LIVRE QUINZIEME
bien. Sa langue maternelle était le flamand-hollandais; mais il est inutile d'ajouter qu'on lui imposa pour première nécessité de son instruction classique de savoir à fond la langue française.
Les troubles qui survinrent dans les Pays-Bas autrichiens, en 1789, par suite des réformes de l'empereur Joseph H, interrompirent les études classiques de Joseph Vandcr Mersch. Il alla rejoindre, à Tâge de dix-sept ans, comme volontaire, son oncle, Jean- André Vander Mersch *, qui organisait aux environs d^ Bréda Tarmée insurgée brabançonne, dont il fut nommé le commandant en chef. Son oncle en fit un de ses officiers d'ordonnance ; le jeune Joseph faisait ainsi partie des trois mille hommes qui battirent complètement les Autrichiens à Turnhout, le
* Jean-André Vander Mersch naquit à Mcnin, le 10 février 1734, d'une famille anoblie. Après avoir fait des éludes, particulièrement dirigées yen les ma thématiques et la géographie, il enlra dans le régiment de la Marck, au service de France, en qualité de volo(itaire. Les campagnes de la guerre de Sept ans lui fournirent de nombreuses occasions de signaler son courage, et bientôt on ne le nomma plus que le Brave Flamand. Toujours au fort de la mêlée, il reçut quatorze blessures, dont dinq à la tète. Sachant unir la prudence à l'inti^pidité, il commanda des corps assez considérables de [)nrtisans. Ses principaux faits d'annes furent la prise de la ville cl du château d'Arensberg, en 1759; celle de Hesse-Cassel, où l'artitlprie, des munitions, des vivres et un grand nombre de prisonniers tombèrent dans ses mains, en 17G1; l'attaque inopinée du village de Bozenzeel, dans lequel il s'empara de plusieurs pièces de canon et fit mettre bas les armes à douze cents hommes; enfin les combats de Werle et d'Ifexter. Il parvint, en moins de cinq années, au grade de lieutenant-colonel de cavalerie, et reçut la croix de Saint-Louis sur le champ de bataille.
Néanmoins, diverses injustices le décidèrent à passer, en 1778, au service d'Autriche, et malgré la protection du général Wurmser, il ne put obtenir d'abord le rang de colonel. Pendant la courte guerre, que termina le traité flo Teschen, Vander Mersch se rendit maître d'Habelschwertet de firafrenort, on Silésie. La paix le ramena dans ses loyers avec le titre et la pension de colonel. Il trouva le bonheur dans le mariage, et vécut à la campagne, partageant ses loisirs entre l'éducation de son fils et les coins de l'agriculture. Les innovations introduites par l'empereur Joseph II dans le gouvernement tioH Pays-Bas, ne tardèrent pas à mécontenter les divers ordres de l'État. Le l'pii de la discorde fut encore attisé par la Prusse, l'Angleterre et la Hollande; une armée s'orgnnisa dans les environs de liréda ; Vander Mersch fut choisi par les chefs de riiistnToci ion Vonck. van ôer Noot et van Eupen) pour In rutnmander.
518 HISTOIRE DE ROTAUMONT.
traie à Royaumont, en faisant à chaque chose sa part *i^ responsabilité. Gilles de Cupè apparaît comme ces hoaiDir des concordats, dans les débats du sacerdoce et de IV..; pire, qui viennent, après les écroulements, sauver ce qn'b peuvent de Tincendie et de la ruine. Ce sont les majesV^ du malheur qui traitent avec les conquérants pour l disputer quelques lambeaux du patrimoine hèréditair Ils sont les lignes de démarcation qui, dans le couraoh. siècles, servent à marquer un passé qui finit et une ê; que radicalement nouvelle qui commence.
La part des supérieurs doit être dite comme cell simples moines, si l'historien veut constater d'une r nière intégrale le mouvement de déclin de Royauro^ L'histoire doit les faits, c'est-à-dire la \érité, à tous dans le dénombrement des faits qui conlribuèrenl . décadence de Royaumont, il est juste de dire que h] mont lui-même fut moins une cause active qu'un sn instrument passif, dans l'ouvrage de son propre reLment. Dès le treizième siècle, il fallut toucher à la câ'' charitéj l'un des statuts fondamentaux de l'ordre. V la faute? Les circonstances amènent quelquefois meilleurs esprits à voir différemment sur le mèmc«. et sous le pontificat d'Urbain IV, il y eut, en eflet. divisions sur la manière d'interpréter la carie i: fité. Les divisions sont toujours re^ettables, et i nécessaire que le pape y mit lin. Le souverain [• nomma pour arbitres du différend, Nicolas, èv Troyes, Etienne, abbé de Marmoutiers, et Godo' Beaujeu, confesseur du roi saint Louis. La quesb tant pas vidée à la mort d'Urbain IV. Son successri ment IV, voulut en 1265 remédier au^ suites iù^ que pourraient avoir ces diversités. Il ordonna de Citeaux, aux quatre premiers abbès, et à f abbés et religieux de cet ordre, de le venir tr Pérouse; il entendit les explications do tous, d i
mula un règlement ; il ne changea pas les observances, mais il interpréta ou changea quelques points de la carte (le charité^ relativement au gouvernement de l'ordre et à la juridiction des supérieurs. Ce règlement ou cette constitution, appelée dans Tordre la Clémentinej acceptée par les abbés dans Pérousc, fut ensuite unanimement reçue dans Tordre. Qui sait si, dans Tavenir, cette ClémeU' Une ne contenait pas des principes qui deviendront funestes? Toujours est- il que, quatre années après, dans un essor de rénovation, on décida, au chapitre général de l'an 1269, que Ton forait un recueil de toutes les ordonnances des chapitres généraux célébrés depuis le commencemant de Tordre jusqu'à cette année. Cemouvement^ cette ardeur pour le maintien de Tantique discipline, était un acte des plus louables ; et toutefois, il témoignait de celte activité d'un malade qui commence à se sentir dans un état anormal et qui met tout moyen en réquisition, avec une avidité fébrile, pour assurer la guérison; les symptômes eux-mêmes de vitalité deviennent des révélations d*un germe de maladie cachée. On jetait à bas, dans les règlements de 1269, toute espèce de privilège ou d'exemption personnelle qu'un individu quelconque de Tordre aurait obtenue jusque-là : il y avait donc des religieux qui s'étaient placés en dehors des règles communes de Tordre. Plus étaient sévères les mesures nouvellement adoptées sur Tarticle spécial de Tabstinence de la viande ou du maigre, plus il devient évident que certains monastères >^étaient déjà éloignés plus ou moins de l'esprit des fonj a leurs de Citeaux.
Tandis que Uoyaumont était, à la lin du treizième siècle, lans toute la floraison de sa verte jeunesse, il n'en était las de même pour la plupart des abbayes ses aînées. )ans le commencement du quatorzième siècle, on avait pu *ciT)arquer une notable altération de l'antique esprit, de 'antique ferveur des premiers Pèn^dfi Tordre. De même
que la fièvre est le signe symptomatique de Tèlat maladif <)•. corps, de même l'état morbide de Tordre cistercien ^ déclarait ou se faisait reconnaître par divers manqu* ments et notamment par les manquements à la loi <!•abstinences et des jeûnes, relativement considêrjbl»bien qu'une certaine philosophie les regarde comme ii^ signifiants. Ainsi, au quatorzième siècle, les bernarôii commençaient à s'éloigner des pratiques strictes d* primitive observance; et quoique Royaumont nefûlK encore atteint, il ne devait pas tarder à être envahi j^' la tendance à un certain adoucissement dans les auv tés. Le pape Benoit XII, qui avait été bernardin, s'. remarqué celte pente dans les descendants desainlï' nard et de saint Etienne, et il voulait remédier J commencement d'abus. Il réunit la plupart des abln^ l'ordre, en 1334, à Pont-de-Forgue, dans le diocèse d \ gnon, où il se trouvait lui-môme. Après plusieurs c férences, ce pontife avait porté divers règlemenb établi une constitution nouvelle, qui fut appelée M' (lictine. La Bénédictine^ comme la Clémentine^ au ^ précédent, attestait la vieille tendance à enfreindre i du jeûne et des abstinences, et il ne faut pas s*ètonn : grand fracas que devait faire pendant |>/itôt^tir« jri^n question de la dispense de cette abstinence déviai:, y a pour la volonté humaine une loi d*irruption, o pour l'eau contenue par des digues qui rencaissent, tiquez une fissure qui semblera une imperceptible ••• ture, aussitôt les eaux s'y précipitent avec impêlu^ Telle était la violation du règlement cistercien y' défense de manger de la viande. Quand on cédail ^ point, on était sûr d'être débordé sur des points plu^^^ tiels. C'est ici que l'on doit faire remonter une |^^ responsabilité tmx abbés et aux supérieurs delordi transigèrent à une ce^rtaine heure : et lorsque Cléini*n: Benoit XII intervinrent, les difficultés étaient sm-