‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 63 sur 288 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

cet ordre, pour maintenir la régularité, l'union entre les membres, pour assurer enfin la dépendance, la charité, Tuniformité d'observance entre tous les monastères.

Le premier chapitre de cette charte ordonnait Tobservance littérale de la règle de saint Benoit, sans glose et sans dispense, ainsi qu'on Tobservait à Citeaux. Il n'est pas nécessaire de discuter cette règle, dont les Papes, les Pères, les grands penseurs ont vanté la profonde sagesse. D'après la législation bénédictine, le moine fait partie d'un organisme vivant, où il s'exerce chaque jour à contenir sa volonté dans certaines bornes pré* cises; le moine renonce à toute possession personnelle. En se dépouiUant, on entend qu'il devienne libre. La règle du monastère détermine si bien l'emploi de la journée, et par là même de la vie, la prière, la lecture, le travail, le repos, qu'elle n'abandonne rien à l'arbitraire; elle coupe court à tous les retours de l'inconstance humaine par le vœu de stabilité; elle combine le commandement et l'obéissance, rendant presque impossibles les abus de l'un, les résistances de Tautre; la règle enfin, en armant le moine de toutes pièces pour les combats spirituels de l'âme, prétend en faire l'ouvrier infatigable de la société temporelle et de la civilisation chrétienne ^ Le second chapitre déterminait le pouvoir des abbés, leurs attributions, vis-à-vis de Citeaux, et celui de Ctteaux envers les abbés des autres monastères de l'ordre. Le troisième chapitre réglait la manière de tenir les Chapitres généraux, le pouvoir de ces chapitres, Tobligation qu'avaient les abbés de s'y trouver (à Citeaux), la manière d'y terminer les différends, et les causes pour lesquelles on pouvait s'en absenter. Le quatrième chapitre réglait les élections des abbés, l'autorité du Père immédiat au temps de la vacance et de l'élection, la qualité des per-

* Voyez l'abbé llarlin : IjCS moines y leur influence.

sonnes qui devaient élire et de celles qui devaient être élues. Enfin le cinquième et dernier chapitre traitait de la déposition des abbés, même de celui de Citeaux, des causes et sujets pour lesquels il pouvait être déposé, des personnes qui le pouvaient déposer, et de la manière de procéder à cette déposition.

Ces statuts avaient force de loi; ils avaient été approuvés par les évéques qui avaient des monastères de l'ordre dans leurs diocèses ; ils furent confirmés successivement par les souverains pontifes Calixte II, Eugène III, Anastase IV, Adrien fV et Alexandre III. Avec cette vigoureuse organisation, jointe à la bonne volonté des religieux, il était difficile que Tabbayo naissante ne fût pas appelée à de véritables succès. Aussi, Tépoque de saint Louis fut l'âge d'or de l'abbaye bernardine des bords de rOise.

Rien ne fut négligé pour jeter les fondements d'un ouvrage qui pût avoir de la grandeur et de la durée. On convoqua les maîtres en pierres vives, Pierre de Montereauou de Montreuil mettait le sceau à sa propre réputation naissante, en donnant le plan architectural de Royaumont, tandis que son jeune rival, Eudes de>Montrenil *, venait de présider à l'érection de Téglise du Val-des-Écoliers. De son côté, saint Louis avec son instinct des grandes choses, voulait mettre aussi son cachet dans le monument de sa piété filiale : ce Dès le commencement que il vint à son « royaume tenir, et il se sçut apercevoir (connaître), il

^ Les historiens ont varié enlre Pierre de Montreuil et Eudes de Montreail. Tout nous porte à penser que c'est Pierre de MonireuU qui est le véritable auteur du plan de Royaumont. — On s'accorde a attribuer un beau morceau d'architecture (existant encore] du prieuré célèbre de Saint'Martin des Champs à Pierre de Montreuil; c'est l'ancien réfecloire des moines, aujourd'hui servant de Bibliothèque au Conservatoire des arts et métiers : Tidentité architecturale de ce morceau gothique avec le réfectoire de Royauoiont peut être ici un argument de quelque valeur. Fclibien des Avaux, danssoo Histoire des architectes, pages 111, édition de Paris de l'an 1687, mentioaoe Royaumont comme l'œuvre de Pierre de Montreuil,

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