X INTRODUCTION
général Varider Morsch (célèbre dans la révolution de Belgique, de 1789), M. Joseph Vander Mersch, qui a été le Nanus de Royaumont, pendant cinquante ans, depuis 1815, n'intronisait point les nouveaux propriétaires de Royaumont, à la suite de Toffrande d'une coupe de vin, comme celle qu'offrit la fille du roi de la contrée de Marseille à Euxenus, chef de la colonie phocéenne. Point de ces anecdotes homériques des temps antiques de la Grèce et de Rome. Les récents successeurs des bernardins ont été mis en possession de Royaumont, à Taide d'une de ces transactions dont le nouveau code civil a clairement défini les conditions, les formes et les conséquences légales. Cette renaissance de Royaumont sourit aux loyaux amis des grandeurs du passé : non qu'on ne doive plaindre les honorables et éphémères possesseurs de l'abbaye depuis 1791, que le temps a contraints de renoncer à leur acquisition. On a dit, et on n'a aucun motif d'y contredire, les raisons générales de l'inévitable décadence des établissements industriels tentés depuis soixante ans à Royaumont. M. Joseph Vander Mersch, en quittant la Flandre occidentale pour •installer sa manufacture a Royaumont, n'avait point pensé que les établissements industriels, isolés, on pleine campagne, loin de certains centres de population, ont précisément contre eux cet isolement qui est une cause d'insuccès. C'est qu'il faut tenir compte des exigences de la famille ouvrière. En général, l'honnête ouvrier ne gagne que juste pour rontrelien (h^ sa famille, et il n'est pas surérogatoiro que la
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femme, de son côté, se lÎTre à un travail entraînant une rémunération. Dn'y a cependant que les centres dépopulation qui puissent offrir à la femme de l'ouvrier des chances de ressources de travail, variées et sufiisantes. Voilà pourquoi les établissements isolés sont fatalement condamnés à une infériorité inévi* table ; il faudra pour résoudre le problème, ou que la main-d'œuvre soit plus chère, ou qu'à la longue les ouvriers désertent l'établissement: ce qui, exf toute hypothèse, n'est que le dépérissement et la ruine ; ajoutez la complication de la question des enfants des ouvriers et de la survenance des époques de maladie, toutes choses qui viennent peser d'un poids bien lourd sur les établissements isolés.
Sans doute, une raison d'économie faisait rechercher, pour y établir des maisons industrielles, d'anciennes constructions déjà existantes. Mais l'expérience démontre que cette économie est toujours neutralisée par de plus grands frais d'installation. Quoiqu'il ensoit, les divers établissementsinduslriels ont succombé à Royaumont. La" proximité de Paris n'élait-elle pas préjudiciable, puisque les vivres et par conséquent la main-d'œuvre y sont plus chers, et que dès lors, employant beaucoup de bras, on se mettait dans l'impossibilité de soutenir la concurrence avec les pays plus éloignés et jouissant, par cela même, de conditions plus économiques ? Toutefois, sans trancher le problème des causes de la chute industrielle de Royaumont, et en plaignant, au point de vue privé, F honorable propriétaire qui n'a pu soute-
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nir le fardeau, saluons le dénouement qui rond à l'abbaye de saint Louis ses primitives allures avec Tair vital dont elle fut jadis abreuvée. Il est plus aisé d'entreprendre le récit de ses annales, parce qu'elles n'auront pas de solution de continuité. Quant à entrer plus avant dans les raisons explicatives du déclin industriel de l'abbaye, à faire le procès aux maisons de Gisorset de l'Alsace qui ont éclipsé leurs rivales, -quant enfin à examiner si, dans les dernières années, l'établissement de Royaumont au lieu de recevoir quatre ou cinq cents ballots de calicot par jour, de Paris, pour sa blanchisserie, etc., ne les recevait plus que par semaine, ce serait quitter une sphère générale pour s'enfermer dans un monde restreint, ce serait sortir aussi du caractère purement historique, moral, et littéraire de celte étude. L'établissement de Christophe-Philippe Oberkampf était bien tombé, longtemps avant, malgré les conditions favorables où il s'était rencontré. Oberkampf avait installé sa manufacture de toiles peintes, en 1767, à Jouy, près de Versailles; elle avait reçu, en 1783, le titre de manufacture royale. Oberkampf faisait, en 1792, un bénéfice de 1,581,000 francs, sur ses étoffes employées pour robes ; il gagnait, en 1805, 1,663,000 francs. L'empereur visitait la florissante manufacture en 1806 et en 1810. Mais, à partir de 1813, la prospérité s'arrêtait; il fallait diminuer le nombredesouvriei's, le travail étailmort. La manufacture,quiossayade se relever après 1815, tombaitcomplélemenlen 1843. [Oberkampfy par M, Libouclière.)
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Rien d'étrange que M. Joseph Vander Mersch moins favorisé ait succombé aussi à Royaumont. Autre était la raison sur les bords de la Bièvre, autre elle pouvait être sur les rives de TOise ; mais qu'importe? -
C'est la vie de Royaumont pendant les siècles écoulés depuis sa fondation jusqu'à nos jours, c'est cette TC, et non un simple inventaire d'archives, qu'on a Toulu reproduire dans ces pages. La vie est le principal, selon nous, dans un récit historique. Qu'est-ce qu'un récit sans cette vie, qui communique de la chaleur? Royaumont avait une âme ; c'est à l'artiste à chercher cette âme, à la poursuivre, ensuite à construire son livre, de telle sorte qu'on sente de nouveau vibrer et respirer cette âme ; il faut évoquer le temps de Royaumont et faire revivre ce temps, comme l'ont fait, pour leur part, dans leurs écrits, les grands maîtres, les Augustin Thierry, les Montalembert, les Michelet.
Mais la vie intime de l'ordre de Citeaux, la vie des monastères bernardins, que pouvait-elle avoir d'intéressant et de dramatique? Ne va-t-on pas ici se heurter aux antipathies de notre siècle à l'endroit du monachisme? L'esprit moderne aime si peu la couleur monacale! En effet, ce qui dès le début semble discréditer un récit qui met directement en scène des hommes, représentants en apparence d'un passé qui n'est plus, c'est la notion elle-même du moine prise en son essence, et aussi dans ses rapports avec les nouvelles tendances des sociétés modernes. Le moine signifie la fuite vers, la retraite et