‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 57 sur 288 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

du peuple? Dès l'origine, portèrent-ils leur drapeau avec dignité : et les intérêts de la vie temporelle, industrielle, • agricole, et les intérêts d'un ordre plus élevé, furent-ils bien sauvegardés par eux?

L'idée gauloise qui avait régné d'abord dans la contrée

était complètement efi'acëe ; le druidisme n'a pas laissé

de trace dans Royaumont ni aux environs ; Tinfluence du *

christianisme l'avait fait disparaître de bonne heure, pour

le reléguer au bord des mers, chez nos Bretons et dans le

Nord. Le rocher de la forêt de Gamelle ne subsiste que

comme une réminiscence du passé, et les moines du

treizième siècle ne le laissèrent qu'à titre de vestige

historique de ce culte de nos ancêtres qui demandait

l'âpreté des climats du Nord, les endroits terribles ou

sauvages, et le voisinage des mers septentrionales. La

jeune fille d'Asnières ou de Yiarmes n'avait pas retenu le

culte superstitieux des pierres et des fontaines ; elle ne

rencontrait pas, en allant puiser Teau à la source, la

Corrigan ou la fée peignant ses cheveux blonds, comme

enBretagne; Tentant, en ramenantson troupeau à l'étable,

n'avait pas aperçu la bande maligne des ComandoneU

(nains ou lutins) dansant autour d'un dolmen et chantant

leur chanson favorite. Et cependant tout n'était point à

repousser dans l'idée gauloise, on en garda à Royau-^

mont ce qui ne pouvait et ne devait point mourir.

Nos ancêtres les Gaulois, qui admettaient et pratiqué* rent les sacrifices humains, notamment dans la contrée de Guimont et de Carnelle, avaient professé, à cet endroit même, la religion du chêne et du gui sacré. Le chêne, ayec sa séculaire existence, était le symbole, le simulacre du Dieu suprême : le gui, dont la verdure ne meurt point, qui procède de l'arbre, repose sur lui et en reçoit toute sa vie, était le symbole de l'homme. Ainsi le chêne et le gui, selon une interprétation ingénieuse, servaient à exprimer le rapport ineffable entre la personne

de Dieu et la personne de rhomme, le sentiment de l'individualité humaine, intimement liée à Texistence absolue de Dieu ^ La colonie qui s'installait à Royaumont en 1228, n'avait point à rejeter cette idée gauloise; elle ne repoussait pas ce qu'il y avait de vrai et d'ex- .pressif dans ce symbolisme ; elle venait en un sens consacrer la doctrine traditionnelle des races gauloises, en lui donnant une base historique et une confirmation révélée. Les bernardins de Royaumont proclamaient, par leur présence, que le Dieu de l'orthodoxie, le Dieu présent aux scènes de la vie morale, illumine l'obscure vallée de la terre, et rend la vie de l'homme solennelle.

Il y avait même un point de contact entre les religieux de Royaumont et les anciens Gaulois.

Tacite parle d'un point de croyance religieuse commune aux Germains et aux Gaulois : « Ils consacrent des bois, dit-il, et ils donnent le nom de Dieu à cette horreur Ae^ forêts^ où ils ne se figurent rien que le respect qu'elle imprime *. » L'écrivain latin jugeait très-imparfaitement ce point de la foi gauloise. Ce n'était pas l'horreur des forêts que nos aïeux adoraient; mais dans l'obscurité et le silence de ces forêts qui étaient leurs temples, ils se sentaient en quelque s&rte plus près de la divinité suprême, invisible et immatérielle ; c'est aussi l'impression que produisaient ces cathédrales gothiques qui s'élevaient de toutes parts en Europe, dans cette période féconde do treizième siècle. N'est-ce pas une pensée identique qui

* c D'où est née, dit Dtckinson (dans ses Origines tfrtfttflftfet ), dia tes Gaulois, cette religion du chêne? Sans le moindre doute des chenet àe Mambrc, sous lesquels vivaient autrefois d'une vie religieuse les homm^^ les plus saints, et dont les ombrages servirent de demeure à Abrabaim ci ^ temple à Dieu. • — c Ce qui peut avoir donné lieu au culte du chêne. < dit dom Martin, c'est sans doute ces chênes «sous lesquels rÈcrîtore lu* observer qu'Abraham dressa si souvent des autels pour offrir des Tkttn» à Dieu. 9

* De moriàuê Germanorumt II et suivants.

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