‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 224 sur 288 · LIVRE SEPTIÈME. 45U · texte numérisé non relu

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pour r incendie. La résistance pouvait donc entraîner d^incalculables conséquences. Le couvent, les religieux et le P. abbé, s'assemblèrent à la hâte et prirent à Timprovistedc ces résolutions soudaines qu'imposent les dangers suprêmes. Royaumont délibéra et se décida sous révocation toute récente encore du spectre des batailles et de In destruction. Royaumont avait devant les yeux les ruines fumantes du monastère de Froidmont, situé dans la zone du même diocèse de Beauvais. Jean IV, de Chiry, abbé du monastère bernardin de Froidmont, avait jugé prudent de se retirer à Beauvais pendant la douloureuse lutte des paysans et des nobles, et devant les horreurs de l'invasion anglaise. Sa retraite ne fit pas respecter le monastère. L'ennemi pilla et enleva tout le mobilier, les animaux, les chevaux qu'il trouva dans l'abbaye, et il mit le feu à Téglise et aux bâtiments du monastère : « Dominus Abbas ivit Belvacum.... tam occasione dictorum nobilium et popularium, quam inimicorum regni Franciœ, qui, post dictum furorem et insaniam, praedictum regnum inva-

serunt Omnia mobilia in monasterio et locis omnibus

cuin equis et animalibus rapuerunt, et ecclesiam ac plures domos combusserunt ^ »

Royaumont se soumit aux dures conditions qu'on lui imposait. U subit la contribution qu'on prétendait lever en vivres et en monnaie. Les Navarrais et les Anglais de Crcil *, très-sommaires dans leur ulHmatum^ allaient, a déclaraient- ils, piller et raser le monastère, prendre « lea corps et In vie des habitants, et brûler la basilique

* Gallia ehHsiiana, t. IX, p. 832, édit. 1751.

' Ces NaTomis et ces Anglais nous paraissent avoir eu Tair décidé qu'ont encore les sauvages d'aqjou'^'tiui, les Peaux^Baugei, cbei lesqtiels nous royons les étranges transactions qui ont lieu dans leurs habitudes de 'annibalisme, entre T homme à manger et les hommes qui vont le manger Unsi, les Peaux-Rouges vont trouver un camarade : < Tu es bien gras, ni disent-ils, nous allons te manger. Nous ferons une pension à ta veuve >t 5 tes enfants. »

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a de Royaumont^ Mais si les religieux voulaient crnilic( niier à faire le service divin dans leur abbaye, sMIs voua laient qu'on laissât labourer leurs terres, en perceroir c( les fruits, les moissons et les rentes, s'ils voulaient c& f( un mot que Royaumont restât debout, ils n'avaient qu'a «« fournir, au plus tôt, le prix de leur rançon *. » Royaumont céda, et c'est ici qu'on doit rappeler comment b politique de la France amena ces situations eitrème<. Sous l'impulsion de sa constitution organique, et |iar suite de sa situation persoYinelle, Charles le Mauvais di-vait tenir en échec le roi Jean, et engager la nation dans les désastreuses conséquences de ses ambitions et de s^ rancunes personnelles. Il était d'abord, par sa naissance, troisième prétendant à la couronne de France. Descemi:: d'une fille de Louis le Hutin, il se croyait, coma. Edouard III, dépouillé de la couronne. C'était en effet lui que la couronne de France eût dû revenir, sans b .* salique. II assassina le favori du roi Jean et il voulait tu' le roi Jean lui-même. De son côté, Jean était le roi proii • gue par excellence. Nul prince n'avait aussi noblement j*.f l'argent du peuple ; il faisait argent de tout ; « gâtant > présent, engageant l'avenir, on eût dit qu*il prévoyait i devoir pas rosier longtemps en France'.» Maisi, oorac tout le monde dépensait, il fallut souvent assembler états pour demander des subsides. Chaque crise nou\t. en 1546, en 1351, en 1355, alors que les Anglais ra\: geaient le midi, nécessitait des convocations et des : mandes d'argent. La Normandie, l'Artois, la Picar n'envoyèrent point aux états convoqués en 1555. Ct le roi de Navarre, Charles le Mauvais, avec les Ançlqui encourageait les Normands à l'abstention. Le * Jean, cruellement blessé de la résistance du roi dt* ^

* CaiHuh de Boy., t. 1", p. 75etsuiv.

* !Md.

" Ufsf. Ue Frnuce. par Micliolot, t. Hï.

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varre et de ses amis, avait dit « qu'il n'aurait jamais a parfaite joie tant qu'ils fussent en vie. » Quant à Charles le Mauvais, il élait passé en Angleterre après l'assassinat du connétable de la Cerda ; mais un traité Tavait ramené en France, avec le comte d'Harcourt. Un jour que le dauphin Charles, alors âgé de dix-neuf ans, avait invité à Rouen le roi de Navarre et ses amis, Jean, bien averti de l'heure, vint à Rouen les surprendre lui-môme à la table de son lils. 11 fit couper la têle de d'Harcourt; Charles le Mauvais fut jeté en prison et menacé de la mort. Tel fut le com* mencement des désordres immenses qui allaient suivre pour la nation. Jean, ayant emprisonné Charles le Mauvais, lui fit demander pardon à genoux ; mais, dit un historien, cet homme flétri sera le démon de la France. Edouard III se déclara le vengeur de Charles le Mauvais retenu prisonnier, et des quatre victimes de la cruauté du roi Jean. La France vit descendre sur son territoire trois armées anglaises, dont la seconde, commandée par le prince de Galles, surnommé le Prince Noir (à cause de ses armes), s'avança jusqu'à Tours. Le roi Jean, avec la précipitation française, eut le talent de perdre, en 1356, la fameuse bataille de Poitiers. Aussi malheureux que devait l'être un jour François I", il fut conduit prisonnier en Angleterre. Les désastres devaient succéder aux désastres. Pendant que la régence était aux mains du dauphin* Charles, on vit éclater hJacqiierie^j événement le plus considérable du quatorzième siècle. Mèzerai dit qu'en 1358, les Jacques ruinèrent le château de Reau mon tsll^-Oise^ Il est certain que ce terrible soulèvement com-

' Humbert H avait cédé le Dauphiné à Philippe VI, en 1349, à la condit ion que le fils aîné des rois de France porterait le titre de dauphin.

* On ruina plus de cent cli&teaux, les monastères et les villes ne furent 1 %ns épargnés. Les nobles avaient provoqué imprudemment les paysans. Los paysans révoltés fiirent terribles. En 1558, la Jacquerie élait complètement n» primée.

• Ht fit de France, t. Vi, p. 200.

Uî HISTOIRE DE liOYAUMONT.

mença dans ces parages et notamment à Saint-Lea d'Es^ serent. Les habitants de Boran prirent part aussP à ce mouvement, qu'on appelle Témeute du piaf pa]rs*.

C'est que le pays tout entier avait été entraîné dans k mouvement des paysans ; c'est pourquoi il y eut une lettre de rémission pour Guillaume de la Sangle, de Bruyères,? cause de sa complicité dans les troubles de la Jaquerie, avec Oiidin le charron, capitaine du plat pays, à la daleè juin 1560. On trouve également une lettre de rémissk donnée en faveur de Jean Bernier, de Villers -Sainl-PiJ. prévenu pour destruction de blés et accxiintanccaveclec^ pitaine du peuple du Beauvaisis, pour troubles à Creil et ! Senlis pendant les pillages de la Jacquerie, en ld5S. Ol obtint encore le pardon pour Odin Lefèvre, demeurant . Précy, lequel avait su la conspiration des non-nobles^cooli les nobles du Beauvaisis, sans en donner avis ; il s'èlai. trouvé dans leurs réunions ; il avait fourni des vivres aoi ennemis et avait ferré plusieurs fois leurs chevaux. Cut acte de clémence, qui fut expédié de Creil, en 1358,étsi: accordé par Charles, régent, qui enjoignait à Guillaume seigneur de Précy, de faire grâce à cet Odin Lefévre, à i condition qu'il jurerait entre les mains du bailli de Sefilh d'être toute sa vie un bon et loyal sujet '.

On conserve aussi aux archives impériales les letlrf^ de pardon accordées à Jacques de Chenevières, qui a^? joué un rôle dans les émeutes rurales : « Charles, aÎRsr iilz du Roy de France, régent le royaume, duc de N ■' mandie et dauphin de Viennois, savoir faisons... q^ comme nagaires en la grant tribulacion qui a esté au. royaume que les gens du plat pays ont ars et essillié p!i sieurs- maisons de gentilz hommes et aucun d'iceuU n à mort, et par espécial en la terre et chastellcniede Mo.

* Documents au Tréior des Charles.

* Ann.de Witte et le Trésor des Chartes, Arch. imp^r. ^ A. I. Trésor des Charles, R., cote JJ, 90.

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