‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 253 sur 288 · LIVRE HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME

villes, le roi Charles altaquait en même temps en Guyenne, en Brelagne, dans TArtois, et partout le succès couronnait ses armes ; mais, pour cela, nos plaies étaient-elles cicatrisées? Ce n est pas à tort que l'Iiisloire a loué la sagesse de Charles V, ce roi intelligent qui s'attacha, dés le début de son règne, dés 1566, à relever l'agriculture et les finances. Le travail paisible des cultivateurs lit renaître l'abondance, et avec l'abondance, la gaieté naturelle à la nation; car, remarque un historien, nul autre peuple c( n'oublie plus aisément les malheurs passés ; il ne faut qu'une année d'abondance pour effacer plusieurs années de stérilité. » Cependant, la situation des masses resla toujours également malheureuse. « 11 n'y avait, dit le continuateur de Nangis, aucune province qui ne fût infestée de brigands ; les uns occupaient des fortei'esses, d'autres se logeaient dans les villages et les maisons de a\mpagne, et personne ne pouvait parcourir les chemins sans un extrême danger. Les soldats du roi eux-mêmes, qui auraient dû protéger nos paysans et nos voyageurs, ne songeaient au contraire qu à les dépouiller honteusement. Des chevaliers même, dont je n'ose écrire ici les noms, se disaient amis du roi et de la majesté royale tout en tenant ces brigands à leurs ordres. Bien plus, quand ils venaient dans les villes, à Paris même, chacun les reconnaissait, mais personne n'osait mettre la main sur eux pour les punir. J'ai su entre autres qu'une nuit que ces brigands se trouvaient à Paris avec leurs maîtres, ils essayèrent de piller quelques maisons du faubourg Saint- CJermain; ils lurent, il est vrai, arrêtés et enfermés au Cliiltelet, mais bientôt on les remit en liberté et on les lenvoya comme innocents. Quand le roi donna à Bertrand Du Guesclin le comté de Longueville, celui-ci lui promit en i-etour de chasser du royaume les brigands qui le dévastaient; mais loin de le faire, il permit à ses Brelons d'enlever dans les villages et sur les grands chemins Targenl,

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les habits, les chevaux, le bétail, enfin tout c« qu ils \ trouveraient. » Aussi, ajoute un autre historien, lousle> voisins de la France regardaient la condition des Français comme la plus déplorable de toutes ; le duc Albert Je Bavière, régent deHainaut, ayant voulu élablir dans s«»l pays des impositions et des gabelles à l'usage de Franc?. pour l'aider à soutenir la guerre dans laquelle il s êiii: engagé contre le comte de Flandre, la ville de Valentien nos refusa absolument de s'y soumettre ; « car, disaienllr « citoyens, si nous laissons faire ici ce qui se failà Parh « et dans le reste de la France, nous serons réduits à! « condition des esclaves, notre industrie sera perdut" a tous ceux qui se rassemblent ici pour la manufadirr « de laine, quitteront notre patrie et passeront en [cp « étranger. »

On a résumé cette situation : Edouard III et ArlcvelU' nord, le prince Noir au midi, le duc de Bretagne à IW^ Charles le Mauvais, les Jacques et les roMïi«*5 au ri même du royaume ; la noblesse dont le sang s'épuisf, le peuple qui s'agifeau premier souffle des passions rf>'lutionnaires ; la population rurale précipitée parTov de ses maux dans la liberté sauvage que semble lui j-i parer une imminente dissolution ; un roi dont on pay rançon au prix de la moitié du royaume ; un régent (le de qualités militaires, et dont les débuts à Poitiers a\'3: ' été sévèrementjugés ; parlout un découragement immr* et une indiflérence profonde qui ne laisse pendant k^ temps pressentir ni une ressource cachée, ni une demi : étincelle de patriotisme. On n'imagine pas un plus li-' spectacle que ce qui était en France à la fin du <] ^ torziémc siècle, avant que, pour arrêter cette ruine, tête de Charles V et le bras de Du Guesclin eussent clé : " au service de la nation *. Et, comme si ce n'eût pa^ '

* V. Étude sur le* fondaleurë de t unité nationaUy par H. de Carnr > p. 250.

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