‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 275 sur 288 · LIVRE IIUITIÈIIE · texte numérisé non relu

LIVRE IIUITIÈIIE

ou curieux, les inconstances de l'espril, la fantaisie*. Tou- (cfois, la stabilité ne s'opposait pas à ce que Ton sortit par principe à* obéissance^ pour un motif quelconque. Au quinzième siècle, la force des choses avait mis à néant cet article fondamental du statut cistercien ; et le personnel de Royaumont, à l'époque du R. P. abbé Gilles de Cupù ne pouvait être qu'une juxtaposition d'éléments jusque-là trcs-épars. La guerre sanglante qui, avec des péripéties diverses, se continuait non-seulement entre la France et TAngleterre soutenue du duc de Bretagne, mais aussi entre les deux papes, qui voulaient avoir chacun un roi de Naples et un roi de Hongrie, mettait toute l'Europe en feu. On levait des troupes de toutes parts, le pape de Rome pour se soutenir et soutenir les princes qu'il avait investis des royaumes de Naples et de Hongrie; celui d'Avignon pour les mômes fins. Les deux princes combattant pour faire valoir leurs drofts, on ne voyait partout que soldats armés, pillage, assassinats, violences, imprécations. 11 devait arriver ce qui arriva : les moines, pour se soustraire à la fureur du soldat animé par Tespéance du pillage, abandonnaient leur cloilre, surtout ceux jui, comme les cisterciens, faisaient leur demeure dans es bois et les campagnes, pour se retirer dans les villes ft les forteresses. De la sorte, les uns chez leurs parents, i3S autres chez leurs amis, d'autres dans des maisons de [iiiage, vivaient à leur fantaisie, et croyaient beaucoup lire de se conformer aux séculiers chez qui ils étaient; s en prirent bientôt toutes les manières, les sentiments, I mollesse, et devinrent en peu de temps plus sécucrs que les séculiers eux-mêmes. Ceux qui, n'ayant L>int de retraite assurée, se trouvaient obligés de rester uns le cloître avec quelques supérieurs, pour empêcher i moins que leurs monastères no lussent pillés ou

' Traité du Précepte et de la dispense.

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brûlés, ne se crurent plus obligés à la régularilè, étant abandonnés de la plupart dç leurs frères. Le brait te armes retentissait jusque dans Tenceinle du monaslèrt de Royaumont ; et comment la pureté des mœurs monav tiques n'aurait-elle pas souffert quelque atteinte du wbinage des soldats quelquefois campés sous les murs d?

rabbaye*?

' Gilles de Cupè n'avait-il pas, conséquemmcnt,une difficulté quadruple pour faire briller Tidéal du raonasièrt et de la vie religieuse, en des temps d'une pareille tourmente? Comment pouvait apparaître cet idéal aux à^l^ tendres et poétiques*, aux populations, comme aux motnés eux-mêmes? La soustraction d'obédience au pp^ d'Avignon qu'on se crut obligé de faire en France, nenmena pas le calme et la régularité ; ces troubles ne hh saient que favoriser, la licence, désorienter les esprits H les cœurs. Où était alors la vita super vitas de Pét^a^qtJ»^ la vie réformatrice de l'âme, la vie philosophique, poéti-

* Un écrivain de ce temps peint, dans un écrit agréable, les tOt^ conséquences des guerres européennes de notre dix-neuTiénie m^ c Tu comprends maintenant, Fritz, les inquiétudes et les peurs lerr**^ qu'on avait en ce temps. Personne n'était plus sûr de rien; car il * ^ pas croire que j'étais le seul à vivre comme l'oiseau sur la bnnch* ^ centaines d'autres ne pouvaient plus fermer rœîl.

< U fallait voir la mine des bourgeois chaque matin, en apprw»»]* les Autrichiens et les Russes remplissaient l'AUace, que les Prussiens*-'* cbaient sur Sarrebruck; ou quand on publiait les visites domitiliaffe l** corvées pour murer les poternes et les oreillons de la place, loràtt^ former des compagnies de pompiers cl de se débarrasser bieii vite c. .qui s'aUume, de remettre au gouverneur la situation de la caisse mcp'fipale et la liste des principaux contribuables, pour la fourniture àes »** iiers, des capotes, des effets de literie, ainsi de suite.

« U fallait voir comme on se regardait!

« En temps de guerre, le civil n'est plus rien, et l'on voos pw^*^ jusqu'à votre dernière chemise, avec un reçu du gouverneur. Us p|b^ ^^ tables du pays passent pour des zéros, quand le gouverneur a pari'* ' * pourquoi j'ai souvent pensé que tous ceux qui demandent It riar* • moins d'être soldats, perdent la tête, ou qu'Us sont ruiaés ao^'*"" quarts, et qu'ils espèrent se remettre dans leurs affaires, par li ru»' tout le monde. Ce n'est pas possible autrement. » ^^

Le Tasse adressait un touchant sonnet à l'ordre de Sainl«s^ (Tasso, Rime sacrée moralif sonnet V.)

que, sainte, la vie solitaire en un mot* ? Il n'était plus, le temps où la seule vue des offices liturgiques de Royauinont, la pompe de ses cérémonies majestueuses et solennelles, la gravité des chants, le bruit des cloches, réjouissaient les populations d'alentour. La tristesse des temps se faisait sentir à Asnières, à Viarmes, à Luzarches, à Noisy, à Boran, à Beaumont. Et ne semblait-il pas que les ruines ne cessassent point de crouler et de s'accumuler? La série de nos malheurs, dans les premières vingt années du quinzième siècle, n'avait pas été interrompue ; Charles YI frappé d'aliénation mentale et son état d'imbécillité introduisant, parmi les princes du sang, de cruelles divisions au sujet du gouvernement, Tesprit de division passant des princes aux particuliers, chacun prenant parti et s'enrôlant dans les factions, à travers les horreurs de la guerre civile : voilà le bilan de la situation. Le comble fut, quand le fils deCharlesVlfut déshérité, quand on introduisit l'Anglais dans le royaume, et qu'un prince de Londres fut couronné roi de France, dans Paris même*; on pouvait se demander s'il y avait encore une nationalité française.

Un miracle se produira, il est vrai, pour la France : ce miracle s'appellera Jeanne d'Arc. Lorsque, en effet, la brtune commença à sourire à notre royaume, les moines le Citeaux commencèrent à respirer. Plusieurs rentrèrent lans leurs clojtres, quelques vides se comblèrent à Royaunont ; d^autres religieux continuèrent une vie errante et agabonde. Mais dans quel état moral se trouvaient les loines que Gilles de Cupè vit rentrer dans le monastère près des congés forces passés au dehors? Il serait injuste 'appliquer à Pioyaumont le tableau sévère de la situation j quinzième siècle, tracé par une plume misanthropiic : « Plusieurs rentrèrent dans leurs cloîtres; les supé-

' ff Tita reformatrix animîc,... \ita philosophica, poctica, sancta» prophen, D s*ëcriait Pétrarque (Traité de Vita solitariaf liv. H, chap. vin). ^ Le 27 novembre 1431, dans la cathédrale de Paria.

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François Stanislas de Mareuil de Frémîcourt, qui devint seigneur du Petit-Baillon, en 1720, après que Mgr de Lorraine eut été nommé évêque de Bayeux; M. de Mareuil de Frémicourt désira, ainsi que les religieux de Royaumont, que les bornes qui séparaient Bâillon de Royauroont fussent nettement tracées; on s'adressa à l'arpenteor royal Je Beaumont« Au moment de la révolution, et après, on trouve comme propriétaires du petit prieuré, qu'on a de plus en plus décoré et embelli, la famille Marcotte, dont li fille épousaM.Walkenaer,de Tlnstitut'; M. Baude Moulin: M. Ilccquem ; M. le marquis de Trazigny ; H. Bertholon. M. Gautier (de la Banque) en est le propriétaire actuel. U Petit-Baillon ne le cède à aucune résidence de la contrée, en élégance, en confort et en gracieuse hospitalité. U Grand-Baillon et le Petit-Baillon, séparés à peine de quelques pas, ont la fraîcheur des mêmes eaux, le parfum des mêmes bois. On a au Petit-Baillon les accidents tt les harmonies des ombres et de la lumière, parmi Ie^ peupliers et les hêtres. Les rapports de l'assemblée à\ bailliage provincial de Sentis, en 1789, mentionnent François de Narbonne-Lara, des vicomtes de Narbonne. comme prieur du prieuré seigneurial de Notre-Dame de Bâillon. Ce nom imposait. On connaît le loyal dévouemen. de ce Narbonne-Lara, qui fut ministre de la guerre d^ Louis XVI, et qui, réfugié à Londres, après le 1 0 août 1 791 après avoir échappé à ses ennemis par les bons offices ^ madame de Staël, tit demander néanmoins à la Conventi* r un sauf'Condvitj pour venir à sa barre, et y réclamtt pendant la durée du procès de Louis XVI, la respcnsal^ îité dont il avait été chargé danslesactes de son minîslèr»^

* I/acle notarié fait en présence de Louis Bonaparte, chef de bri|r«<Ai*. tneurant & Paris, rue de la Vicloirc, n* 10. donne le détail du domair terre de Bâillon, cl l'on voir... 1 hectare 55 ares 12 centiares, ou 3 arf* de prés dit les Prés-dei- Aulnes, près la commune, tenant d'un cMk . dame Marcotte; d'autre côté, aux terres du domaine présentcroeni Paris, l'an II de la république.

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