LIVRE HUITIÈME
celle de la plupart des monastères du même ordre, n'est que Thistoire de ses perles sous le rapport spirituel et temporel : mais, au fond, Torigine de ses maux était presque exclusivement le produit du malheur des temps et de causes qui sont indépendantes de la volonté humaine. Gilles de Cupè avait moins devant lui la défection des moines de Royaumont, ou une prétendue défaillance de la vie monastique, qu'une conséquence et un effet brusquement et accidentellement amenés par les circonstances. L'histoire est loin de dire que Royaumont eât fatalement cessé d'offrir au quinzième siècle une physionomie florissante, quand même l'on n'eût pas traversé un état politique et social qu'on doit appeler un écroulement universel et l'épreuve suprême de la nationalité française. Toutefois Gilles de Cupè n'en était pas moins devant un Royaumont éclipsé, parce que des coïncidences extrinsèques, imprévues et funestes, se rencontrèrent au quinzième siècle.
Il est vrai que l'œuvre de l'homme d'État américain, pour la reconstruction, a été un moment enrayée par des dissidences graves entre le congrès et le président; il est vrai qu'il n^est pas facile de mettre à exécution un plan de restauration, quand il faut marcher entre la pression contradictoire des démocrates et des républicains, etc.; quand il s'agit de refondre complètement les États du Sud, quand enfin on propose de mettre en vigueur la confiscation et d'initier les noirs aux droits politiques. ^Tais ces embarras n'égalaient pas ceux qui, au quinzième siècle, naissaient de la situation générale de l'Europe et (le la France. Qui calculera ce que produisit de diiTirull<^s innombrables et sérieuses le fâcheux retentissement qu'eut dans les familles cénobitiques et dans les maisons de Citeaux ce fameux schisme d^Occident, qui donna deux papes à la fois, l'un résidant h Rome, l'autre Li Avignon, et qui dura depuis l'année 1378 jusqu'en
1448? n'eut-il pas pour déplorable résultai d'ènenerb discipline? et que sont les embarras présidentiels fÂndrr Johnson à côté des difficultés d'un abbé de Rojaumont 311 quinzième siècle, obligé de réagir contre un scandale d'iï plus accablants?
On avait vu les deux papes, luttant Tun contre Vaulrt, et pressés par le besoin d'argent sans lequel on ne peu' se soutenir, accorder ce qu'ils n'auraient pas accordé t'* d'autres temps ; et pour la seule raison que Ton vt rx matériellement à leur aide. Ces exemples furent dèletables et démoralisèrent les populations en les conduis:: au mépris des lois. La criminalité augmenta endelrtstr ^proportions. « Quelle merveille, s'écrie un historien n peu trop véhément, si les cloîtres s'en ressentirent auet si le désordre y entra de toutes parts I » Cet hisloria qui manque de sang-froid et met de Texagération en N affirme que les supérieurs ne pcfuvaient plus contenir 1inférieurs, qui menaçaient de changer d'obédience m « les y contraignait. Les papes, selon lui, autorisa:' tout, pourvu qu'on se déclarât de leur parti. La di>i^i qui était générale dans toute l'Église, se trouvait en par culier dans les ordres religieux : l'un était pour le pape Rome, l'autre pour celui d'Avignon ; on se partageait urbanistes et en clémentins^ Mais qui donc était i' l'ordre, la paix et Tédification?
Un autre élément de difficulté vint grossir le far^i du R. P. Gilles de Cupè. L'une des obligations du m* cistercien était l'obligation de stabilité religieuse ; on en dait faire promesse à Dieu de se lier déterminémenl ^ monastère particulier, pour ne pas aller, en vagabcipromener de couvent en couvent. Saint Bernard expli] la raison de cet engagement qui prévenait le relâcheiu' les sorties contentieuses, les voyages superflus, inui
* Doin Gervaise, successeur de l'abbé de Rancé.