LIVRE PREMIER
i'aulorité de ces esprits ne fait pas défaut pour appuyer l'idée principale que personnifiera Tabbaye de Royaumont.
Nous sommes tous d'accord, quMl faut tendre sans cesse à substituer la prévoyance à la charité ; habituer rhomme valide à compter sur lui-même, au lieu de tourner, par routine, son regard vers l'Eglise et vers l'Etat. On convient universellement qu'on ne doit pas toléier que la pauvreté devienne une profession, et que les populations s'habituent à penser que quelqu'un soit zhai^é ditre charitable potir eux. ^ul n'est aujourd'hui pour une organisation sociale qui porterait une dassc de citoyens amandier: nous voulons tous que l'homme visité par une infortune accidentelle, ait la glorieuse satisfaction de penser, en voyant la planche qui sauve du naufrage, que ce qui le sauve est le résultat d'un contrat; que, ce qu'il • reçoit, lui aussi le donne ; qu'on ne vient pas subventionner sa molle indolence, mais que c'est une application, à son profit personnel, d'un esprit de prévoyance qu'il avait déjà déployé lui-même au profil des autres. Notre dix-neuvième sirde, en un mol, essentiellement éclectique, veut qu'on procède par le système delà récipro-àtéy qui stimule les facultés actives, excite le sentiment de la dignité, multiplie indéfinifnent les éléments d'assistance, et distribue les secours intelligemment; mais il veut qu'on procède en môme temps par les produits de la charité chrétienne, de la fraternité et de l'inspiration ' sympathique individuelle, en faveur de myriades de misères qui sont au-dessus delà sollicitude des associations, et qui demandent de la soudaineté et de l'efiicacité.
L'audacieux écrivain, dont les attaques contre le christianisme contristaient naguère le monde, n'a-t^il pas été subjugué par l'idée principale que les monaslères mettaient en relief? Cet auteur s'est chargé de juslifier lui-même ce qu'il trouve, au point de vue expérimental, de
favorable au développement individuel et à réiévation de l'âme, dans l'idée des cloîtres, et dans le renoncement volontaire à la richesse et à la propriété. Mais le critique radical a mêlé à son apologie des aphorismes qui nous semblent de trop forts paradoxes*.
Parmi ces paradoxes, l'historien qui aurait le loisir de discuter le théoricien, demanderait s'il est bien exact qu'on ne fasse fortune que par ce que l'on a d'imparfait ; ne pourrait-on pas soutenir au contraire les rapports constants et Tétroite connexion qui existent entre Tintelligence et la prospérité du capital ; entre l'esprit d'épargne et le .développement de l'industrie; enGn entre les qualités solides de travail et de sobriété inféodées à un individu, une famille ou une race et la consolidation des propriétés foncières qu'entament et éparpillent à U longue le manque d'intelligence ou le manque de sobriété, de modération et de vertu ?
* L'écrivain rationalisle se mettant en face de cette idée que posséder est une imperfection, qu'il est plus noble d'être pauvre que riche, poursuit ainâ: c S'il est des cas, c'est M. Renan qui parle, où la jouissance suppose li possession, il en est d'autres où la possession exclut la jouissance, les plus belles choses étant, par leur nature, indivises. Quelles sont les ànotes qui causent à Tbomme les plus vives joies? Ce sont justement celles qoi n'appartiennent à personne, telles que les gloires de la patrie, les graadeurs du passé, les chefs-d'œuvre de la poésie, les symboles religieux, U mer, la plaine inculte, la forêt, le d^ert, les sommets neigeux di^ montagnes. U n'y a pas de poésie de la Beauce et de la Normandie. I'd monde coupé de murs de- propriété où l'on ch<?raine sur des route nettement tracées, où chacun goûte la nature dans son jardin, est fiVi peu poétique. U semble au premier coup d'œil que le rêve de Fnoço» d'Assise aurait dû amener la tin Ce tout art et de toute noble vie.— Chose étrange I ce sordide mendiant fut le père de l'art italien. CinulnK et Giotto ti:ouvèrent leur génie en s'etforçant de peindre sa léfimà? sur son tombeau. L'art, cet aristocrate raffiné, refuse obstinément ses services aux riches; il lui faut des princes ou des pauvres ; jamais la ncbe Angleterre avec ses millions n'aura un art vraiment digne de ce nom: 1'^ est le fils d'un monde exalté, vivant de gloire et d'idéal, il s'accommode tK^ républiques municipales, de la vie princière, d'une îiristocralie i p<ni 1*^-* souveraine, de la vie monastique, parce que cotte vie prête aux gnin«V^ diNtributions, aux lurges œuvres communes. Je vois ce qu'ont fait pour '^ cWilisation les rois, les républiques, les princes, les nobles, les moine», k^ pauvras; mais ce que produirait de grand une société fondée sur l'àpi^c