LIVRE DEUXliHE
dirigeait les bernardins de Royaumont, venant demander aux bois solitaires un plus libre accès auprès de Dieu? Héritiers de l'ancien mépris des Gaulois pour la vie ', ne trouvaient-ils pas dans leurs conceptions religieuses, de tout autres ressources pour pratiquer ceitains sacrifices relatifs aux choses terrestres? .
Après l'idée gauloise, on avait eu l'idée romaine. Cette idée ne parait pas avoir procédé par assimilation dans la contrée, mais par simple voie d'exemple. Les légions romaines avaient pour méthode celle que nous voyons encore de nos jours mise en pratique dans la colonisation anglaise des Indes ; elles partaient avec elles leurs panthéons, leurs divinités et leur culte; elles ne disaient pas aux vaincus : Adoptez mes dieux, mes lois, mes mœurs ; — '«lies leur disaient : Mettons tout en commun, dieux, lois et usages; j'adopte les vAtres, prenez Içs miens aussi : vaste fusion des idées les plus disparates condensées dans un immense polythéisme ! caravansérail des coutumes les plus varices du globe entier I
Il parait que l'on construisit Royaumont à un emplacement où passèrent les légions romaines de César; et, à deux pas du terrain oîi l'on creusait les fondements de Tabbaye, on pouvait rencontrer des débris des antiques voies romaines. Royaumont et Gouvieux font les deux extrémités delà vallée de Cuimont, et César qui avait le coup d'oeil nécessaire aux généraux, avait remarqué ce long espace couvert de forêts avec tes hauts plateaux formés par les collines qui en forment la ceinture. Un oppidum frontière, qui était une dépendance de la commune de
* Voyei de curieux renspigneracnls, dans Posidius. sur la locililé avec laquelle le Gaulou lltrait sa vie. U ne s'agb^soit pour lui que d'un Tassé. il portail sa lËte sous le coutcnu ^acré el sY'lanciiit m Bourinnt sur l'autre bord, et continuait ta rouli'. .ComMral. tur letpril de la Oaute. Jean RejDiud.) — Horace déQnit la Gaule : « La terre où l'on n'éprouie point la terreur de la mort. >
86 HISTOIRE DE ROTAUMONT.
Gouvieux, sur un promontoire voisin de Saint-Leu d'Esserent, a été décrit souvent par les archéologues. Où se trouvait l'emplacement du camp romain, où était placé le camp gaulois ou des Bellovaques, habitants du Beauvaisis ? C'est ce que recherchent ' les antiquaires et les membres de la commission de la topographie des Gaulés. Mais c'est la ferme et invincible tradition du pays, que Jules César a campé dans ce lieu, quand il pénétra dans le pays des Bellovaques ; et une opinion scientifique affirme que la forêt de Carnelle fut le dernier campement de nos ancêtres les Bellovaques, dans les marches et contre-marches que la poursuite de l'armée romaine' les obligeait de faire.
Le temps amène des successions singulières et de bizarres changements dans la série àes hommes et des choses qui apparaissent sur la scène du monde ! Un lieutenant des cohortes romaines avait peut-être dirigé des * travaux de campement et de fortification là où Gualtier de Ochies, ou bien Guillaume de Montaigu', présidèrent, au nom de l'ordre de Citeaux, à la naissance de Royaumont, à l'édification du monastère, et à la bonne organisation du personnel I Les religieux prenaient ainsi la place qu'occupait jadis un poste militaire, lors des démises guerres des Romains dans les Gaules. Les civilisations
* K. Fontenu, dans les Mémûirei de t Académie des Hucr^ftimu (t. 11; 11. Graves, l'auteur des Annuaires du département de TOise ; M. Peigne Lacourt, dans le Comiié archéologique de Senlis, ont fourni des document» relatifs à ce camp romain.
* M. Litonnois a appliqué, un à un, au lieu appelé Camp de César, à &hitieui, tous les caractères du camp des Bellovaques, décrits dans les Camme»tùireÊ. Ce camp de César était établi sur une langue de terre qui sépare le village de Gouvieux et le hameau de la Chaussée, plaine traverst^e aujourd'hui par la route de Chantilly. Les Bellovaques, battant en retraite devant les troupes de César, auraient reculé, selon M. Litonnois, surU forêt de Carnelle. (Manuscrit lu au Comité archéologique de Sentie. Fé^ncr iS64.)
' Un auteur le désigne comme ayant assisté à la construction de Tib* baye [Hist, de saint luntis, par de Villeneuve-Trans, t. 111]. Il ne fut pis pour cela, le premier abbé de Royaumont.