LIVRE SEPTIÈME
avait-il pas là une considérable circonstance atténuante? Déjà la flamme avait dévoré dans le voisinage plusieurs abbayes I Saint-Leu avait été à deux doigts de sa perte ; il avait dû racheter de la destruction sa belle église gothique, que nous possédons encore. Aux portes même de Royaumont, à Boran, que d'excès et de désastres n'avait-on pas commis ?
D'autant plus que ces querelles entre Edouard Ul et la France, loin d'être regardées, dès le principe du moins, comme des luttes de nation à nation, étaient plutôt considérées comme les prétentions de deux candidats nationaux au trône de France; il ne serait pas, dès lors, précisément exact de dire que Royaumont s'était rallié aux étrangers. A l'occasion de Louis X et de Charles le Bel, on avait fait l'application de la loi salique ; il avait fallu régler la question successorialc ; on reconnaissait aux filles le droit d'hériter des fiefs, mais non de la couronne. Cependant la question fut tn>s-contestée au quatorzième siècle ; et on a demandé depuis, ce qui serait arrivé, par exemple, si Edouard III, prince français par sa mère, par ses habitudes, sa langue, et une partie de ses possessions, puisqu'il était duc de Guienne et comte de Ponthieu, eût tiérité de la couronne au lieu de Philippe de Yalois? C'est que la Guienne avec le Ponthieu, et momentanément l'Angleterre, auraient été réunis au domaine royal au lieu du Valois. Quelques seigneurs, à qui Edouard eût préféré des Anglais, y eussent perdu ; le pays y eût gagné de n'être point désolé par la guerre de Cent ans. L'Angleterre n'a jainriais eu que des rois étrangers, saxons, danois, nor* fiiands, angevins, gallois, écossais, hollandais, allemands ; j'en est-elle trouvée plus mal? L'Espagne, qui doit sa lynastie de Bourbon à un mariage, n'a pas pris avec elle a loi salique^
* V. //f«l. de France de M. Duruy.
On va même jusqu'à rappeler qu'à cette époque h France n'avait pas encore conscience d'elle-même, cl que le sentiment de la nationalité laissait de graods pro^-s à faire. Il semble que les populations, épuisées par h exactions du despotisme et parles tyrannies seigneuriale^, fussent lasses de se battis pour des vassaux contre d'iu très vassaux ou contre un roi d'Angleterre, qui n'était luimême qu'un prince français^ Ainsi, la lutte sanglaole qu'aurait amenée tôt ou tard la force des choses, et quelil éclater la succession de Charles le Bel, eut, d*aprè$que ques auteurs, aux yeux des populations, plutftl le cane 1ère d'une guerre civile que celui d'une guerre étrangère. Et, lorsque Edouard lll énonçait ses prétentions Iriv sérieuses et très-appuyées,c' étaient les éléments d un codflit, préparés depuis plus d'un siècle, qui faisaient e^pk^ sion entre la race franque et la race normande, entre k^ vieux conquérants des Gaules et les modernes conquè^[nl^ de l'Angleterre. 11 en est donc qui pensent que, lorsque >. branche de Valois monta sur le trône, il ne s'agissait p de sa\oir si le roi de France reconquerrait les attribulioi^ de sa suzeraineté sur ses vassaux arfaiblis; mais qu ilèt: question de décider à quelle royauté, de la normande «> dé la parisienne, appartiendrait cette suierainetè t-l-^ même, dans toute l'étendue du royaume de France*.C»dans cette situation nationale, dans cet état des esprit^ que se produisit le fait reproché à Royaumont. On >> qu*il n'a point la portée qu'on pourrait supposer. Ce n.^
' Alfi*ed de Vigny fait ces réflexions : « La patrie n'cxisUU pre>*K avant Louis XUI. Les grands seigneur, alliés à des femmes èU*iiv^ possesseurs de grands liefs, en Espagne, en Allemagne, en Angkttrrc fois comme en France, n'avaient pas le cœur plus espagnol que fnn.^^ trahissaient volontiers les intérêts d'un pays pour un autre. La fvoi^ croissante de la classe moyenne et lunité donnée à la nation par U ^ chie ont rendu aux nations le sentiment de citoyen La noblesse de r l'avait conservé, ce sentiment exquis; le gentillioninie (çentit *■ l'homme de la nation, était le citoyen véritable » [Jomrnûi d'an f« <
' Formation de Vunité nationale, par M. L. de Carné.