LIVRE QUINZIÈME
Le titulaire duTetit-Baillon, en 1789, était de ces Narbonne-Lara, qui envisageaient volontiers une mort certaine, dans le désir de décharger le roi des accusations qu'on portait contre lui et de le sauver. C*est pourquoi, le Petit-Baillon de nos jours a conservé soigneusement ces belles traditions de dévouement chevaleresque.
Mais c'est le lieu de suivre le développement de la crise historique d'où devait sortir la renaissance de Royaumont, dans le sens de sa primitive destination. C*estle lieu d'énoncer, comment Thonorable M. Joseph Yander Mersch donna le signal d'un mouvement prononcé de sympathie pour les ruines de Royaumont, comment la contrée se groupa autour de lui, et comment, sans en.avoir la conscience, il fut un drapeau pour le réveil de l'abbaye, en provoquant des pèlerinages aux ruines de la chère abbaye de saint Louis.
Il y eut d'abord un travail de recomposition de Royaumont, qui se développa, d'année en année, par la reprise des objets dispersés, par la remise des choses à leur place convenable, par un classement régulier du matériel précieux ayant fait partie de l'opulence spirituelle et temporelle de l'abbaye. Le nom de M. Joseph Vander Mersch se rattache en premier lieu aux démarches que nécessitèrent les différentes sépultures renfermées à Royaumont.
Qu'étaient devenues les sépultures des enfants de saint Louis, dont il n'a pas encore été question, et quel fut leut* sort depuis 1791 ? L'affaire des mausolées et des tombeaux que renfermait Royaumont fut décidée au mois de juillet de 1791 môme. Les messieursdu district de Gonesse ayant écrit à Paris, pour avoir des instructions sur ce que Ton devait faire à Royaumont, le comité d'aliénation des biens du clergé avait jeté les yeux sur un ancien bénédictin, dom Poirier^, homme compétent, par ses lumières
* Dom Gormain Poirier était bénédictin de la congrégation de Saint-
546 HISTOIRE DIS ROYÀOMONT.
Royaumont demandèrent à sa seigneurie une reconnaissance officielle de rexistenceet des droits territorimile Tabbaye. Il existe encore une pièce émanée du diic dt Bedford.
Le duc de Bedford est une des grandes figures de a temps ; il joignait aux talents militaires rhabiletè d^ rhomme d'État. Il représente au quinzième siècle la tournure traditionnelle de la politique anglaise à Fétrang^r. conquérir et négocier, faire un premier pas, puis un second, mais ne jamais reculer, s*assimiler le pays conquiv être prudent mais ferme et inébranlable. Semblable i peut-être supérieur à ce sage et habile comte de Ponbrork qui avait eu la régence sous Henri III, TAngleterre n ar^i: pas encore eu de général plus savant dans ses opëralioos. plus fin dans les affaires ; il avait la valeur et racti\itè de Henri Y ; il y joignait de la prudence et de la politique; i exécutait avec la même rapidité ce qu'il avait conçu tv plus de sagesse. C'était un prince éclairé et verlucu\ mais Pexëcution barbare de la Pucelle d'Orléans est ut t tache sur sa mémoire. Souple, il était rude en mè«> temps. Peut-être, à la suite de l'un de ses mou>'eraen}* militaires, la cavalerie anglaisé avait-elle fait piaffer ^^ chevaux dans Tintérieur de Tabbaye; peut-être le palji' abbatial avait-il été endom4nagé; et l'abbé nouveau d Itoyaumont, en rentrant dans les vieilles salles d'ani^ lecture gothique avec ogive, devait-il encore s'eslim' très-heureux qu'on lui laissât, ainsi qu*à ses moines, c^ murailles sombres et ces bâtiments dénudés. Touteroi>. Royaumont comme dans le duché de Normandie, depu * qu'on avait accepté cette nouvelle souveraineté venue l'autre côte de la Manche, on était inondé de lelti^^ royaux, datées de Rouen ou de Westminster, et dont let était d'inculquer qu'on dépendait du sceptre d'Angleterre On voulait bien y reconnaître différents droits aui ab'> et aux religieux des monastères, les autoriser à po-^'