LIVRE SEPTIEME. Ul
qui savaient saciiiier un exercice, quand il n'était pas d^une absolue rigueur, à de hautes nécessités de la vie rurale. On sortait du couvent avant Thcure de prime, qui se disait sur le lieu du travail ; c'est Tabbé qui, d'ordinaire, marchait à la tète du couvent et qui dirigeait l'ensemble de l'opération. Peut-être ce jour-là le R. P. dom Guillaume II était-il monté sur un âne pour inspecter le travail de la moisson. Les plus vigoureux, et l'on peut en parler d'après un écrivain des mieux initiés, d'après un cistercien lui-même, s'arment de la faucille cl scient le blé; les plus jeunes, derrière eux, le ramassent et en forment des gerbes qu'ils lient avec soii^. Ce devait èlre bien gracieux et bien animé que cette scène champêtre, si tou* (efois les moines n'avaient pas la préoccupation de ce qui les menaçait. Le soleil qui dore de ses premiers feux, chantes par Dante, le sommet des épis, le silence des champs que ne traversait pas encore la locomotive moderne qui s'annonce en mugissant entre Beaumont, Boran et Précy ; la joie franche qui brillait sur le front ruisselant de sueur de ces bons bernardins, ces petits enfants de Bâillon, d'Asnicres, du Lys, de Noisy et de V^iarmes, qui viennent timidement en se jouant et glanant es épis que leur abandonnait une charité discrète ; eniin e père abbé, au milieu de ses enfants qu'il encourageait le son exemple, et auxquels, de temps à autre, il distriluait de ses mains la boisson rafraîchissante pour ranimer 3urs forces: ce tableau reportait l'esprit au temps des pa- ^iarches, aux mœurs des héros d*Homèrc, ou au charlant épisode biblique deRuth et deBooz^ Âcette époque, s cisterciens cultivaient encore leurs terres, et les abbés > Royaumont surveillaient eux-mêmes leurs travaux. »us n'étaient pas devenus, comme ils le devinrent, de ands seigneurs, des personnages politiques, des ambas-
L* auteur des Annales d AiguebeU«i a un rêoit trè^lidéraire des moibsoiis \ cisterciens.
sadeurs des papes et des rois : xil jusque-là du moins, Koyaumont n'avait pas abandonné le ti*avail agrirole, « véritable nerf de la réforme cistercienne. »
Un spectateur qui eût gravi, dans une de ces heures dr la moisson, la cime de la colline qui dominait Asuière^sur-Oise, aurait savouré la perspective d'un tableau patoral incomparable ; il aurait vu se dessiner, sur le k' blanchissant des campagnes mûries par le soleil, le ^è(t^ ment brun ou noir des bernardins de Royaumonl ; ibi^* rait assisté à ces mouvements variés de la petite aniit^ encapuchonnée, qui, après les rudes labeurs des chanf cueillait les lauriersconquis par do longs mois de h\v^"^ Peintre de génie, il eût créé a l'aurore du quinzième sinv avec la naïveté de Hemling, un paysage qui eût rivalisé a^le chef-d'œuvre deLéopold Robert ^ Mais les scènes tn. quesqui allaient suivre empêchaient tout loisir artislHj"
La forteresse de Longeuil-Sainte- Marie, entre f-^ Sainte-Maxencc et Verberie, subit le choc des Anglais » habitants s'y étaient réfugiés au nombre de deux ctii> Les Anglais de Creil vinrent deux jours de suite y livrer bataille. Après des prodiges de courage de la \ des défenseurs, les Anglais, qui avaient eu tousleui>^ dats tués, cherchèrent et attaquèrent, dans sa ma^<» Rivecourt, les troupes de Feret qui commandait le teau de Longeuil. On ne doit pas attendre des reli: de Royaumont qu'ils puissent ainsi engager une Ikm corps à corps avec les Anglais. Néanmoins, des histo: ont apprécié sévèrement l'attitude du monastère deR * mont, pendant l'invasion anglaise ; ils ont mis en cont:: sa position avec la position que gardèrent d'autn^ nastères à l'époque de ces tristes guerres entre la Fr.
1 Tableau des MaUêenneurs : la Trappe, Notre-Dame- du-Poi:-' ' la Meilleraie, Uriquebec, FoiUgombaud, Aigniebclle, Sepifon^ Y^ • Chimay, elc, offrent enairc, de nos jours, ce tableau des mouir^ •« ei moissonneurs.