XIV INTRODUCTION
la solitude, et le monde moderne qui a ouvert à pleins battants les grandes portes de l'industrie, se repaît de visées tout opposées, il se plaint de n'avoir point assez de bras pour la servir. En de telles conditions, une histoire des moines peut-elle être la bien venue, lorsque d'après les idées d'une société éminemment industrielle , celui qui abandonne la vie du monde,'la vie commune, se soustrait aux obligations universelles et rejette la charge de son existence sur d'autres, qui dès lors travaillent pour lui, sans que lui travaille pour eux !
On ne devait pas se refroidir devant une objection qui n'a arrêté ni M. Adolphe Dantier, auteur du livre considérable, le^ Manastères bétiédictins d'Italie^ ni M. d'Ârbois de Jubainville, qui a écrit savamment sur les Abbayes cistercienneSj ni l'auteur distingué des 'Annales d'Aiguebelles (monastère de trappistes), ni l'abbé Dubois, auquel on doit de doctes et remarquables travaux sur l'Abbaye de Morimond et sur l'Abbé de Rancé^ ni l'abbé F. Martin, qui publiait naguère un livre hautement approuvé ayant pour titre, les Moims et leur influence sociale^ ni Tancien préfet et membre du conseil général de l'Yonne, le baron Chaillou des Barres, auquel on doit une élégante étude sur l'abbaye de Pontigny, ni surtout l'illustre auteur d'une des œuvres capitales du dix-neuvième siècle, les Moines d'Occident^ dans laquelle on retrouve, ù côté d'une vaste érudition et d'une critique vigoureuse, les grandes qualités du chrétien, de l'écrivain, du moraliste et du philosophe. Il ne s'agit pas
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d'ailleurs, pour rhisloricii (le Uoyaumonl, de discuter les conditions nouvelles que les sociétés modernes imposent aux moines, pour avoir une action religieuse dans l'avenir: la tâche consiste à reproduire le tableau d'un passé de six cents ans, qui a eu son éclat, ses grandeurs et sa poésie. Le problème ayant pour objet de combiner les institutions cénobitiques avec la constitution et les tendances de la société moderne, touche à tout, nous le savons, à la religion, à la politique, à l'économie sociale, aux finances. Il louchq peut-être au problèmeplus général desavoir comment discipliner l'élément laïque et l'élément ecclésiastique qui se disputent la prépondérance ; comment concilier nçs besoins d'indépendance avec le régime d'une foi théologique et les arrêts de l'orthodoxie. Mais l'histoire n'a à répondre que du passç; elle n'a pas charge d'intervenir dans les liquidations morales, politiques, matérielles, que le dix-neuvième siècle a vues s'élaborer entre l'Église et les divers États.
Des préventions, des partis pris, des restes d'une éducation fausse, l'esprit de système, seront dans l'humanité les éternels obstacles à l'unification absolue des cœurs et des intelligences ; ce n'est pas une raison de ne pas travailler à élucider , selon nos forces, un point obscur ou défiguré par l'exagération. Nos positivistes (ainsi MM. Littré, Albert Réville) ne disconviennent pas du rôle important et salutaire que les moines eurent dans « l'amélioration du ré* gime établi sur les ruines de l'Empire, entre les éléments romains et les éléments barbares ; » ils recon*