LIVRE SEPTIÈME
Deux questions étaient suscitées, Tune de droit, l'autre d'opportunité. Que le monastère de Royaumont demandât humblement à l'évëque de se réserver le droit de présentation dans la chapellenie de Phospice de Montataire, il n'y avait rien que de légitime dans la réclamation. Un cas semblable se présenta pour une localité près Compiègne : lorsque l'église d'Armancourt fut terminée, le même Pierre de Savoisy voulut bien en conférer le titre à l'ecclésiastique présenté par l'abbé du monastère de saint Corneille, de Compiègne, dont la juridiction s étendait sur ce territoire \ parce que l'abbé s'était réservé ce droit. Royaumont avait raison de tenir, en thèse générale, à ses droits, à ses franchises, à son individualité, ou à son autonomie. On exposa, de part et d'autre, les droits respectifs, et en 1400, le 8 octobre, intervint un accord entre Pierre de Savoisy, évoque de licauvais, et Bertrand, abbé de Royaumont, pour cette question du patronage de la chapellenie, fondée à Montataire, dans la maison de Tabbaye de Royaumont. L Révoque de Beauvais, qui représentait la centralisation administrative, alléguait le droit commun et la coutume, pour nommer qui bon lui semblait dans cette chapellenie, fondée dans une localité de son diocèse, en l'honneur de saint Nicolas ; et il pensait n'avoir pas agi sans droit en conférant le bénéfice de cette chapellenie à messirc Etienne de Foresta, prêtre. De leur côté, les abbé et religieux de Royaumont prétendaient aussi que c'était à (*ux à nommer un titulaire dans une chapelle qu'ils avaient eux-mêmes fondée dans leur propre seigneurie ; (^Ytaît d'après cette persuasion qu'ils avaient désigné pour chapelain un clerc, mommé llugon Rolelli. Il fut ronvenu entre Tévêque de Beauvais et Tabbé de Royaufiiont que, pour terminer la controverse, éviter désormais
« En 1410. Voy. Ann, du départ.
566 HISTOIRE DE ROYADMONT.
Roquemont, n'aurait-elle pas dérogé si elle n'eût point mis sur la porte le mot ci(é plus haut, emprunté de la liturgie de la messe? Les traits spirituels et piquants ne suffisaient pas à cette génération tourmentée ; Tappel à la profanation et au sacrilège était indispensable pour intéresser les âmes d'alors, blasées par tant d'événements et de crimes. Le mot irrévérencieux que Sophie Arnould mit sur sa porte, à Luzarches (Ite^ missa est) \ était dans la circonstance , pour les moins clairvoyants l'équivalent des formules grossières par lesquelles on donne brutalement congé aux-gens. La comédienne disait aux institutions religieuses du passé : Passez-moi la porte. On ignore si Sophie Arnould venait donner, dans la contrée, quelques représentations du drame de madame de Gouges, le Couvent^ ou les Vœux forcés, joué à Paris en 1 792. Elle joua du moins son rôle dans la triste comédie des sans-culottes, comme nous l'apprend un docte historien moderne de Luzarches. « L'effervescence était grande, dit-il; à Luzarches même, il y avait des clubs et môme des tricoteuses; des motions furent adressées et des députations furent envoyées à la Convention : des membres du comité de salut public vinrent h Luzarches; desarresta* tions eurent lieu ; un détachement de l'armée révolutionnaire fut en permanence ; il y eut aussi des fêtes patrioliqucs , des processions auxquelles la célèbre Sophie Arnould assistait en déesse de la liberté *• i>
Étrange destinée que celle de cette femme, née en 1744, dans la chambre historique où fut tué Tamiral Coligny, rue des Fossés-Saint-Gcrmain-rAuxerrois, et dans laquelle avait été l'atelier de Yanloo, qui passionna longtemps le public parisien par sa noblesse et sa grâce dansla scène lyri-
* Sophie Arnould voulait, ù cette époque, la messe épur/t^ oomme pwlait un écrivain de cette époque, dans un écrit du \" brumaire an TI (179 <,. signé Sobry.
* Essai sur l'histoire de îjuzarches, par M. Alexandre Habn, p. $S.