‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 45 sur 288 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

rurales. Il fallait donc rechercher, non les situations abruptes, les cimes élevées, mais la plaine à l'issue des forêls, non loin des rivières, à la portée de tous.

On ne peut que hasarder des conjectures sur les origines elles-mêmes du nom de Cuimont, que les anciens titres expriment en latin par Coctus mons. Faut-il y voir une dérivation du mot de Cuise * que portait primitivement la forêt de Compiègne? La forêt de Cuise, ainsi désignée jusque vers Tan 1346, était pour ainsi dire sans limites ; elle comprenait sans interruption les forêts actuelles de l'Aigle, de Compiègne, de Villers-Coterels, d'Hallate, de Senlis, de Coye, de Luzarches, de Chantilly. On ne voit pas clairement, en admettant cette origine hypothétique, le passage du mot de ' Cuise au mot Cuimont^ ni précisément pourquoi on aurait appelé Cuimont une plaine faisant suite à la forêt de Cuise.

La proximité immédiate de la forêt de Camelle, qui surmonte Tancien parc royal d'Asnières, conduit à de nouvelles suppositions, ayant plus de plausibilité, mais gardant néanmoins un simple caractère» conjectural ; on ferait, dans ce cas, application du procédé historique qui transporte à une localité déterminée les attributions d'une localité voisine, ayant des caractère^ physiques plus saillants. La forêt deCarnelle et l'endroit adjacent nommé Cuimont, que le latin des vieilles chartes dit coctus monsy ne présentant dans la nature du terrain aucune particularité géologique ou minéralogique qui conduise à une idée de combustion ou de coction naturelle, ne serait-on pas amené à chercher l'origine du mot traditionnel de Cuimont, de coctus mons (littéralement mont cuit)^ dans un fait extrinsèque et historique, emprunté aux antiques cé-

* Du côté de Soissons des bouquets de bois se nomment encore Cuise : on y voyait une maison royale qu'on nommait tour à tour domus cotia causia, coysta^ cuisia. — Colia, cota, colta, désignait, sous le Bas-Empire, une maison de plaisance entourée de bois.

62 UISTOIRË DE KOYAUMUNT.

rëmonies druidiques ? Bien que les ordonnances des rois Childebert el Chilpéric eussenl enjoint de faire disparaître tous les signes d^idolâtrie celtique qui étaient restés une occasion de pratiques superstitieuses, et que la défense de révérer les pierres, avec l'injonction de les détruire, eût été renouvelée par les capitulaires de Charlemagne, ordonnances qui furent surtout observées dans les contrées spécialement soumises à l'autorité royale, Asniére^ sur-Oise possède encore néanmoins un monument dit celtique, Vallée druidique ou allée couverte de la forêt de Carnelle, un de ces rares monuments gaulois qui nous sont restés^, et qui est connu dans la contrée sous la désignation peu onomatopique de pierre turqtwise ou turkèse*. Ne serait-ce point par concomitance et analogie qu'on aurait désigné la contrée de Royaumont par le mot de coctus monSj mont cuitj puisque la furet de Carnelle, considérée du côté des sanglants mystères du druidisme, aurait pu être exactement désignée des mots de coda silva^ foril brûlée on Cuit-Bois? En fouillant près des autels druidiques, on trouve toujours ou des cendres ou des fragments d*os calcinés à côté des poteries, des haches brutes de silex, ou des haches polies, parce que, selon la coutume des sacrifices chez nos ancêtres, on brûlait, on faisait cuire la chair des victimes.

' Ce monument est composé d'énormes grès plantés verticalement, sur lesquels d'autres sont posé horizontalement, formant galerie aUant du sudouest au nord-est, avec un portique d'une longueur totale de 14 mètits sur une largeur de 2 mètres 80 centimètres, avec une hauteur moyenne de 2 mètres 55 centimètres, le tout dans œuvre. — On trouvait récemment enfoui dans la terre, près de ce dolmen de la forêt de Carnelle, une hacbf gauloise, une hache en silex (Voir une notice détaillée de ce monument. par M. Alexandre llahn, dans un numéro de V Investigateur de i854j. On pt^serva ce monument celtique d'une destruction complète en 18iâ; on dolmen à côté venait d'être hrisé pour former du pavé de route.

* En général, les mots sont onomatopiques, lorsque leur son est imitatif de la diosc qu'ils signifient ; ronomatopée [figure de rhétorique) peint l«* ohjets parle son, le mot minéralogiquc de l^kèseo\x turqucéêe, d'origine italienne [turchifw, à cause de sa couleur bteu verdâtre] désigne unepiem précieuse qui est de couleur bleue et qui n'est pas transparente.

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