LIVRE PREMIER
On voit les premiers coihles de Beaumont-sur-Oise figurer dans l'histoire à partir du milieu du onzième siècle ; ils disparaissent après le quatorzième siècle, et la désignation de notre forêt ne se trouve, sous le nom de forêt de Carnelle, quenlans des titres postérieurs à l'existence des comtes de Beaumont^ Auparavant, on la nommait la forêt du comte ; * il est assez embarrassant de dire pourquoi la forêt du comte a été nommée la forêt de Gamelle, si la tradition locale n'avait pas emprunte les mots caro, carnis^ de la langue latine ' dans le but réfléchi de désigner une forêt contenant des dolmens,où sepratiquaient des sacrifices de chair humaine. On remarquera cette sorte de pléonasme si expressif de la tradition populaire. Non contente de nommer forêt de Carnelle ces profondeurs mystérieuses où le couteau druidique joua un long rôle, elle a voulu préciser les dénominations; la portion elle-même de la forêt de Carnelle, Tcndroit, le sanctuaire de ces cérémonies religieuses si terribles où le meurtre de Thomme faisait partie du rite sacré, cette portion elle-même porte le nom de bois de Caro, mot latin signifiant chair de Thomme; il y a donc identification des choses et des désignations affectées au territoire, Royaûmont allait s'élever à la proximité d'un lieu où les vieux druides aimèrent à consulter les entrailles palpitantes et à consumer la chair des victimes humaines ; les expressions de Cuimont^ codus monsy mont cuit, Carnelle, caro, se justifient pleinement ; elles seraient nées des pompes cérémoniales des druides, sacrificateurs d'hommes'. Quant à l'explication donnée par les Bénédictins de la Gallia christiana, elle n'a pas beaucoup de lumière ; le plateau s'appelait Cuimont, parce que, disent-ils, il est près de Beaumont, Belltun montem.
* V. Recherches de M. Douet d'Âicq sur le comté de Beaumont.
* Chair humaine.
' Kien n'est plus douteux, souvent, que la recherche d'origine des mots : l'étyniologie est, selon un moderne écrivain, de toutes les serres chaudes celle qui fait écloi^ les plus étranges fleurs.
Après ces préambules d^histoire sur le fait primitif, d où est sorti le projet de Tabbaye cistercienne future, on ne doit pas se méprendre sur la pensée de Louis VIII et sur l'interprétation que Louis IX en fit à Royaumont. Leur pensée ne fut pas une pensée étroite: on a peine aujourd'hui à se représenter un prince Jerme et vaillant sous des dehors ascétiques et au milieu de pratiques minutieuses : c*esl là ce qui trompe, parce que l^esprit public et les mœurs sont changés. Il faut comprendre l'état des choses et les préoccupations dominantes à Tépoque de Louis VIII et de saint Louis. Un historien de Técole moderne, qui s'est consciencieusement efforcé d'être impartial, a parfaitement éclairé le milieu dans lequel la suprême pensée de Louis YIII fit son apparition, «les fondations religieuses de cette époque, dit-il, avaient pour but de satisfaire à la charité dans l'ordre spirilud et de contribuer au progrès des connaissances humaines. Ne perdons pas de vue que les ordres religieux étaient alors ce qu'il y avait de plus intelligent, de plus pur, de plus savant dans la société ; que les mendiants eui-mémes, hommes nouveaux, représentants d'une sorte de révolution assez hardie contre la tradition ecclésiastique, donnaient par la pauvreté absolue à laquelle ils se vouaient (quelque jugement qu'on puisse porter sur le fait de la mendicité par des valides, d'après des principes qui n'existaient pas alors), un grand exemple dans un siècle profondément épris des biens matériels, qu'ils marchaient à la tète de toutes les sciences, et qu'au treizième siècle c'était favoriser le mouvement delà civilisation que démultiplier c^s saintes maisons où se trouvait réalisé pour le temps le type le plus complet de la vie spirituelle, dans la plus large acception du mot. Loin donc de voir, conclut cet auteur, dans les nombreuses fondations religieuses de saint Louis (comme de Louis VIII), la marque d'un esprit étroit cl arriéré, il faut reconnaître, en se plaçant au point