LIVRE ^RENIER
les rois Anglais de France, et qui donna asile à un monarque devenu fou^ Senlis vient, par-delà Chantilly, Senlis aux vieilles origines, aux destinées retentissantes, aux forêts immuables ', et qui devait être si sensible aux travaux scientifiques et à la gloire littéraire. VIle-Adamj Saint'Leu et Pontoise ferment ce beau cercle de cités. L'Ile-Adam a l'honneur d'avoir produit le grand maître de Tordre de saint Jean de Jérusalem qui fut le héros du siège de l'ile de Rhodes, en 1522, le célèbre Philippe de rile-Adam, On dit que Saint-Leu d'Esserent est fier de sa belle église monumentale. Pontoise est, pour sa part, une ville très-historique ^.
Si de la circonférence on revenait au centre, la même variété et de nouvelles richesses naturelles éblouissaient et captivaient le regard. Lorsqu'on quittait le pays des Silvanectes et de Creil pour suivre le cours TOise, dans le sens de son embouchure, on arrivait au pied d'un coteau où rOise ne fait que saluer, pour décrire ensuite une courbe flexible en continuant sa marche. Au flanc de ce coteau et un peu en se rapprochant de la plaine se dresse la ville d'Asnières, que Ton voit encore assise comme une reine d'Orient au milieu de ses arbres fruitiers.
Vue à une distance de deux ou trois cents mètres, par un soleil d'automne, quand la lumière incline vers la fin du jour, on dirait que cette colline d'Asnières fut créée au moment de la formation du globe pour l'enivrement des
* Creil (Credulium), pris et pillé au neuvième siècle par les Normands ; le roi de Navarre s'en empare en 1558. Charles VI fait reb&tir son château fort en 1592. Creil se rend au duc de Bourgogne en 1418. En 1429 Creil chasse la garnison anglaise. Les Anglais le prennent en 1434, Dunois et Richemont le reprennent en 1455. Les Anglais y reviennent. En 1441 , Charles YII ra.ssiége pendant douze jours; les Anglais l'évacuent. Les calvinistes y pillent les églises en 1567. Les ligueurs s'y établissent en 1588.
* On appelait Sylvanectefues les habitants de ces contrées remplies de forêts. Le mot Senlis vient, croit-on, de Silvanectenses.
'Là, Maubuisson et les funérailles de Blanche de Castille et la maladie de saint Louis, d'où sortit la croisade.
56 HISTOIRE DE ROYADMONT.
yeux. Elle ne se délache pas et ne se dessine pas au fond du ciel comme une élévation âpre et aride, hérissée de rochers mis. Une végétation riche et abondante la revël de splendeur jusqu'à sa cime ; et on n'imagine pas l'efTet que produit, au regard, Paspect de cette colline, sorte de fragment d'un collier de matière végétale, où brillent çâ et là, comme des bijoux, quelques villages aériens. NoUi|, célèbre par ses seigneurs Adam le Bouteiller et Regnault de Harolles, a des champs, plantés d'arbres, qui forment un versant presque à pic, presque perpendiculaire; on dirait que ces champs et ces arbres se suspendent pour se balancer, et veulent ensuite plonger dans TOise.
C'était donc l'ensemble lui-même de circonstances par lesquelles Blanche de Castille et Louis VIII s'étaient sentis attachés au pays d^Âsnières et à son château royal, c'était la beauté du site qui pesa d'un grand poids dans la balance et fixa les préférences pour l'emplacement de Tabbaye. Le château enveloppait dans son parc une partie ^e ce qu'on nomme la forêt de Cmiielle. Et des hauteurs de cette forêt de Gamelle dont l'élévation est'de deux cent neuf mètres au-dessus du niveau de la mer, l'œil embrassait une perspective indescriptible. Blanche aimait à découvrir la flèche de la gothique église de Saint-Côme, à Luzarches, bâtie en 1200. — Elle apercevait, à côté,'la cathédrale de Senlis, un peu plus enfoncée dans le lointain. ClermonI, la Picardie, le Vexin, la Normandie, Paris, dans la direction de Franconville, entraient dî\ns ce panorama immense, embrassant un espace de douze lieues de diamètre.
N*y avait-il pas les éléments suffisants pour expliquer l'enchantement des princes? Si ensuite le regard, quittant les hauteurs et les lointains de l'horizon, s'abaissait sur le plateau uni et légèrement mouvementé où Royaumonl devait s'asseoir, qu'apercevait-on? Quelles nouvelles scènes s'offraient à l'exploration ? On rêvait des paysages de Hfmling et de Van Eyck ; les points de vue qui se déploienl du