‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 47 sur 288 · LIVRE PREMiËR · texte numérisé non relu

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de vue de son époque, qu'elles témoignent de son ardent désir d'aider au développement intellectuel et moral, autant qu'au perfectionnement religieux de son peuple^ » On pourrait confier la défense du projet de Royaumont à un des plus grands avocats qui aient illustré l'éloquence moderne, à Bossuet, qu'on appelle le dernier des Pères de l'Église. Ce serait une apologie très-forte de l'idée créatrice de Royaumont, que de citer le fameux discours de ce grand homme sur réminente dignité du pauvre, et sur sa fonction providentielle dans l'économie sociale. Bossuet aurait salué, avec sa grande manière, l'apparition d'un monastère qui venait honorer la pauvreté, ennoblir les conditions des classes nécessiteuses, donner le spectacle du travail, inaugurer une perpétuelle excitation à la tendresse et à la compassion pour l'indigent et le malheureux, et provoquer un détachement incessant de ces biens temporels qui excitent en nous de si fiévreux appétits ; mais ne faudrait-il pas craindre que notre époque ne sentit pas assez les hautes considérations empruntées à l'ordre de foi et aux hauteurs du dogme par ce puissant et universel espFit? Ce qu'il dit des grandeurs morales et de Tillustra- Lion évangélique de la pauvreté ne serait compris que de quelques-uns, et aurait, pour beaucoup d'autres, la tournure d'un hféroglyphe où d'un paradoxe. Chaque époque doit être appréciée selon les lumières du temps et selon les ressources dont l'humanité disposait alors. On avait au moyen âge une manière de s'occuper des pauvres ; nous pouvons en avoir iine autre; et peut-être le système le plus efticace serait-il d'unir les antiques et riches Inspirations

I Histoire de saint louis, par M. Félix Faure, t. Il p. 570. Cet auteur dit quelque autre paît : « Il y eut en saint Louis l'homme religieux et le roi, Tun et l'autre^ furent complets; c'est là ce qui nous étonne et déroute notre jugement, t C'est un avis aux faux dévots qui sacrifieraient, dans des prières et des offices surérogatoires, le temps légitimement dû à l'activité des affaires et aux devoii's de la position et de la charge qu'on remplit dans sa famUle et dans le pays.

de la foi aux idées modernes d'association, de mutualité entre les diverses classes de citoyens, et de combinaisons économiques qui sont Tapplication de la science à la vie pratique. Nous avons trop d'antipathie pour le mot aum^iu', auquel nous avons attaché à tort Tidée d'avilissement^ : nous y avons substitué le mot secours^ qui. nous semble sauvegarder Tamour propre ; nous avons trop peur du mot de charité ; mais aussi on ne savait pas assez, au moyen ige et jusque dans les derniers siècles, faire gérer le budget de la bienfaisance par les associations spéciales ; on s'absorbait trop exclusivement dans la vue de la misère actuelle à secourir, on aurait dû s'inquiéter davantage de la frapper à son origine, à sa racine. Bossuet accablerait sous le poids d'une dialectique omnipotente qui semblerait par trop royale ; des modernes l'ont trouvé dogmatique, altier et despotique d^intelligence, attentant à. la liberté des autres esprits. Mais on a aujourd'hui des argumentateurs aux allures plus souples, plus féminines, plus en rapport avec les époques raisonneuses et démocratiques; On a des écrivains ingénieux, enfants de notre siècle, bercés au bruit de nos théories philanthropiques, de! nos associations mutuelles qui garantissent chacun des membres contre tel ou tel risque ; on crée des associations pour la consommation qui rendent le bien-être accessible au pauvre : ailleurs on s'efforce d'organiser le crédit populaire pour permettre au travail et à la persévérance de féconder et d'agrandir les petites ressources du point de départ. Que l'on consulte, si l'on veut, de tels écrivains;

* c La charité dégrade el avilit celui qui la reçoit : ce que ne fait pas b bienfaisance. » Extrait du rapport d'après lequel les bureaux de charité durent prendre le nom de bureaux de bienfaisance en i83i, cilé dans les Annaleê de la charité, 1. 1, p. 597, octob. 1845. — « Le rationaliste, dit V de Montalembert, n'aime pas ({u'on s'occupe des pauvres avec complaisance et sympathie, comme le faisaient les moines. Ils lui rappellent tix>p U Jifcessité d'une justice rémunératrice, d'un avenir où chacun sera mis a ^a place.... il répéterait volontiet*s avec Ban'ére : L aumône e»t une inwnté^ de la vanité iacerdotale. » ïm Moineê d Occident ^ t. 1, inti*od., p. uiv.

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