LIVRE SEPTIÈME
dans les orages de la politique. Nommé chancelier de France, il se trouva, en celte qualité, dans la nécessité, en 1381, de payer de sa personne, pour calmer une émeute dans Paris. On se plaignait de la multiplicité des impôts. Tel était Tascendant de Milon de Dormans, telle était sa persuasive éloquence, qu'ayant paru au milieu de la foule ameutée, il parvint à dompter et à amortir l'effervescence populaire. C'est avec ce personnage, que, vers 1385, les religieux de Boyaumont eurent à poser la question de juridiction. Ils prétendirent ne point dépendre de lui, et lui contestèrent le dtoit de surveillance sur les sujets de leur monastère. On est porté à défendre, avec une sorte de jalousie, la conservation de ces prérogatives qui semblent tenir à Thonorabilité personnelle. Quand, au lieu d'un individu, on est une compagnie, c'est le cas de revendiquer, avec une plus vive ardeur encore, ce qu'on regarde comme les attributions et les dignités du corps. Naturellement, l'abbé deRoyaumont, Robert V, se prévalait de l'ancien privilège, que Citeaux avait obtenu, d'être sous la protection immédiate et spéciale du saint-siège, par une lettre poutificale datée du 18 avril 1100. Ce privilège n'était point une exemption dans le sens absolu*, c'est-à-dire que le pape (Pascal) n'entendait pas exempter Tabbé de la juridiction ùpiscopale, etle soumettre immédiatement à celle du saintsiége, puisque il était fait une menKon expresse del'obèissanec canonique due au siège de Châlons. La difficulté commençait donc, lorsque il fallait expliquer la portée de cette obéissance, et les religieux de Royaumont se fondaient ici sur des pièces analogues données par les précédents souverains pontifes. La juridiction des monastères fut toujours une délicate question. En thèsegènèrale, il était juste de reconnaître que, à mesure que l'état monastique s'était développé et organisé en système, les évèques étaient de-
* Le I*. Dal^'airns, Vie de saint Etienne Uardiug.
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venus naturellement rautorilé dernière à laquelle les couvents se trouvaient soumis. On comprend cependant, âu point de vue des religieux de Royaumont, qu'il était nêce^ saire que l'abbé eût une autorité libre, aisée, presqu' absolue pour le gouvernement intérieur, c'esl-à-dire um réelle indépendance. En fait, d'après la règle de sala; Benoît, l'abbé avait le pouvoir d'excommunier lesmoirr qui transgressaient la règle, et l'évoque ne paraissail qu comme l'assistant de l'abbé, quand il s'agissait de pir les frères qui étaient prêtres. De plus, il conférait la l^ nédiction à l'abbé, quand il avait été élu par le couvcril,tt c'était de lui que dérivait son autorité. Mais l'histoire (ouinissait un texte d'argumentation aux religieux de Royaumont. C'est que, avec le temps, les évoques empiélèni sur les couvents, ils exigèrent de l'argent pour la b(* ■ diction de l'abbé, portèrent atteinte à la liberté délecl. et se réservèrent l'administration du temporel. Les jv" vres de Jésus-Christ n'avaient d'autre appui que le soi siège, et il reste quelques lettres du pape Grégoire Grand, dans lesquelles il ordonne aux évèquesde respivi les privilèges des abbayes qu'il prend sous la proleili spéciale de la chaire de Saint-Pierre. Basés surcesf.t> les religieux de Royaumont soutenaient la légitimité, 1 1 dépendance dos monastères, et la leur en particul*: l'autorité du pape Grégoire le Grand était pour eux pontife était d'avis qu'un monastère doit se suffire à ! môme; le principe de l'obéissance demamlc qu'ils soumis à un chef, mais l'autorité de Tévôque n était ' cessaire que pour constituer ce chef, afin que Tobéiss: fiit canonique; aussi devait-il se contenter de survei' sans interposer son autorité. Enfin les monastères ùvm souvent un but et une portée qui dépassaient la W diocésaine ; ils prenaient, dans Tordre des intérêt?^ î rituels et moraux, des proportions d'universalité oi catholicité ; ils devaient être, au milieu des luttes inicl