LIVRE HUITÏÈMK
glaise devait cesser de planer sur le bourg de Précy ; le château actuel a été construit sur un emplacement où était, à cette époque, une ancienne forteresse, et où se tenait la garnison anglaise. Le maréchal de Boussac détruisit la forteresse en 1430, et en chassa la garnison ennemie.
. Mais, pour être juste envers la mémoire de Gilles de Cupè, I histoire doit mentionner, outre les obstacles extérieurs tirés de la situation politique delà France, si orageuse et si troublée, les obstacles intrinsèques provenant d'une modification intérieure introduite dans l'organisme môme des cisterciens. Il y a quelquefois des causes invisibles, subtiles à certains égards, peu aperçues des esprits superficiels et distraits, et qui cependant paralysent d'une manière tout autrement puissante les efforts d'un réorganisateur. On n'a qu'à s'enfoncer un instant dans Tétude directe du mécanisme de la constitution cistercienne, el, à l'aide des documents historiques des cisterciens eux-mêmes, on peut constater les graves changemonts dont les constitutions étaient déjà atteintes au quinzième siècle et qui compliquèrent le labeur de Gilles de Cupè.
Pour n'indiquer qu'une seule de ces altérations, on citera de préférence celle qu'un moine bernardin lui-mômo a reconnue et mise en lumière : « Saint Etienne, pour fonder son ordre, avait senti la nécessité de rattacher, par les liens d'une dépendance mutuelle, toutes les maisons issues de la sienne, et de créer une hiérarchie de pouvoirs subordonnés les uns aux autres, afin d'établir entre elles une surveillance nécessaire au maintien de la discipline. Mais alors un problème des plus ardus s'était dressé de- . vant lui : comment, se demandait-il, amener les abbés qui, par leur règle, étaient autant de souverains absolus dans leurs petits États, à devenir sujets à leur tour, ejt à faire partie d un corps dont ils ne seront plus que lès
554 HISTOIRE DE ROTàUMONT.
membres? La charte de charité^ rédigée de concert aw ses premiers collègues, en fut la solution; par elle, noûseulement il ne touchait pas à leur autorité ni à leur juiidiction, mais il rendait encore chaque abbé parlicipaniî Tautorité souveraine, qui résidait, non pas dans un seul mais dans tous, réunis en assemblée, sous le nom de à'> pitre général. Le profond législateur créait, en cuire, iir système de paternité et de filiation fondé sur la génir? tion spirituelle, avec des lois qui agrandissaient encore'? juridiction de chaque abbé-père , en l'étendant sur s«^ maisons-filles ; il. laissait en revanche aux abbés-iil . avec le droit de participer à l'élection du supérieur (;«:: leur était imposé, l'espérance de le devenir, à leur loi:, des maisons qu'ils pourraient fonder dans la suite. £i fin, pour que la maison de Cîteaux, mère de toutes It^ autres, ne fût pas elle-même sans supérieur et ne pi échapper à ce système général de surveillance, sji : filienne établissait pour elle une paternité fictive et ipure attribulion, confiée aux abbés de ses quatre prem. res filles, les élevant par là au rang de premiers ptV> • Tordre, qui devaient exercer collectivenienl sur leur m- ^ commune tous les droits du père immédiat. « Ainsi v trouvait constituée par cette charte savante, libreni'i acceptée et pleinement consentie, une hiérarchie de f- î > voirs embrassant toutes les parties de ce corps nai-<'i et capable de maintenir entre elles la plus parfaite I. : monie, quelles que fussent les proportions qu'il dût pi dre plus tard. De cette façon, la surveillance était uim* selle : elle fermait la porte à tous les abus de pi>uv ! enlevait tout prétexte au relâchement : le simple j! veillait sur ses religieux, le père immédiat sur ses al» ^"* fils et sur leurs maisons ; Tabbé-ciief veillait sur Hi • entier et était surveillé lui-même, ainsi que son roona^ tère, par les quatre premiers abbés. ' El par-dessus i^
'De Ponti^ny, de la Ferté, de Glainraux et de Horimond.