‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 44 sur 288 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

au treizième siècle un aspect de bien-éire et d'élégance. Les probabilités sont donc que Blanche de Castille dut indiquer çlle-mème remplacement de Royaumont. Et, si Ton veut décidément qu'un homme spécial ait donné son idée à ce sujet, il n'y aurait pas à sortir du cercle des personnages attachés à la famille royale, pour le découvrir. Auprès du jeune prince était un homme célèbre ; le trouvère de Fempereur d'Allemagne, surnommé le Prince des Poètes. Ne fut -il pas chargé de l'éducation de saint Louis? Ce gentilhomme italien, qui avait embrassé la carrière ecclésiastique à la suite d un sermon de saint François d'Assise, remplissait, sous le nom modeste de Père Pacifique, la fonction de précepteur de Télève royal ; il avait vu les magnifiques demeures claustrales situées dans les villes, sur les montagnes et dans les ombreuses vallées des Apennins ; il connaissait les merveilles du mont Cassin ; n'avait-on pas conséquemment, à la cour même de France, un homme compétent, capable de seconder les vues de la fille d'Alphonse IX ? Tour à tour poète, religieux, homme d'austérité, le Père Pacifique mettait en musique « le Cantico del Sole » de son saint ami * et il émctiait des opinions sur l'architecture et l'art chrétien ; il avait ce qu'eurent éminemment les fondateurs d'ordres religieux, c'est-à-dire l'instinct des beaux sites, les plus en harmonie avec les nécessités des monastères, les plus à l'abri des vains bruits de la terre, les plus capables de favoi'iser les communications de l'âme avec Dieu et de retremper la foi de l'homme aux sources vives de la nature, pour remonter ensuite du spectacle de la création à la sublime idée du Créateur.

Ce n'est pas seulement le choix de remplacement de la

* Un écrivain de la libre pensée appelle ce cantique des créatures de saint François d'Assise le plus beau morceau de poésie religieuse depuis les Évangiles, l'expression la plus complète du sentiment religieux moderne. Le morceau original fut rimé par Père Pacifique. (Article sur saint François d'Assise du docteur Karl Hase, Journal def Débats du 20 août iSœ.)

nouvelle abbaye qui donne lieu à des observations; le nom lui-même de Royaumont a besoin d^explication pour éviter des malentendus* : le mot de Royal-Mont ferait croire géographiquement à une cime de montagne, tandis que l'abbaye décrétée par saint Louis devait s'élever, au contraire, au fond d'une vallée, sur la plaine. Jusqu'au temps de saint Louis, l'endroit de la future abbaye se nommait Cuimont ; une charte de Mathieu II, cinquième comte de Beaumont-sur-Oise, au douzième siècle, en fournit la preuve. Mathieu fit aux hospitaliers de Châteaudun une donation pieuse de vingt sous de rente à prendre sur les revenus de Novo-Burgo dans l'intérêt de l'âme de la comtesse Mathllde, sa femme, qui était morte le sii des calendes de juillet de Tan H58 ; le comte dé Beaumonl datait sa charte de la maison qu'il possédait à Cuimont de CodoMotUe*. Saint Louis opéra la transformation du nom, comme il l'exprime dans la charte de fondation. On adopta l'emplacement de Cuimont après une sérieuse étude du pays ; l'abbaye devait différer du donjon féodal, parce qu'on se proposait un centre lumineux, charitable, un foyer d'initiative agricole, au sein des agglomérations

« Cuimont, dit M. Douet d'Arcq, est le nom du lieu où, quelques années plus tard, saint Louis fonda l'abbaye de Royaumont ; c'est une prairie que baigne l'Oise, et, pour le dii>e en passant, on voit combien on serait sujet à se méprendre en inférant de leur étymologie la position de certains lieux. Ce n'est pas de sa situation que l'abbaye s'est appelée RegalU mcM, mais de ce premier nom de Cuimont.

On lit, dans une charte de 1221, que Jean comte de Beaumonl donna à Henri le Flamenc, en reconnaissance de ses services, quatre muids d'avoine et deux arpents de pré : « Notum sit omnibus tam prcsentibus quam (a* turis, quod ego Johannes, cornes Dellimonlis. dedi Henrico le Flamenc, divine pietatis intuitu, et pro servicio suo, quatuor modios avonef in de* cima de Borrenco, singulis annis in feslo sancli Dyonisii percipiondob cum duob'is arpcntis prati in CtftfiMm/, quos ei jamdudùm contuU, etquo^ diûex dono meo percepit. Quod ut ratum et inconcussum permaneat. pre* sentem cartam sigilli mei munimine roboravi. Actum annoDommi M* CC* ^icesimo primo. Mense scptembri. [Cartulaire de V abbaye iie RayaummU coii 5472, p. 64, copie de Gaigniercs.)

* KecluTches sur les anciens comtes de Beaumonl, par L. Douel d'Arcq p. LXXXI.

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