‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 262 sur 288 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

dit Montesquieu, seraient iafiniment plus forts que ce faux honneur des monarchies, ces verlus humaines des républiques, et celle crainte servile des États despotiques*. » L'abbé de Royaumont, bien solide dans ses idées de moine bernardin, était plus à même de professer le patriotisme des heures critiques de la France, parce que, par ses principes et par le mobile de sa vocation, il était plus apte à mépriser une condition de \ie nationale qui eût été humiliante et dégradée.

Faut-il pardonner à ce moderne qui demandait si les moines avaient une patrie'? Après tout, Voltaire mourut avant d'avoir vu Tatlitude des moines espagnols, alors que les armées du premier empire napoléonien traversèrent TEspagne pour l'assujettir au joug de la France. On a bien dit, dans nos dernières époques, que la religion chrétienne, en nous représentant le ciel comnïe notre vraie patrie^ nous détachait absolument de celle que nous avons -sur la terre, et nous faisait négliger les devoirs de la société civile. Chimère que ces fantômes de difficulté; puisque une des conditions fondamentales pour arriver aux récompenses célestes est d'observer d'abord tous les devoirs à l'égard de la société et de la patrie terrestre. Le 'Jiristianisme ne fait qu'une chose, il ennoblit le palrioisme, lui ôle son caractère farouche et exclusif; il femlôrc par ses effluves ce qu'il y aurait d'exagéré dans l'orucil national'.

Quoiqu'on ne possède pas de documents sur la physioomic et l'individualité morale de celui qui occupait le ége abbatial de Royaumont, de l'an 1419 à 1440, cepenint, quelques courtes lignes venues jusqu'à nous sont

» Esprit des !j>iê, liv. XX IV, chap. vi.

* Voltaire, ZMcrpAi/M. '

» LiC patriotisme des Grecs leur faisait regarder comme barbare et en-

rnl tout ce qui n'éiait pas Grec : l'orgueil des Romains les porta à

jloir imposer leur capitale au monde entier.

516 UISTOIRE DE ROYAINOM.

pleines de choses. Gilles de Cupc, au rapport des bènèiiitins de la Gallia christianaj adhéra à la dominato anglaise par un acte du 29 janvier 1421 * ; aussi oblinl-iliù roi d'Angleterre Henri V, qui s'intitulait en même lenf roi de France j trois diplômes : l°un diplôme pour la r'> titulion des biens qui avaient été enlevés à Tabbavep'' dant les guerres ; 2* un autre diplôme pour la confiniiali des possessions de Tabbaye ; 5**.un troisième diplômep-î que la libre direclion du monastère de Royaumonl !• assurée à l'abbé : de Non molestando abbate*. Ces Iwix plômes révèlent trois grandes particularités sur les s^ frances de Royaumont : 1"* ils indiquent expressément v l'abbaye ou ses territoires avaient été pillés et muliW 2* ils sont la preuve que, dans la commotion produil«M la guerre civile et par la guerre des Anglais, les propnJ du monastère étaient, avant l'avènement de Charles ^i dans un état tellement précaire, qu'il fallait une nou\' consécration des titres pour en î^ssurerla tranquille;session; o^eniin, il ressort de ces diplômes quon^ singulièrement porté atteinte à Tindépendance inlêii du monastère. Il y eut une heure où Royaumont n'otiiii libre de vivre de sa vie intime. Les changements de. vcrnement, l'introduction d'un prince étranger sur trône de France, en amenant de nouvelles ligures, il venus mettre des entraves à l'administration intèrieu: Royaumont; les religieux n'étaient pas maîtres chez ' mêmes. Ou Anglais, ou Bourguignons, ou Anuaun avaient voulu se mêler des affaires du monastère, ^i que Gilles de Cupè eut à demander que Tabbé de I« mont retrouvât la liberté pleine et entière de gou>> l'abbaye selon le droit cistercien.

11 est impossible de ne pas s'apercevoir que la

' Gallia christiana, t. IX, art. Regalù Mons. « Egiditis deCup^' >• glonim clicntclam professas est 29 januar. iiSl. »

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