LIVRE DEUXIÈME
La question de Jia physionomie primitive de Royaumont n'oblige pas d'une manière absolue à trancher la solution du problème débattu parmi les géographes et les archéologues modernes. Si cependant l'abbaye de saint Louis eût vu quelque importance à revendiquer à son profit la particularité de la proximité d'une voie romaine, on doit dire, après des études topographiques spéciales sur place, que lopinion qui retrouve Litanobriga à l'emplacement du village du Lys, en face de Boran, n'est pas sans fondement et sans plausibilité. Dom Grenier était de cet avis ^ ; il allègue la chaussée romaine* venant de Senlis à Chantilly, pour gagner la Morlaye, et faisant partie de la voie Solennelle^ par laquelle Julien Tapostat fit venir à Paris les légions qui étaient dans les pays rhémois. a La Morlaye, dit dom Grenier, nous rapproche d'un village nommé Lits, formé du mot belgique ùtano, et de sa position Briga ou Briva, c'est-à-dire pont ou en général passage sur une rivière. La direction de la chaussée n*avait besoin de faire qu'un petit coude à la Morlaye pour arriver en ce lieu. Peut-être même ne serait-il pas impossible de retrouver entre Lits et la Morlaye les vestiges de la voie militaire, et dans la rivière les restes du pont qui y était construit. Tout cela semble bien approcher de l'évidence, surtout si ce lieu de Lits était le Litano-Briga connu par des médailles gauloi8es^ »
dom Grenier, savant du dix-huitième siècle, connu par ses immenses travaux sur la Picardie.
* Extrait de V Introduction à Vhistoire générale de la Picardie, par dom Grenier. [Collection de^ Mémoires des antiq. de Picardie, i vol. in-4, 1856.]
« Le savant M. Graves n'approuve pas que dom Grenier, dans l'hypothèse de la découverte de JÀtanobriga au village du Lys, aille chercher le passage de l'Oise à Bruyères (Seine-et-Oise).
s H. Alexandre Hahn met, non sans vraisemblance [Essai sur Luzarches), le passage de Litanobriga sur l'Oise en face de Boran. Cet explorateur continue encore ses recherches. Il pense avec M. Hillescamp que l'emplacement du Lys a été changé. D'abord construit s\m> la rive gauche de l'Oise, en face de Boran, le Lits primitif dut subir les ravages des Normands qui suivirent le cours de l'Oise. Nos pères pour se garantir des Normands quittèrent le9
90 HISTOIRE DE ROTAUMONT.
Quelle que soit la vérité géographique, qu^il soit vrai ou non que le village du Lys, aux portes de Royaumont, soit le Litanobriga placé par les géographes romains entre Senlis et Beauvais; qu'il soit exact ou lion que César vainqueur de Correus, ait poursuivi les Gaulois dans la forêt de Gamelle S comme dans un dernier retranchement, il n'en est pas moins certain que la domination romaine pesa sur cette partie des Gaules, que les habitants des agglomérations qui préparèrent la formation d'Asnières et de Viarmes furent, comme tous les Gaulois, traités de rebelles et de révoltés par lé César de Rome, qui s'était donné le plaisir d'envahir leur pays ; le sol de la contrée a attesté jusqu'en ces derniers temps l'invasion et l'occupation romaines; l'exploration du sol a répondu par de vieilles armes, d'énormes blocs de charbon, des poteries, des tuiles, des ossements humains, des tombeaux grossiers,des médailles romaines,oùfiguraientNerva,Trajahus, Domitianus, Vespasianus, Drusus César, Julia Mammea*. Mais la conquête romaine, qui laissa des traces matérielles de son passage, n'avait pas apporté à nos ancêtres, en matière de moralité, de philosophie et de religion, des idées bi^n saines; des statues de Mercure, des restes d*un temple de Bacchus, découverts dans le Beauvaisis au dix-
bords de la riYÎëre, et placèrent leurs liabitations au ^milieu de la forêt du Lys. — En effet on a trouvé dans le sol de cette forêt des restes de maisons, et la tradition locale enseigne qu'il y avait, tout près, un cimetière dont on retrouve des ossements. C'est ainsi que de proche en prodie on recula les maisons jusqu'aux portes de Royaumont au hameau actuel dn Lt<. On voit dans uiv acte de vente de décembre de l'an 1247, que le sieor Simon, dit Credo du Lys, avait vendu six arpents de vigne entre le pM«r Lys et le nouveau Ly$. (Cartulaire de Royaumont, manuscrits, bibliotb. Impériale.)
' Pour aller de Gou vieux & Gamelle, dernier campement des BellorMioes, il faudrait rencontrer un fleuve, le flumen de* Commentairet^ que travorsèrcnt les Romains. Or il n'y a, de Gouvieux à Beaumont, que la Thève.— On a répondu à cette objection, que César n'a pas marché vers Carnelle, mais qu'il a lra\crsé l'Oise, pour se diriger sur la ville {civitas) des Bellovatiaes.
* On déposa ces objets au musée de Chantilly; — voir Caaibn, tion du département deVOue, année 1S03.