‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 62 sur 288 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

sainte Clolilde avait rangé la monarchie franke du côté de cette idée : mais depuis le quatrième siècle, que de vicissitudes, que de fluctuations avaient traversé ces sociétés encore à peine naissantes aux grandes institutions de la vie civile! N'y avait-il pas toujours à assouplir les rudes natures du monde féodal? N'y avait-il point à présenter, à l'état de réalisation aux yeux des peuples, les sublimités de la morale évangélique et les énergies que communique à la moralité sociale le dogme nouveau, qui avait coulé, grand fleuve de salut et de civilisation, grand Océan de lumière, de ce petit creux de rocher de Nazareth? C'était l'idée que venaient représenter les bernardins quon installa à Royaumont en 1229; ont-ils représenté avec ampleur, avec convenance cette influence du dogme de l'Homme-Dieu sur le perfectionnement personnel? Les faits de l'histoire relatifs à ce premier siècle de l'abbaye, doivent répondre.

A cette époque on avait les avantages, et il n'y avait pas encore les inconvénients. *A cette époque, on voyait la ferveur des débuts, la splendeur de la pureté originelle, il n'y avait pas encore les misères de l'éclipsé et les tristesses de la décadence^; il n'y avait pas l'affaiblissement de la discipline et les autres abus; il n'y avait pas l'injustice des prétentions, Tempiétement des privilèges, les ravages de l'invasion étrangère, la législation des princes, l'immixtion des concordats, l'institution de ces fonctionnaires mixtes appelés des commendataires ; il n'y avait pas en un mot tout ce qui devait amener des catastrophes. Or, les bernardins qui ne pre-

* Onze ordres de chevalerie suivirent la règle de CUeaux. Ce furent ceux des Templiers, de Calatrava, d'Alcantara, d'Avis, de Montesa, du Christ, de Saint-Maurice et de Saint-Lazare, de Saint-Michel, de Montjoie» de Sainl- Bernard et de Trugillo. Les ordres religieux militaires eurent un double caractère. L'ardente pensée de posséder la Terre sainte, incessante préoccupation du moyen âge devait donner naissance à ces ordres. Soumis à des pratiques de piété, ils quittaient la prière pour prendre le casque et répée.

^A HISTOIRE DE ROYiUMONT.

naierit possession de l'abbaye de Royaumont que pour donner à Tidée chrétienne et à son idéal héroïque son complet épanouissement, tinrent-ils parole au treizième siècle ?

On n'avait pas à quêter, dans l'hésitation, un plan de vie intérieure ; on n'avait ni des constitutions à élaborer ni des costumes à imaginer. Royaumont n'avait qu'à vivre de sa vie indigène, en s'abreuvant de la tradition cistercienne ; il n'avait qu'à respirer cet air vital qu'avait créé de grands organisateurs, saint Robert ^ Albéric ', Etienne Harding ' et le grand saint Remard \ — Quant au costume, l'habitant de Royaumont portait une robe blancfie avec un scapulaire et un càpuce noir ; la robe était serrée d'une ceinture de laine noire ; au chœur, dans l'église, il mettait une coule blanche, et par-dessus un capuce avec une mosette qui se terminait en rond par devant jusqu'à la ceinture, et par derrière en pointe jusqu'au gras de la jambe. Lorsqu'il sortait de l'abbaye, il avait une coule et un grand capuce noir ; les frères convers étaient habillés de couleur tannée ou brune \ En ce qui concerne la vie intérieure de l'abbaye, son propre gouvernement et ses rapports avec les autres abbayes, Royaumont suivait la règle de saiiit Renoit et la constitution connue sous le nom de Charte ou Carie de charité ; elle avait été composée par saint Etienne, troisième abbé de Clteaux, au douzième siècle.

Cette charte ou carte de charité, premier statut de l'ordre, contenait en cinq chapitres tous^les règlements nécessaires pour établir, pour conduire des maisons de

* Sorti d'une riche maison de Champagne et qui fut abbé de MolesiBe en 1075.

* Albéric était prieur de la môme abbaye.

s Harding était originaire d'Angleterre; il rédigeai \i Charte de ckariié.

* Jeune gentilhomme de Dijon, il se fit cistercien en IHS, et devint plos tard l'illustre abbé de Glairvaux. Depuis saint Bernard, les religieux s'i laient indifléremment cisterciens ou bernardins.

* Histoire des ardreerehifieux par le père Helyot.

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