LIVRE SEPTIÈME. 4ol
jaloux peut-être de privilèges et d'exemptions. Mais on ne voit pas que les moines de Royauraont aient mis dans leurs réclamations ni violence ni opiniâtreté, et il n'y a pas lieu, en cette circonstance, à leur dispenser les duretés d'une impitoyable critique. « Que cette discussion qui alors soulevait tant d'intérêts, tant de passions diverses, dit avec un grand sens un écrivain contemporain, ne nous surprenne pas trop de la part des moines qui, bien qu'ayant fait vœu d'une complète abnégation, ne peuvent se dépouiller absolument des faiblesses propres à tous les hommes. La lutte d'ailleurs, ainsi que l'atteste Tétude des documents qui s'y rapportent, ne sortit que rarement des bornes où elle devait se renfermer. L'esprit de cha: rite et un sentiment de respect venant en adoucir la vivacité apparente; tel abbé ardent à soutenir, comme chef de communauté, les privilèges de son monastère, rendait, en sa qualité de religieux, tous les honneurs dus au rang et à la dignité de son évèque. En résumé, que la question soit jugée au point de vue philosophique ou au point de vue chrétien, elle aura toujours sa gravité devant le tribunal de l'histoire. Pour les uns, ce sera la suite du grand combat soutenu de tout temps entre le principe d'autorité et l'esprit d'indépendance; pour les autres, une preuve nouvelle de l'indestructible unité de l'Église, toujours immuable du milieu des agitations les plus diverses. Ils y verront également le génie de la liberté naître et grandir dans les monastères à côté du génie de la science, et tous deux essayer leur vol sous les cloîtres avant d'embrasser des espaces aussi infmis que la pensée hnmaine*. »
Que de questions sont simples en théorie et enfantent mille diflîcullés d'application, lorsqu'il en faut venir à la pratique et agir sur des réalités vivantes! Rien n'était plus
* Les Monastêrfê bénédictine d'Italie, par Alphonse Daniicr, 1. 1", p. xxi. introd.
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accrédité en spéculation, que la nécessaire subordinaliou des monastères à l'égard des évêques : c Que les moines, dans chaque cité ou campagne, soient soumis à rê\r que^, » avait décrété l'assemblée de Chalcédoine. • ^.Hir les abbés qui méprisent les ordres des évêques ne soien' point admis à la communion. » Telle avait été égalemn i la décision d'un concile d'Orléans : « Que le monastd et la discipline des moines soient sous rautorité delé^r que dans le territoire duquel ils sont situés*. > CV^ pourquoi un écrivain cistercien, l'auteur de la répoi;^ au livre : le Véritable gouvernement de Vordre de CAtwi^ cul la loyauté, à une autre époque, de reproduire d>\( I lentes preuves historiques de la soumission primitif des monastères cisterciens à l'auloritè de Tévèque, dep saint Robert jusqu'à la carte de charité. Dès le princier Citeaux, la Ferté, Pontigny, Morimond ne furent aucui'^ ment soustraits à l'obéissance envers leurs évêques. I étaient et le droit théorique et la tradition historiqi: Mais, lorsqu'un détail nouveau se présentait et qu^^ monastère avait à abaisser ses privilèges, la pratic était toujours pénible; on éprouvait des répugnaiv comme si on eûl été à une première expérience.
Mais d'autres causes allaient absorber et épuiser 1\' vile de l'abbaye de Royaumont, et le quinzième siècl> s'annonçait pas sous de brillantes couleurs.
* Concile de Glialcédoine en 451 , can. it.
• Concile d'Orléans, en 553, c. wii, — en 554, c. i, n, t.
Royaumont, de Tan 1400 à 1430. — Gonverneinenl abbatial de Gilles de Cupé, durant le premier tiers du quinzième siècle. — Le glorieux règne de Charles Y n'avait pas réparé les misères publiciues. — L'abbaye de Royaumont avait souffert dans son temporel. — Nécessité de rappeler les dernières cinquante années du quatorzième siècle. — Dissensions et cabales pendant la minorité de Charles VI. — Élection de Gilles de Cupè, nouvel abbé de Royaumont, au milieu de la querelle des Bqurguignons et des Armagnacs, en 1418. — La France ensanglantée. — Bourguignons et Armagnacs dans le Beauvaisis. — Détails sur l'élection de Gilles de Cupè. — Rôle difiicile qui incombait à cet abbé. — Prétentions anglaises sur la France. -^ Henri Y et Henri YI, rois d'Angleterre, s'intitulant rois de France. — L'infâme traité de Troyes, de 1420. — L'abbé de Royaumont forcé, avec une notable partie de ri[e-de;>France, d'adhérer à la domination anglaise. — Il obtient de Henri V trois diplômes. — • Souffrances de Royaumont que ces diplômes révèlent. — Nombre des moines diminué. — Analogies entre le moderne président des États-Unis d'Amérique, en 186€, et Gilles de Cupè, en 1418. — Rôle commun de réorganisation intérieure. — Les raisons politiques n'auraient pas manqué à Gilles de Cupé pour repousser le prétendu droit anglais sur la France. — Énumération des difficultés devant lesquelles Gilles de Cupè se trouva placé. — Les événements politiques. — Traces locales de l'ingérence anglaise dans les affaires de Royaumont. — Rente annuelle de cent livres à prendi'e sur la vicomte d'Arqués, fondée par saint Louis, et que le roi d'Angleterre confirme. — Lettres patentes de Henri Y en faveur de lioyaumont, revisées en 1421 par le duc de Bedford. — Le bourg de Préc y -sur-Oise. — Son illustration historique. — Terre et seigneurie de I*rccy, ôtée h Louis de Précy (t donnée, en 1429, par Henri YI d'Angleterre à Lyonnet de Bournonville. — Autres traces de la domination anglaise dans le pays de Royaumont. — Les médailles. — L'église deBoran. — Le cimeiiëre aux Anglah^ à Yiarmes. — Difficulté principale pour [vilJcs de Cupè : le développement sensible du germe d'altération, d'abord na perçu» et déposé dès le treizième siècle dans le cœur et dans les resorls de l'Institut cistercien. — Une ressemblance avec les corps et nétiers et les jurandes du moyen ftge.
Vers Tan 1418, les religieux de Royaumont procédèrent 'cleclion d*un nouvel abbé : Bertrand des Petits-Bains ni descendu dans la tombe. C'était une heure solen-
ticulière a une explication, puisque rarmëe qui se formait dans rémigration, pour combattre la république française, s'organisait sous l'inspiration des derniers Condé, et que le mot de « faction de Coblentz » était de nature à proT(h quer l'irritabilité française.
Asnières-sur-Oise fournit un contingent pour les annales de ces temps lamentables, et deux héros de la niaiserie scélérate sont sortis de ses murs. Il y aura toujours, dans les agglomérations humaines, de ces basses indm* dualités que. les époques de trouble font apparaître à h surface, comme une impure écume des ailles, et dont h destination semble être d'éprouver les honnêtes et boii5 citoyens. Le premier de ces héros était un assassin, fik d'un Lorrain qui se maria à Âsniéres. 11 avait déjà demaavais antécédents quand Toccasion s'offrit à lui de faire figure dans les scènes révolutionnaires. Sa théorie morale était celle de Tomnipotence des instincts de la bëte, ii estimait qu'aucun frein ne devait l'arrêter. Ayant amené sa femme à Paris où il espérait un plus vaste théâtre, il trouva tout simple, lorsque sa femme le gênait, delatoer en la jetant par la fenêtre sur le pavé de la rue^ du haul d'un quatrième étage. Un vieillard, né en 1777, d'un esprit vif, dont on interrogeait les souvenirs relatifs è I' révolution, racontait avec horreur, comme un speclKl'* d'hier, ces.épisodes sauvages de la débauche et de la dègndation humaines. Il expliquait que ce citoyen d'Asnières. partisan de la grande vitesse en matière d'assassinat* n'était d'aucun culie, et ne savait lui-même s'il était d'aucun baptême. Cet esprit fort d'Asnières-sur-Oise disait-il, comme Voltaire, <c qu'il ramenait sa métaphysique à sa morale? » A-t-on vu ramener un zéro au néant' Karamsin, auteur d'une grande Histoire de la Russi». écrivain touriste, charmant conteur de voyages, qui visitait Paris aux premières années, bientôt si sombres et ^i menaçantes, du règne de Louis XVI, rencontra peut-ètn*