‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 65 sur 288 · LIVRE DËOXIÈMË · texte numérisé non relu

LIVRE DËOXIÈMË

cercles pour s'y épuiser ; d'ailleurs le parfum des exemples de saint Bernard était trop vif encore à Royaumont. L'abbé de Royaumont, avait, comme tout abbé ', en vertu do sa charge, le pouvoir de rendre des ordonnances relatives à la discipline de ses conventuels et à Tadministration des biens du couvent; d'admettre des novices, de les renvoyer; de punir les délits de ses subordonnés, s'ils avaient été commis dans l'intérieur du monastère, et de prononcer la.suspension et l'exclusion des membres récalcitrants, sans qu'il y eût lieu d'en appeler, si la peine prononcée n'outre-passait pas la mesure légale. Sa mission et son devoir étaient de maintenir la .discipline au moyen d'une surveillance et d'une intervention spéciales, avec la coopération du prieur et du maître des novices, par des avertissements et des châtiments gradués; il devait réveiller, entretenir, développer la culture intellectuelle et la piété des religieux ; faire célébrer avec zèle et conscience les offices et les cérémonies sacrées, administrer avec loyauté et prévoyance les biens du couvent, soit personnellement, soit par des économes et des procureurs. 11 avait d'ailleurs l'obligation de délibérer souvent sur les affaires du couvent, soit avec les anciens du chapitre, soit avec le chapitre entier ; d'avoir recoui's à leur assentiment dans les cas déterminés par la règle ou graves de leur nature, notamment dans la collation des bénéfices, quand le droit de présentation appartenait au 'couvent; dans les emprunts, dans l'aliénation des objets précieux, des droits d'usufruits, de rentes; dans les ventes ou les baux de longue durée ; dans l'admission des novices, etc. — Et, que^de zèle dans les premiers temps pour se tenir à l'observation des règles, alors que l'esprit de foi animait si puissamment cette corporation naissante ! Si le sentiment de la réalité suprême éclate chez un chrétien

' Jure ordinario.

avec infiniment plus d'intensité que chez les païens, parce que l'Évangile a peint Tidéal moral d'un trait que la Grèce avait à peine soupçonné, que le pinceau des prophètes hébreux eux-mêmes n'avaient que vaguement fait pressentir, on doit comprendre que le moine des beaux âges de Royaumont devait être une individualité délicate et méditative, portant un regard plus profond sur le grand modèle évangélique ; et, quand apparurent les longues robes traînantes des Bernardins dans les champs de Royaumont, on vit mieux comme spectacle que le Gaulois pieux des temps antiques, mieux que le stoïcien et le polythéiste de Rome, mieux aussi que les mœurs ordinaires du chrétien.

Saint Louis était bien jeune encore quand Tabbaye naissait ; l'enfance de Royaumont et la tendre adolescence de saint Louis qui sont contemporaines, sont dignes l'une de l'autre. On aime à distinguer, parmi les moines primitifs animés de la ferveur du premier âge, la belle et noble tète du jeune prince, se dessinant avec sa pureté sur ce fond austère. Ces moines des premiers temps oITraicnl dans leur vie, d'après les anciennes austérités de Tordre, la privation perpétuelle de la viande à tous les repas, le jeûne continuel depuis la fête de l'exaltation de la sainte Croixjusqu'à Pâques, les paillasses pour lits, la simplicité des habits, les chemises de serge, le travail des mains, le silence exact à peu près perpétuel et absolu en dehors du temps des conférences, les veilles et d'autres exercices également antipathiques à notre mollesse naturelle. Ls jeune tête de saint Louis, <x du benoiez roys, » s'encadrait bien comme un charmant contraste dans ce mâle horiion. Un historien dit que « les regards ne pouvaient se rassasier de la vue du jouvencel d'une figure déjà si noble, si ouverte, si affable. On était frappé surtout de sa ressemblance avec son aïeule Isabelle de Ilainaut, morte à la fleur de l'âge; un sourire de bonté ne quittait pus ses lèvres; son teint était

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