LIVRE SEPTIÈME
et PAngleteiTe. On a dit que « les Anglais avaient pris «( Boyaumont som leur fnvtection, » et que cette protection était achetée. « L'abbaye de Saint-Germer était trop près (c de l'ennemi pour échapper à sa visite, et elle n'avait « pas, comme Tabbaye de Saint-Paul, obtenu une sauvefc garde que le roi d'Angleterre accorda aux prières de ff Marie de Hollande, abbesse du monastère ; l'abbé de a Saint-Germer n'était pas, comme celui de Royaumont, a DÉVOUÉ aux Amilais^ qui prirent sa communauté sous leur c( protection^. » Voilà la critique. Mais pour être impartial, on doit tenir compte de l'ensemble des circonstances dans lesquelles fut placé Royaumont. Il y a les sacrifices désespérés ; il y a les dévouements sublimes, il y a les courages féconds qui arrêtent un barbare, un Attila, et sauvent une civilisation. Des Geneviève préservent une capitale : des citoyens meurent,, et leur mort délivre la patrie. Est-ce que les aventuriers et les pillards qui composent la queue des armées conquérantes, se font spécialement distinguer par la délicatesse, la justice, la sensibilîlé et le respect du droit, dans les pays envahis? Se Jaissent-ils beaucoup toucher par les nobles sentiments? Il ne parait pas que l'histoire doive appeler dévouement atix AnglaiSy une attitude qui trahissait tout au plus la fimidifé, la frayeur et Timpuissance. Le souvenir de saint Louis planait sur l'abbaye de Royaumont. Son image, ses portraits, sa statue, étaient là, pour protester contre une velléité de dévouement anlinational aux Anglais, si elle eût existé.
Léonidas, chargé avec trois cents hommes du salut de (a Grèce, affronta huit cent mille Perses. La patrie Tavait învoyé mourir aux Thermopyles; il y mourut. « Enjôlant ians la balance le poids de sa grande âme et de trois cenls repas héroïques, il fit violence à la fortune. Sa mort,
' ///»/. du dioc. de lieauvah, par Deleltrc, t. Il, p. 5(3.
comme on Ta dit, fut bieti employée. La Grèce, liée par un aussi grand exemple, s'engagea à être invincible, s Royaumont n'eut pas de ces inspirations que suggèrent h grandes crises, les grandes détresses. Mais il estdoulei» que son exemple eût mis à la raison Télément saxon composant les armées anglaises ; et d'ailleurs, Guillaume II abbé de Royaumont depuis 1349% n'était pas unLéonidâs chrétien. Quelques années plus lard* une abbaye delà contrée donna, il est vrai, un énergique exemple : c'ètul Saint-Germer lui-même. Saint-Germer avait alors pom abbé Eustaehe de la Rivière^ qui, par devoir autant ({oepir reconnaissance, demeurait sincèrement attaché aui descendants de Philippe de Valois. Eustaehe avait Tèceittment obtenu du pape Jean XXIIl le privilège qu'on avut anciennement accordé à l'abbaye de Saint-Lucien, cel\u de porter l'anneau, la crosse et la mitre*; rapproche dl'ennemi lui fit prendre le parti de se retirer avec sa cmmunauté au château fort du Coudray, où il espérait être a sûreté ; il y transporta les titres du monastère avec l^^ effets les plus précieux ; mais ce lieu fortifié ne pul \^ mettre à couvert de la fureur de l'ennemi ; l'abbé apr: été fait prisonnier, avec la plupart des membres de >i comniunauté,lechâteau fortduCoudray, ainsi que^abb8)^ furent pillés el dévastés. On sauva les titres de propriè tout le reste fut la proie de l'ennemi \ Royaumout :: pas donné de tels exemples : ce qu'on appelle dévouam aux Anglais n*était peut-être que le filial désir de o" server intact un monument de saint Louis. Qu^onsenut: à la place des religieux, auxquels oh donnait à ch sir : ou l'incendie et le pillage de la basilique aimê^ • grand et saint roi, ou bien une contribution d*ai-g€nt. >
* Gaiiia ciirUtiana, t. IX.
* En 1410.
5 Louvet, t. V\ p. 45^2.
* Uwt» du dioc, de Beauvaùf par UcIclU-e, t. H, p. 513.