‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 6 sur 288 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

tenir l'Empire jusqu'à la dernière heure; et lorsque la féodalité s'établit, ee n'était pas une raison pour rÉglise d'abdiquer, parce que par sa mission d'universalité, elle s'adapte à toutes les physionomies de l'humanité et de la civilisation. Voilà pourquoi l'Église s'associe aux idées et aux principes delà royauté, quand le système monarchique triomphe de l'anarchie féodale. S'il plait aux temps modernes d'épouser les prédilections et les formas démocratiques, on pourra parfaitement entrer dans ces prédilections, tout en reslRtil catholique à l'ancienne manière. Bien loinqueles idées de liberté soient étrangères à l'Église, c'est au sein de l'Église, comme le reconnaît M. Vitet, qu'est né ce système d'élection, de discussîoii, de contrôle, qui estl'honneur et l'ambition de l'esprit moderne. Par la même raison, si c'est l'attrait dos générations nouvelles de cultiver les inventions d'ordre économique et industriel, il n'y a aucun élément pour proclamer inconciliables l'orthodoxie et l'industrie, à moins que l'industrie ne fût essentiellement malhonnête et avilissante. Mais n'est-elle pas le contraire ? ne donne-t-elle point, par ses créations prodigieuses, le spectacle de la grandeur de l'intelligence de l'homme?

Que des institutions religieuses se lèvent pour condamner une société qui viendrait proclamer /'omnipotence exclrnive de l'industrie : elles rempliront alors une mission de délivrance et de salut social. Et qui voudrait donc d'une industrie qui donnerait la main à un physicisme plein de ténèbres, coiidui-

INTRDDUCTION. wi

sant à l'athéisme? « Il ne faut pas dire que le nouveau monde que nous annonçons (c'est Pierre Leroux qui parle) et qui commence à paraître sera un monde* indnstriel et scientifique. Ce serait un grand malheur s'il n'était pas autre chose. Il ressemblerait un peu trop au monde où nous sommes. Sa science, comme celle d'aujourd'hui, serait sèche et ténébreuse. Son industrie pourrait aboutir à une sorte de crétinisme favorable à Texploilation continue de l'homme par l'homme; et les mœurs qui en résulteraient amèneraient fatalement avec l'abaissement des âmes, la. décadence du type humain. Il faut proclamer et proclamer hautement que celte société nouvelle, manifestation complète de la nature humaine complète, sera à la fois industrielle^ scientifique et religieuse. » Il nous semble que les précédents historiques des antiques abbayes ne doivent éveiller aucune idée d'incompatibilité avec l'esprit et les progrès modernes. N'est-ce pas plutôt des moines que dérive le germe de nos institutions politiques et de nos inventions industrielles? Dans l'ordre de Cîteaux, auquel appartenait Royaumont, chaque monastère élisait son abbé, chaque abbé était comme le député de sa communauté, au chapitre général, vrai congrès, qui de cette sorte, représentait tout l'ordre. C'est à ce congrès qu'appartenaient la puissance législative et executive, le voté du budget et toute la police disciplinaire de la société cistercienne. Nulle loi n'était obligatoire si elle n'avait été consentie par la majorité des abbés; nul impôt ne pouvait être levé s'il

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