‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 24 sur 288 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

' Louis VIII venait se consoler, après 1217, dans les campagnes (I*Asnières et de Cuimont, de Tissue malheureuse de Texpédition d'Angleterre, de la bataille perdue à Lincoln et de la défaite essuyée dans le combat naval livré en face de Calais. H y a des conditions pour que le séjour des campagnes calme et apaise les vies agitées. Le silence de la nature guérit certaines blessures, mais il en est qui s'enveniment par l'isolement des champs.

Asnières-sur-Oise possède une forêt dont les premiers arbres apparaissent comme un avant-poste sur la cime de la colline dont la ville est abritée. Cette forêt de Carnelle, sans égaler Fontainebleau ou Compiègne, eut toujours une haute importance dans le moyen âge, et les rois dé France s y réservaient des quartiers où les arbres ne pouvaient être coupés.

L'humeur de Louis VIII était égale et douce; mais Blanche de Castille avait une de ces natures méridionales, énergiques, qui ont besoin d'un aliment toujours renouvelé à leur activité. Avant et depuis le couronnement qui n'eut lieu qu'en 1226 S la reine Blanche se promenait dans* la contrée d'Asnières et de Beaumont, ce à la fraîcheur des « brises, au murmure des vives fontaines, sous les arbres « fruitiers, le long des treilles chargées. » Louis VIII prenait grand soin d'elle; il l'accompagnait à cheval dans la forêt de Carnelle', il ne Tinitiait pas à la chasse aux fau-

et courageuse. Gomme le roi refusait d'envoyer du secours à son fils, Blanche lui dit : « Par la benoîte mère de Dieu, j'ai de beaui enfants de taon seigneur, je les mettrai en gages et je trouverai bien qui me prêtera sur eux, » «t elle quitta son beau-père exaspérée. Avec une résolution admirable elle convoqua elle-même des hommes de guen*e ; elle eut bientôt réuni trois cents chevaliers et un nombre proportionné de sergents, qui s'embarquèrent bientôt pour l'Angleterre.

* Philippe Auguste n'avait pas jugé à propos que cette cérémonie se fit pendant sa vie, soit qu'il crût son autorité assez bien établie pour n'avoir pas besoin de prendre la même précaution que ses prédécesseurs de la branche des Capets, soit que la jalousie d'autorité s'en mêlât.

* La forêt de Carnelle est domaniale, quelques-uns de ses poteaux l'indiquent; conséquemment elle ferait aujourd'hui partie du domaine impérial.

cons ; les ambitions de Blanche étaient plus sérieuses, ils s'entretenaient des faits de guerre et des faits de la diplomatie. Tant que régna Philippe Auguste, ni le prince son fils, ni Blanche, ne prirent une part directe au gouvernement; c'est pourquoi n'ayant point la direction principale des affaires, les augustes époux se réfugiaient à Asnières sur-Oise, soit pour savourer le charme de ses bois, soit pour oublier les inévitables ennuis et les peines qui sont proportionnellement plus intenses à mesure que Ton est plus en lumière. Ainsi ils créèrent^ par rapport à cette belle forêt de Carnelle S des habitudes et des goûts que suivirent, paralt-il, les princes qui vinrent après eux dans les autres siècles'; des endroits étaient réservés

Jusques à la première RéTolution, une grande partie de cette forêt était entourée de murs et formait le porc du ch&ieau royal. Le sommet de la forêt de Carnelle est le point le plus élevé des environs de Paris. Elle e$t pittoresque et très-accidentée, on y a des points de vue charmants et variés.

* Cette forêt, très-étendue, et dont la surface est remplie d'accidents de terrain, forme une sorte de triangle dont une pointe est à Asnières-sur- Oise, une autre à Beaumont et la troisième au chftteau du Val-Pendant, du côté de Presles et de Courcelles. — Philippe IV de Valois fit faire, en 1552, une estimation des coupes de cette forêt ; il manda pour cet effet Regnaud d'Airoon, écuyer, attaché & ladite forêt; Jean de Senlis, Pierre de Latre, bourgeois de Beaumont; Oudart Gounin, Ilémery de Belloy, ces deux derniers mesureurs ou géomètres, et Guillot d'Augi, clerc, demeurant à Baillcval. Ces experts jurèrent sur les saints Évangiles qu'ils chercheraient loyalement combien d'arpents* on pouvait couper de bois, chaque année, sans endommager la forêt. Après le mcsurage on trouva une telle quantité de bois qu'on pouvait faire parfaitement, chaque année, deux ventes; une première vente de bois de haute futaie, d'environ douze arpents, et pour des arbres de quarante à cinquante ans '; une seconde vente pour le petit bois d'entre seize et vingt-quatre ans. On pouvait couper, chaque année, vingt -huit arpents de petit bois ; l'estimation disait les sommes considéiables que rapportait la vente de ces coupes; l'exploitation de ladite forêt donnait en définitive tous les ans une somme de 644 livres (vi c. xuv IJ, ancienne monnaie. Le prieur de Beaumont, les frères et sœurs de la Maison-Dieu de Pontoise, le maire de Luzarches, avaient droit de toucher quelques revenus sur les produits de la forêt. {Archweê de l'Em§fire, — Reg. P. 20, cote CXVIII, — restimaiion est tirée d'une prisée des fifrUs d» douaire de la Reine. — V. les Comieê de Beaumont, par M. Douet d'Aroq.)

Une prisée du comté, de l'an 1375, estimait la forêt à huit cents arpents de bois de haute futJiic et quatre cent quarante<sept de bois taillis. (J>< Comtes de Beaumont , par le même.)

* Pans le quatorzième siècle, il y avait une partie de la forêt que le roi

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