LIVRE DEUXIÈME. 9i
septième siècle, indiquaient que les maîtres du monde ne se firent pas faute de juxtaposer aux superstitions gauloises l'immoralité et les ténèbres du paganisme romain. L'invasion romaine rendit cependant un service aux anciens Bellovaques, habitants d'Âsnières et de la contrée de Royaumont, en abolissant parmi eux les sacrifices humains, tradition déplorable des Druides '. Mais dans l'ordre civil, ils n'avaient pas fait disparaître les castes existantes chez les Gaulois.
Après ridée romaine, ce fut, dans le pays de Cuimont et d'Âsnières, le tour de l'idée nouvelle par excellence, le tour de l'idée chrétienne. Saint Lucien, est l'un des premiers apôtres qui vint inaugurer l'idée chrétienne dans le Beauvaisis, au milieu du troisième siècle. Il esf à présumer que les explorations de cet homme dévoué au culte de l'idée née à Bethléem, lui firent aborder les Gaulois, habitants des contrées d'Asnières, au sein même des forêts qui recouvraient tout le pays depuis la source de rOise jusqu'à sa jonction avec la Seine. Les Bellovaques de ces antiques époques avaient l'habitude de se rassembler sous l'épais feuillage des chênes, pour participer aux sacrifices et honorer leurs divinités ; on somma saint Lucien, vers l'an 275, d'avoir à tenir compte des décrets des empereurs et de cesser la propagande chrétienne. La tête de saint Lucien tomba ; mais nos pères furent initiés à la religion de la vérité et de la charité. A la suite de saint Lucien, on trouve d'autres noms glorieux, qui vivent dans la mémoire populaire et y trouvent leur immortalité aussi bien que dans le culte de l'Église. Saint Quentin, Tapôtredu Vermandois, saint Firmin qui avait parcouru l'Agénois, l'Auvergne et TAnjou, saint Rieul qui porta la foi à Sentis, saint Patrice, étaient les intrépides soldats
* Druidarum religionem apud Gallos dirx immanitatis et iantum cwibtts sut Auguste interdictam (Claudius), penitui atfotevit, Suétone, cap. XV.
n HISTOIRE DE ROYiUMONT.
de cette grande armée qui passait et repassait sans cesse les Alpes et les Pyrénées et qui Tinrent au prix de tous les sacrifices, au prix de leur vie, évangéliser cette contrée septentrionale de l'Europe et travailler dans la contrée de Royaumont à la transformation de la société par le christianisme. Saint Just, décapité en Beauvaisis, la jeune Irlandaise sainte Maxence, livrée à la mort sur le bord de l'Oise, au pont nommé depuis le septième siècle Pont-Sainte-Maxence, attestent Tépoque du sanglant enfantement de ridée chrétienne dans cette partie des Gaules. Mais un autre fait positif qui est du quatrième 'siècle, et qui se rattache à l'histoire de Luzarches, nous apprend que la contrée de Royaumont et deViarmes étaitconvertie auchristianisme antérieurement au quatrième siècle. Le martyre de saint Éterne, évoque d'Évreux, éclaire les origines chrétiennes de la vallée de FOise, dans le rayon d^Asniè^es-su^ Oise, Boran et Luzarches. L'évéque d'Evreux, après avoir résisté avec courage à la perversité de certains chefs, devint leur victime en 355, lorsque se rendant à la cour pour implorer le secours du roi, « ils Tarrètèrent par ruse, le couvrirent de plaies et le tuèrent. Son corps fut transporté dans le fort du bourg parisien appelle Luzarches (Lioorca)j et qui alors avait le titre de ville publique et renfermait un palais royal ; il fut inhumé dans relise principale de Luzarches où il est conservé même maintenant dans une chasse d'argenté » Ainsi, au quatrième siècle, le christianisme était florissant dans la localité d^Asnières, Viarmes, Cuimont, qui se confond avec la localité de Luzarches, voisinage le plus immédiat*.
C'est moins la conquête qui est difficile que la conservation permanente de la conquête elle-même. Dans Tiiitervalle du quatrième au Ireiziùme siècle, l'idée chrétienne avait pu largement faire son chemin ; ravénemeni de
* Bréviaire d'Érrcut. [Ft$ûisitr IjÊSêrthrs, par H. Ain. HikB.pL SX)
* Li (iisunce n'e»l que de trots quarts d'heure.