‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 273 sur 288 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

siècle, les vocations claustrales tarissaient et devaient tarir.

Gilles de Cupù ne fut-il pas un André Johnson de Royaumont au quinzième siècle? El n'y aurait-il point quelque rapport entre les abbayes d'autrefois et l'Union américaine d'aujourd'hui? Après la guerre civile de nos dernières années* entre les États du Nord et ceux du Sud, guerre qui a fini par la victoire du Nord, l'Amérique traversait récemment, en 1866, une crise plus modeste, mais encore assez pèfilleuse, tenant aux difficultés intérieures du gouvernement des États-Unis. La première magistrature de la république, occupée par un homme d'État de mérite, mais peut-être bien confiant en ' Ini-même, d'un patriotisme sincère, mais d'un caractère ombrageux et despotique , offrirait- elle quelque analogie avec la présidence de l'abbaye de Royaumont au commmrcment du quinzième siècle? Pour Johnson il s'agit de poursuivre dans la réorganisation progressive des anciens Élats rebelles la grande révolution sociale inaugurée en 1 865 par l'abolition de l'esclavage. Gilles de Cupè, qui ne paraît point avoir été infatué de son mérite personnel, avait la mission de revendiquer la liberté du cloitrc vîsà-vis les puissances du dehors. Mais en môme temps rjuc l'abbé de Royaumont avait à faire rentrer dans l(»ur propre sphère respective des pouvoirs jaloux qui voulaient s'emparer du temporel des alfiiires, il avait sur- (out, il avait à réveiller le véritable esprit de piété et les lurcs traditions de saint Bernard et de saint Touis sous es cendres mal éteintes de la guerre civile. Les diflî- :iillés devant lesquelles s'est trouvé Johnson, sont imneiiscs; il fallait réconcilier deux tronçons de la nation, |iii s'étaient fait pendant plusieurs années la plus énergique guerre qui se soit jamais vue. 11 fallait refondre

« i 8(1^1 Stô. On ne mit pas Gilles de Cupè en accusation.

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dans l'uriitc fédérale deux pays qui n'avaient pris \^^ armes que pour se séparer à jamais de PUnion. La reconstitution de l'œuvre de Washington, voilà donc la lâcbï gigantesque de Johnson. Une reconstruction non moins laborieuse incombait à Gilles de Cupë; s'il n'avait pas à réaliser l'émancipation d'une autre race nègre et à rôle\ei au pouvoir politique, sa mission était de faire monter la^ sociation qu'il présidait à la conscience de la dignité èminente des véritables fds du grand saint Bernard. Le nome! abbé de Royaumont se trouvait, dans sa mesure, pbt aussi en face de difficultés colossales, les unes eitrins^*ques, les autres intrinsèques. La reconstitution delCniuu américaine demande à être refaite entre les devoirs, lr> intérêts et les passions. La reconstitution de Royauroi*i>! n*était pas plus aisée.

J^lusieurs problèmes se posèrent à la fois devant Gil> de Cupë, dont l'un d'économie politique ; comment \fterres de l'abbaye, très-fertiles et très-riches par leur nature, mais abandonnées, stérilisées et appauvries par^^ événements et les temps d'arrêt qui en étaient la cou^^quence, par les abus et les dilapidations, pourraienl-d»^ retrouver la culture, la fertilité et l'abondance? comniei d'abord ces terres, ravagées, fragmentées, reviendraier^ elles à leur possesseur? Un autre problème était dVnomie morale et spirituelle : comment arriver à fj ' refleurir l'antique régularité de Royaumont? qui >< serait l'huile sur les rouages envahis par la rouille? Ou efforts y ftillait-il? quelle activité et quelle poliliç sacrée devait-on employer pour réussir? y avait-il, 1!^ les ressources indigènes de Royaumont, assci de >ibl pour ne point faire appel à un auxiliaire étranger? Frblèmc de science morale, d'initiative individuelle, de ^ gueur de jugement, qui ne supposaient pas, pour le: soudre, un homme de médiocre organisation.

L'histoire de Royaumont au quinzième siècle, con*'

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