LIVRE PREMIER
Le vainqueur de Bouvines s'était éteint en 1223; son fils Louis YIII devait le suivre de près dans la tombe, à
fiterit, possesêîû ejus tota in nostra mUericordia erit, et ipse jnttùetur per
noêtrum prepositum vel ballivum nostrttm eUti domum in villa Asneriarum
halfueril, paribus hujtu flranchisie remanebit et hominibus, redditibus
noêtriê salvis.
' XVL Item. Homines hujus francMsie tenentur ire in exercitum, et equi-
tatum nosirum cum suis expensis, quandocunque et ubicanque ilhs ire
voluerimuê.
. XVII. Quicunque autem hujus franchisie remanebit de exercitu aut equi*
tatu nostro, poitquam fecerimus bannum exercitus vel equitatus nostri edici,
hoc ad nostre curie judicium emendabitj nisi probare possit legUimum esso-
nium sue remanencie.
XVIII. Item. Si qui de hac franchisia erant servilis condition is die qua presens caria fuit facta, volumus tam ipsos quam ipsorum hseredes, liberos in perpetuum remanerc.
XIX. Bannarii vero venient ad molendina Asneriarum stcut venire solebant tempare comitis Johannis Bellimontis.
XX. Nos igitur adcensavimus homimbus Asneriarum supradictas emendas et dicta vadia duelli et duella de fUndo terre et de pecunia, censwam ville, preposituram, traversum, furnumet boscumqui ei pertinel, justiciam boscorum suorum^ bannum vint, parvum censum, censum granchie Fabri, panem reddituum, avenas ville, capones, tarcularia ville, vinagium et avenam de VySy avenam de alnetis de Borreno, bladum molendinorum de Quimont, prata de Asneriis et de Quimont, pro ,ducentis et viginti libris nobis annuatim reddendis Parisius ad termines prepositurarum nostrarum, prêter eleemo^ spnas que ibi reddi solebant a comité Johanne Bellimontis, quas homines de Asneriis reddent et pagabtmt quibns debentur, et feoda si que debentur ibidem sicut dictum est.
XXL Multrum vero, raptum, furtum, homiddium et incendium, nobis et heredibus nostris in perpetuum retinemus in villa predicta.
XXII. Habebunt eliam homines hujus ftawhisie usuagium suum ad Ro^ seUum et herbam vivant et alneti de Quimont pro suis domibus retegendis.
XXIII. Omnes homines hujus fîranchisie et singuli jurabunt quod aller alteri secundum estimacionem suam rectum faciet, et pro posse suo in hiis que recta ftterint adjuvabit.
XXIV. Jurabunt etiam quod pro posse suo défendent et custodient nos et honorem nostrum et regnum nostrum et jura nostra et heredwn nostromm in perpetuum bona fide.
XXV. Et notandum est quod Abbatia Sancte-Marie de Victoria, sita juxta Silvanetum, a pie recordacionis Philippe genitore nostro quondam iUustri rege Franc, fundata, habebit in perpetuum apud Asnerias ununf pressorium ad pressorandum marcum vinearum suarum tantummodo; nec licebit vineas dicte abbatie silos apud Asnerias per parles dividi; iet uttus solus eas habebit et tenebit.
Quod ut, e:c.
Actum CompcnU., anno Domini M' CC» XXIH% regni noslri anno primo. (BecueU des ordonnances, t. XII, p. 312. — ConUes de Beaumont, par H. Douet d'Aixq, p. 175.)
30 UISTOIRE D£ ROYÂUMONT.
trois ans de dislance. Lorsqu'au château deMontpensier, au retour du siège d'Avignon, Louis VIII, à peine âgé de trente-neuf ans, sentit les rapides progrès d'un mal inexo- * rable; il donna ses instructions politiques, ses instructions d'adieu, à ses grands feudataires ; et, Mathieu de Montmorency en tête, il leur fit jurer d'obéir à son fils aîné c( monseigneur Loy s, » Louis IX. Il n'oublia pas Asnières dans ses préoccupations de mourant. Parmi les intentions royales et les dispositions testamentaires dont l'évoque de Chartres, l'abbé de Saint-Victor, TÔvêque de Senlis, le chancelier Guérin, étaient désignés les exécuteurs, il y avait une pieuse clause dont devait naitre l'abbaye de Royaumont ; Louis VIII, après avoir donné aux habitants d'Asnières une charte de franchise, voulut leur obtenir un foyer de rayonnement pieux et scientifique; un bienfait d'ordre spirituel et moral vint s'ajouter à une concession d'ordre temporel et civil. Il s'agissait de créer, aux portes d'Asnières-sur-Oise, un centre de civilisation et de foi. Quand fut ouvert le testament dé Louis VIII, décédé le 7 ou 8 novembre 1226, il contenait entre autres dispositions l'ordre de donner 100 sous a chacune des 2,000 léproseries de France et 20,000 livres aux 200 h6tels-Dieu. Le monarque voulait aussi « que le prix de ses bijoux fût employé à fonder un monastère avec une église en Thonneur et rcYércnce de Madame la Vierge. »
L'homme qui médite la rédaction de son testament est a son maximum de gravité, il devient comme impersonnel, et ses vues ne se meuvent que dans la sphère du bien. Le prince mourant pensa faire une œuvre sainte, digne de Dieu et digne de l'humanité, en ordonnant la fondation d'une colonie monastique, qui remplirait un double objet temporel et spirituel : elle promènerait la diarruc pour fertilibcr un sol', jusqu'à elle, relativement aban*
' On a calculé, quant à la France, que le tiers de son territoire avait été mis en culture par les moines. .Calculs du P. Lougueval, HUtûire d^ CÉgiiie
LIVRK CREMIER. 3t
dotiné à lui-même ; et en marne temps clic élèverait autour d'elle le niveau des âmes ; la société loodale a celle particularité remarquable, elle qui versait le sang avec une si déplorable facilité, d'avoir montré souvent une élévation morale qui n'est que de cet dge ; les historiens modernes en conviennent^ Les abbayes ne furent-elles jias un de ces foyers rénovateurs où les ilines, harassées par les périls, se retrempaient dans les idées de spirilualismc et de vie future? La royauté et la noblesse féodales savaient mourir; elles ont transmis aux âges modernes le sentiment de l'honneur. Le monachisnic, qu'enseignait-il autre chose qu'à s'aifirmer immortel sous les bandelettes de cette éphémère 'vie d'un jour?
L'esprit du temps était, une émanation puissante du christianisme dans les idées, dans les usages et dans les mœurs. La société du treizième siècle se distinguait en ce que la vie ne se concevait pas sans son lien avec une vie ultérieure et meilleure; et, de plus, on était vivement préoccupé de la question de solidarité entre les phases successives de l'existence humaine. Dans toutes tes classes, chez les grands, dans le peuple, chez les rois et dans les chaumières, l'idée du grand retentissement des actes ver-
gaUieané) et ([uc les trois liuilièmes de sn villes el de ses villages leur doivent leur existence. (Voir une lisle, quoiqui' mcomplf^tc, dans le» Moiiict f occident de H. de Hontilembcrt.]
Les moines élevèrent la teihpiraiure g:ëiièr3le du aol des Gaulc!;, qui était toujours ce pays froid et brumeux décrit par Jules Ci-sar, et dont la tempériLure ancienne n'était guère au-dessus de celle de la PoloipiL' actuelle. Les moines abattirent le trop plein des furets, déracinèrent les broussailles, remu^ent le sol, dégagèrent les rivières et les neuves, et, en troia siècles, Us semblent, dans l'opinion àe M. Kuster, avoir contribué A élever la moyenne de la clialeur climalérique à un deipeé supérieur à ce qu'elle est demeurée de nos jours. (Compte ivndu de l'Acndémie des sciences, S janvier iSii.) Hais les moines se ^;irdèrent bien de déhoiseï' la France; ils conduisirent les défricheaienls ati'c prudence, ménageanl dans de juJites proportions les tuutcï et vieilles liitaies. Il faut de la culture. nuis il laut aussi des forits, qui sont la pat-iti'c et la proteclion du floLc lerrcslrc. (V.labbé Martin, Vln/luetiee des moines, p. TU).
• Lisez paniculiârement VHUloire de Ffaïue, par II, Uicbelcl cl par II, Soruy, ministre de l'iiutrucliou ptiblique.
52 HISTOIRE DE HOYAUMONT.
tueux de la terre, sur ce qui concernait Fiinmortalité de Pâme, élail générale, universelle ; elle vibrait fortement dans toute poitrine.
Ce sont surtout les souverains qui doivent être dans les pays monarchiques la personnification de toutes les fortes idées qui dominent chaque époque. Et ce n'était point une petite tête que ce prince, qui ne fit qu'essayer du trône ! La postérité lui doit tenir compte de cette force de caractère, de celte réputation de mœurs chastes et pures qui lui valut l'honneur que lui ont fait les chroniques contemporaines d'attribuer sa maladie à une excessive sévérité de mœurs. Quant à Tensemble de sa personnalité, c( voirement, dit la chronique de Rains^ estait-il li dous lions, et estoit hardi outre mesure. » Prince bon et vertueux, si peu de temps roi, dit du Haillan, et que son courage et sa douceur avaient fait surnommer Cœur de lion.
Après la morttle Louis VHP, il ne pouvait entrer dans l'idée de Blanche de Castille, ni de son fils saint Louis, de laisser sans exécution les volontés dernières et sacrées du noble fils de Philippe Auguste. Aussi l'érection de ra*l)baye de Royaumont fut-elle décidée, malgré les difficultés politiques qui vinrent assaillir les premières. années de la Régence. Le dimanche 24 octobre 1227, saint Louis se trouva dans une charmante vallée^ au village de Longpont situé à l'extrémité orientale de la forêt de Villers-Cotterets, dans le Valois, à trois lieues de Soissons'. 11 assistait
*■ Chapitre »▼, p. il7.
* Le vrai surnom de ce prince, dit H. Félix Faure, si l'on remonte à l'origine du mot, n'est pas ie lion, mais le lion pacifique, et ne s'applique point à ses qualités personnelles; il existait, dit-on, une prophétie de Ner^ lin annonçant que le lion pacifique mourrait sur le mont du ventre: cm vcntris monte monclur ieo piacificus. » On crut voir dans le nom de Nonipansier, dont on fit Mont de la panse (où Louis VIII mounii). le lieu désigné par Merlin, et dans Louis VHI le lion pacifique (tiesta iMâornà octavi. p. *288).
> Le village de Longpont fait partie du département dç l'Aisne; on lui a sans doute donné le nom de Longpont, parce qu'on n'y arrivait que par