LIVRE DEUXIÈME
uns, assigna 500 livres de revenu pour l'entretien des religieux et du monastère'. Selon d'autres, il faut entendre que pour la totalité des frais, l'achat des matériaux et le salaire des ouvriers, le saint roi dépensa cent mille livres parisis à cet édifice (onze millions deux cent trente mille quatre cent soixiante-douze francs), somme immense, à une époque où 15 livres de rente (255 francs) suffisaient, comme l'observe le Nain de Tillemont, pour entretenir honnêtement un homme d*Église'. a L^Établissement de Royaumont, dit un historien moderne, abbaye de l'ordre de Cileaux, œuvre de prédilection de saint Louis et aussi la première qu'il entreprit, puisqu'elle date de 1228, monta pour le coût des matériaux et le salaire des ou* vriers à la somme énorme de cent mille livres parisis (onze millions deux cent trente mille quatre cent soixante et douze francs). Mais il faut dire que Royaumont ftit élevé en exécution du testament de Louis VIII, sur le produit de la vente de ses pierreries et joyaux, des matières d or de ses couronnes et anneaux, que ce prince consacrait à Pérection d'une nouvelle abbaye *. »
Ce n'était pas un rare phénomène au treizième siècle, que des hommes eussent la vocation cistérienne*, puisque, dans ce siècle, cette vocation était le grand entraînement de l'opinion publique et que la passion des multitudes
Nain de Tillemont. < Estoient en cel tems cent moines au couvent de ce lieu (Roïaumont] ou environ, hors les convers qui estoient quarante ou environ, t (Vie de saint Louis, par le confesseur de la reine Marguerite» édition de 1761, p. 544.
*■ Hillin, Âniiq. nat»
* Gonfess. de la reine Marguerite. — Le Nain de Tillemont. s Hist. de saint J/mis, par M. Félix Faure, t. H, p. 570.
* On prétend tenir des derniers moines de Royaumont que les premiers religieux qui peuplèrent Tabbayc au treizième siècle, venaient de Gomelle, où l'on voit encore les ruines d'une construction qui parait avoir été un antique monastère. Aucune preuve n'appuie cette tradition. Comme question de proximité, on pouvait détacher des moines de l'abbaye de Ghaàlis, près Senlis, ou de celle de Froidmont, près Beauvais, qui étaient, Tune et l'autre, cisterciennes. Les chroniques disent que, du temps de saint Louis, il y avait des moines vieux à Royaumont. ^
8) HISTOIRE DK ROYADMONT.
se tournait de ce côté. En toute hypothèse, c'était une forte et divine passion; car le moine chrétien est, par essence, un individu qui, ayant pris TÉvangile au sérieux, désire traiter cette terre, au pied de la lettre, pour un pays de passage, pour une vallée de larmes, et veut se créer un genre de vie qui permette à sa pensée de prendre souvent le chemin du ciel.
Les moines de Citeaux, joignant, d'après leurs règles, Je travail des mains à la prière S on vit, aux premiers jours de Royaumont, les moines se mêler aux ouvriers pour la construction. On ne payait pas cher la journée des moines travailleurs *. Ce n'était pas pour eux qu'un philosophe original a dit que tous les hommes étaient destinés en naissant à devenir millionnaires, mais que malheureusement un certain nombre ne vivaient pas assez longtemps pour cela. Ces premiers hommes, à la tête rasée, qui portaient une roble blanche avec un scapulaire et un capuce noirs, aux reins serrés d'une ceinture de laine noire, et qui faisaient profession de pauvreté individuelle, avaient d'autres ambitions que celle de Télat de millionnaire.
. Maintenant que Tabbaye de Royaumont était née et installée, la légitime impatience qui saisit est de savoir quelle idée les moines bernardins viru^nt représenter dans la contrée. La représentèrent-ils, cette idée, avec ampleur et convenance? Venaient-ils apporter uo élément nouveau à la perfectibilité morale et matérieUe
* Voici oomment s'exprime saint Benoit, dans les HêgUê : c Tumc vert montchi sunt, si labore manuum suarum vivunt, 9icut et patreê Miln et ApoitolL » Régula, c. xlvui.
* Un religieux exécuta, au quinxième siècle, la fontaine de la place (V rhôtel de ville de Noyou ; on lui offrit en présent un chapeau du prix àf a sols. On payait, en outre, 10 sous pour ses frais de voyage. Un cfaarretier recevait, pour sa journée et le travail de cinq chevaux, 16 sous pir jour. De tels ingénieurs étaient iort modestes et de prétentions peo oo:bilan tes. (Notice lue aux Assises archéologiques de la Société des Aatquaires de Picardie, à Noyon, les 9 et 10 septembre 1856.)