LIVRE PREMIER
rable à l'égard des derniers vœux de Louis YIII, et ce monarque n'avait pas compté vainement sur les deux éires qui lui étaient les plus chers, son fils saint Louis, et a sa très-chére épouse et compaigne, son illustre royne Blanche; » ainsi la nommait-il. Lorsqu'on se rappellera redoutable coalition qui se forma contre la régence de Blanche, dés 1226, et qui parlait d'indépendance en face de cette monarchie française qu'une femme et un enfant avaient reçue en dépôt, lorsqu'on pense aux ligues, aux pièges, aux luttes que les confédérés suscitèrent depuis 1226 jusqu'en 1230, sans oublier le complot pour enlever le jeune roi, on s'étonne que la reine ait songé sitôt à la création de notre abbaye. Néanmoins, dès les premières années du règne de saint Louis, ou plutôt de la régence de sa noble mère, on mettait la main à l'œuvre par deux actes : d'une part la première acquisition territoriale nécessaire à la future abbaye, qui consista dan^ l'achat de la grange ou terre de Cuimont, appartenant au prieuré de Saint-Martin de Boran, et situé à côté du marais du Lys, propriété, depuis l'an 750, de la maison de Montmorency ; d'autre part la charte de fondation donnée par saint Louis et qui érigeait officiellement l'abbaye de Royaumont.
Saint Louis acheta effectivement la terre de Cuimont % en décidant que le nom du lieu serait changé, et que Cuimont deviendrait Royaumont, ce qiii se faisait dès le mois d'août 1228. Nous avons les actes de vente approuvés par
* Saint Louis échangea avec la prieuresse de Boran une grange à Royaumont contre diTers revenus à Berne :
€ Ijudovictts, Dei gratia^Fraticorum rex, omnibuêJioc tcriptwn inipecturii salutem in Domino. Univertitati vesire notum facimus quod H., prioriua de B&rrenc, et ejutdem lod conventus, vendideruni nobis granchiam suam cum omnibus pertinenciis suis que erat juxta locum qui tune dicèbatur Cuimont et modo dicitur Regalis Hons, in usum Abbatie quam nos pro anima felids memorie Ludovic^, patris nostri in toco predieto edificavimus, canvertendam, Pertinencie autem granchie, et que cum illa vendutUur, suni hec: quater-viginta jomaria terre Juxta granchiam; duo arpenta terre apud SanUum Martinum de Colle; quinque arpenta et dimidium pratarum; tria arpenta bosci in Bornesio; tresmodios et dimidium btadi
Hermengarde,abbessedu ParacletS au mois d^aoûi^et au mois d'octobre par Milon de Nanteuil, évéque de Beauvais. Ces actes sont au cartulaire de Tabbaye de Royaumont' et au cartulaire de Bordeaux'. Lorsque Tabbesse da Paraclet, dont relevait Saint-Martin de Boran, déclara les échangés faits avec saint Louis pour construire Tabbaye de Royaumont, elle mentionna la grange de Cuimont et ses dépendances, « grangia de Cuimont et pertinencie. » Le mot grange, au treizième siècle, et pour les abbayes cisterciennes surtout, était un terme générique qui senail à désigner tout bâtiment destiné à l'exploitation agricole. Les granges devenaient des abbayes en petit ; elles avaient quelquefois un caractère monumental. Voilà pour la première acquisition territoriale : on va donner maintenant la charte de fondation de Royaumont, édictée par saint Louis.
ad menntram BelUmantis in molendinis dicti loà; dimidmm quaUrne terre apud Aênerioê que erat ad medietatem, etc. Pro omnibus supradietis tam pro vetiditione, quam pro excambio , dedimus dicte prioriue ée Borrenc et ejutdem toci conventm^ auemu uirinsque parti», totam terrêm arahilem quam habebamus apud Baernam sciUcet.., Banc venditionem et hoc excambium Abbatissa ParacUti et ejusdem lod conventm, et prioriuttf etconventus de Borrenc voluerunt, concenerunt et laudaverunt, Acium am» Domini milleeimo ducenlesimo vicesimo octavo, mense septembri.
Et scellé (Archives de V Empire, Carton K, 189, pièce n* 109 (copie oollationnée en 1734.)
^ La prieure de Boran à cette époque était de la maison des comtes de Beaumont. Voir une pièce du treizième siècle du prieuré de Boran, aux archives de la préfecture de Beauvais.
' Cartulaire de Roy., t. I, manuscrits de la bibliothèque Richelieu.
> U Nain de Tillemont, Vie de saint l/fuis, t. I, p. 491.