* Jusqu'au 22 févnVr I.Vm.
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438 HISTOIRE DE ROYADMONT.
Pontoise, Beaumont-sur-Oîse et Asnières. Après lui aToir donné Beaumont-le-Roger et d'autres lerres, on ajoute « Item, que parmy les dites choses, le dit roi de Na- « varre rendra et restituera au roy la ville, chasldH « chastellenie de Pontoise, la ville et conté de Beaurnoot- « sur-Oise, Asnières et les autres terres, avec toutes leur « appartenances, qui de nouvel li avaient élé baillées pcnir c< ce que compensation li en est faîte en baillant les dile> « choses-*. » Le roi Jean, qui avait retiré à son frère Phh lippe, ducd'Orléans, lecomté deBeaumont, pourledoDi^r au roi deNavarre, le reprit sur ce dernier et le redonnai son frère Philippe, dans les conditions suivantes : t k comté de Beaumont-sur-Oise, Asnières, ensemble la fowi de Gamelle, Chauny, etc. x> Ainsi le portent des leltr^à 5 mars d353'.
Mais pour revenir au roi deNavarre et aux Anglais, xm escorte d'hommes armés se présenta un jour aux porte^ de Tabbaye de Royaumont. Ils demandaient une soidih' d'argent considérable ; ils étaient mi-partie Anglais, nupartie Navarrais. Leur quartier général était à CtpJ L'alarme fut grande à Royaumont, et Tanxiété immense Fallait-il obtempérer aux injonctions de l'ennemi? fallait-: se dépouiller et ruiner le monastère? fallait-il résister r refuser? Mais que pouvait un refus devant une demam^ armée? Pouvait-on résister? Ce n'étaient pas de ces suppliants ordinaires qui venaient implorer la compassé -^ des moines. Les députés de Creil avaient la parole br « et impérative, leur geste était celui du commandemef L'œil en feu contenait en même temps cette arriére-in^ 'qui laisse entrevoir que la parole au besoin est appm par le fer, et que derrière la menace, la flamme est n: •
' VOriginal au trésor des Chartes, arch. impériales, Carlra J i pièce 18.
• VOriginal au trésor des Chart.. J, 558, pièce 5.— fteck. par Douet d'Arq, p. 134.