LIVRE DEUXIÈME
aux usages cisterciens pour ce qui concernait la création des monas((>res nouveaux, en avaient référé, pour l'établissement de Royaumont, à Galtier de Ochies (Gualterus de Ochies)*, Abbé général de tout Tordre de Citeaux. En vertu ides formalités préliminaires indispensables, Fabbé avait fait un rapport au Chapitre général, sur le plan et les intentions de la Régente de France. D'après ce rapport, le Chapitre général avait dû commettre quelqu'un pour informer de la commodité ou de la difficulté des choses, des ressources que pouvait offrir la localité d'Asnières -sur-Oise et de Royaumont au point de vue d'un monastère, des dotations territoriales que Blanche de Castille et saint Louis voulaient affecter à la nouvelle abbaye. C'est sur ce procès-verbal que le Chapitre général avait permis à Galtier de Ochies d'envoyer à Royaumont des religieux en nombre suffisant pour observer la règle et y vivre conformément à Tesprit de TOrdre '. On exécutait, en cette rencontre, la prescription réglementaire de n'envoyer, dans un monastère naissant, jamais moins de douze religieux, avec leur abbé, qui faisait le treizième*. Royaumont avait une mère, c'est-à-dire une autre abbaye, dont elle était issue*; et selon la tradition de Tabbaye de Royaumont elle-même, comme selon de doctes
* GaUia cJirùiianay t. V.
* Àntiq, Def.f dist. 3, c. i.
* Stat. de Saint- Albéric. — Instit. cUt. cap. xii.
* Chaque église ou abbaye-mère avait sous sa juridiction toutes les , abbayes issues d'elle, et, comme on disait, de sa filiation. C'était un lien de famille. Parla, l'abbaye de Citeaux se trouva primitivement investie d'une supériorité maternelle sur la Ferté, Pontigny, Glairvaux, Morimond, ses quatre premières filles ; mais une abbaye-ûlle, en devenant féconde, devenait mère à son tour, et, sans s'affranchir en rien de sa dépendance antérieure, elle acquérait, siu* les abbayes de sa descendance, c'est-à-dire sur les abbayes fondées par elle, les droits de la maternité monastique. — C'est ainsi que les vieilles chroniques disent de l'abbaye d'Ourscamp (ursi complu) t près de Noyon, que Glairvaux était sa mère, a maire sua Clara-valie; que Glairvaux l'avait enfantée, et qu'elle était une de ses* Ulustres filles, que illam quasi inclytam edidit prolem, [Gallia christiana^ i. IX, p. H29.)
explorateurs d'antiquité', Royaumoni était de la filiation immédiate de Citeaux . Citeaux, dans le diocèse de Châlonssur-Saône, était la métropole de tout l'Ordre ; c'était la grande maison-mère : de là, était parti saint Bernard ; de Cîteaux, rayonnèrent quatre autres abbayes principales, appelées à leur tour abbayes-mères, et qui eurent dans le douzième et treizième siècles un véritable éclat : la Ferto, dans le diocèse de Chàlons-sur-Saone, Pontigny, dan3 le diocèse d'Âuxerre, Clairvaux, fondé par saint Bernard dans le diocèse de Langres, et Morimond dans le même diocèse. Parmi ces familles des solitudes et ces générations spirituelles qui s'étendaient sur tous les points du territoire, comme les lianes des forêts du nouveau monde, avec leurs vîvaces enlacements végétaux se développant et voyageant, et s'épanouissant très au loin, ni la Ferté, ni Pontigny, ni Clairvaux, ni Morimond, ne produisirent Royaumont ; la maison de Citeaux était directement' sa mère, bien que quelques auteurs aient avancé que Royaumont était la fille de Clairvaux'. Il eût été plus probable, en dehors de Citeaux, de la faire naître de Tabbaye de Long-Pont*.
La nouvelle colonie de Royaumont possédait dès 4229 l'ensemble de son organisation; l'assemblée générale de Cîteaux tenue en 1229, pour les affaires de l'ordre
* Voir Le Nain de Tillemont dans sa Vie de saint Louis; de Gaignières (dont les précieuses et regrettables collections furent dispersées en An^rleterre et en France en 1791) dans son abrégé du cartulaire de Royaumont, et dom Pierre Le Nain, dans son Histoire de Vordre de Ctteaux, t. IX, p. 290. c Le basliment étant en estât, dit ce dernier, saint Ix)uis fît \enir de Citeaux vingt religieux qu'il mit en possession du monastère de Royaumont. »
■ « Le bâtiment estant en estât que les religieux y pussent demeurer, le i*oi y mit vingt religieux de l'ordre de Citoaux. tirés apparemment de Citeaux même! puisque Royaumont est fille de Citeaux. » ^Le Nain de Tillemont, Vie de saint Ijouis, 1. 1", p. 491.)
* Entre autres M. de Villeneuve-Trans.
* Blanche de GastlUe et saint Louis, assistant à l'inauguration de lalielie église cistercienne de Long-Pont, eurent précisément dans cette abl»a}e l'itfée d'appeler des Cisterciens dans le monpstère qu'ils voulaient fonder.