‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 272 sur 288 · LIVRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME

que M. Joseph Vander Mersch vit à Yhôtel seigneurial d'Âshières, il inspirerait un sentiment qui appellerait presque la pitié. Il est à croire qu'on a calomnié le prince et la princesse Labanoff , quand on a' assuré qu'ils tenaient peu à vivre l'un près de l'autre, et que la princesse comptait au prince une pension d'autant de centaines de mille francs qu'il y avait de centaines de lieues qui les séparaient. Ce fait peu édifiant honorerait peu les mœurs conjugales des époux russes, et il est à présumer que tous les mariés du grand empire n'entendent pas ainsi le mariage à distance. Le prince Labanoff, comme M. Auguste Chevalier, avait été attiré par le charme poétique du lieu. Les nouveaux possesseurs de ThAtel seigneurial sont de celte fraction de la nation qui ne s'enferme pas en égoïste dans ses lumières, dans son argent et dans ses possessions territoriales, mais qui demande pour tous, en France, les presbytères, les comptoirs, les universités et les académies, afin de répandre la moralité, le savoir et l'aisance. L'hôtel seigneurial n'a ni tours féodales, ni donjons tristes et menaçants ; c'est une construction moderne, qui, réunissant au bien-être sagement entendu l'enchantement des arts, laisse jouir, sous une forme spéciale, des effelsde perspective empruntés aux eaux et aux bois, qu'offre l'antique résidence de la Reine-Blanche, dont il est pour le territoire, un démembrement. Ni exclusion envers le passé, ni esprit rétrograde en face des progrès de l'opinion. Les lettres et l'histoire sont en honneur dans ce manoir. On aime ù s'y souvenir que le fils de Blanche de Castillc habita cette demeure ou les lieux adjacents; on n'y indique pas, sous les allées, de pierre où saint Louis, jeune adolescent, soit monté pour enjamber son cheval ; il dédaignait, dans sa fière agilité, de tels auxiliaires. L'érudition des lettrés de Thôtel seigneurial préfère se porter à des recherches plus graves ; ils préfèrent fouiller dans les poudreux itinéraires des anciens rois de France,

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dure, que le speclacle de la corruption et de rabaissemen' général ne révolte pas, ne désole pas les âmes fortes, en qui la moralité ne saurait s'engourdir. L'ennui, le HfM d'une molle perversi té et le besoin de fuir les misères [i Cliques, c'est là ce qui fit les moines d'Orient, bienplult' que le caractère particulier du christianisme et lesacir^ de l'exaltation religieuse. Ces mêmes circonstances ciblaient en Occident; la société italienne, gauloise, atricainf. au milieu delà chute de l'empire et des dévastations lio barbares, était tout aussi malheureuse, tout aussi dèp vée, tout aussi oisive que celle de l'Asie Mineure ou* rÉgyple '. » Voilà ce qui a été dit. Toutefois de telles Ihtries, émanées de grands esprits, mais écloses sous la* fluence d'une idée de secte, pèchent par leur caractèrelr absolu, attendu que les mêmes phénomènes sociaux taol multiplient et tantôt restreignent les vocations claustral ^ Le désordre féodal du quinzième siècle ne favorisa pasl vocations cisterciennes deRoyaumonl. Quand on ne ^• qu'une face négative de la vocation et qu'une seule des i' pulsions qui inspirentle goût des solitudes, savoir:!' suffisance de l'existence mondaine et séculière, lorsqu omet complètement la partie positive, le côté d'aUnC dans l'élément de la vocation, comme si les pe^sonne^l' rieuses et honnêtes, au sein d'une société honnèleelb'rieuse, ne pouvaient point éprouver de ces aspirations \r une vie particulière, on se place alors surun mauvaistt i' pour expliquer l'histoire. La vérité est que, dans lesln ordinaires et réguliers, on considérait que, d'aller vn Royaumont, c'était agrandir la personnalité et donnrr point d'appui à la force individuelle ; on estimait • d'adhérer à une collectivité, c'était, pour rhomine. i assimilation de force morale. La vérité est aussi, pan que , dans une époque impossible comme le quim /

1 Hiêi, de la civilis. en France^ par M. Guizot, xr^ leçon.

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