LIVRE IICITIKHE
de saint Louis allait dépérissant. Aussi le chapitre général, tenu au mois de septembre 1400, s'émut de l'état de mine où était tombé Boyaumont. Il décida un subside de charité pour rétablir la splendide église de ce moriastùpe dans sa légitime convenance'. Mais il n'y avait pas que le c61é matériel de ItoyaumonI qui était en souffrance; que l'on juge aussi de ce que l'état moral de Royaumoni laissait à di'sirer au commencement du quinzième siiicle, par une conséquence fatale de la situation politique de la France et du trouble social. Les seigneurs du temps n'en élaicnt-ils pas \enus à considérer Royaumonl comme un agréable terrain de manœuvres, comme un Longchamp, un steeple- chase, un lieu pour les courses? L'infortuné Charles VI, informé, dans l'un de ses rares inicrvallcs de raison, que ses chevaliers et chambellans, « de Garancierccs lejeunc, Icsire de Boqucceux, François « de Grlnguauh et autres, s'étaient proposé de faire des n jofttcs ou faits d'armes au lieu de Royauiriont et l'avaient « fait crier et publier en plusieurs lieux, craignant que « les joutes n'excitassent entre eux des rixes et des que- « relies , fit faire défense à ces cbambellanset à tous autres, B de faire des joutes, par ses lettres du 27 janvier 1405 . « adressées au parlement et au prëvûl de Paris*. »
L'histoire attache donc de rimporlancc à ia nomination (lu personnage qui devait élreappeléà porter, dans le commencement du quinzième siècle, Iclonrd Tardeaii des destinées deBoyaumont. Aussi ne doit-on yw^ o\m:Uv dr suj. vrc, pasà pas, tous les détails du cérénionialileceKc jjrMiidi' opération électorale des monastères, h une t'-poque si soinlircdc nos annales etquandie poste d'ulibédr Rojaumont Ti'6tail pas sans péril. Le jour de l'élection du successeur
• Inventaire df la nunu coneentuelle de Koyai'mffnl.tax Arehiret if Sfine-el-OM. Un parchemin renfermait cet acic (l'nppsl, pour un Hllisiiie m faveur de lYglisede Rojaumoni; qui ilail i réparer en 1400.
* Reeueit 4e> ordmnaneet, t. IX, p. lOS. — Dom tirenier, t^. ccxv.
Puis vint le moment solennel et décisif de la bataille gigantesque engagée avec un colosse de six. siècles. On donna un signal, et tous à la fois, comme un seul homme, les ouvriers démolisseurs, placés à distance, imprimèrent une secousse des plus violentes à la partie amincie de chaque pilier, de manière à la faire voler en l'air, à la soustraire de sa place avec la promptitude de Téclair, et à troubler ainsi brusquement l'équilibre du géant ^ Ce moment, qu'il faut placer au commencement de Tannée 1792, fut le Waterloo de l'œuvre si regrettable de Pierre de Montreuil. Les colonnes qui soutenaient le poids immense de la grande voûte de Royaumont, violemment ébranlées, abandonnèrent dans une effrayante oscillation la ligne verticale, et ce fut alors la grande déroute d'une armée de gothique architecture. On vit au milieu d'un craquement indescriptible, les poutres qui soutenaient la charpente immense sortir de leur encas-
* trement, les murs de la basilique se fendre et s'ouvrir, les voûtes, la toiture , le lourd clocher , se précipiter comme de grands quartiers de roches descendant d'un pic des Pyrénées, et tomber en avalanches sur le marbre du pavé, avec des gémissements terribles, pareils a ceux que poussaient les Gaulois, nos ancêlres-, luttant jadis dans ces mêmes lieux contre les légions romaines. H y avait de quoi devenir fou de douleur, quand la partie culniinante du monument fut tombée, quand tout Tédifice s'écroula avec les mugissements d'une violente canonnade, quand les voûtes, les charpentes, les colonnes, les arca-
, des, les galeries se détachèrent de toutes parts pour joncher le sol comme les cadavres d'une armée massacrée. L'église de Royaumont succomba. Mais on aura toujours de la peine à absoudre l'acquéreur de Tabbayt», homme d'esprit et excellent politique. La postérité vou-
* Il sufQsait d*ëbranlcr un seul pilier pour renverser le dAnie el li »*»»*'• de iV^plîse.