‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 67 sur 288 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

ncnt à la solitude ; les cénobites qui vivent en commun ; les cisterciens qui ont changé l'habit noir en gris, nigrum habitum in griseum commutantes, et qui se sont interdit Vusage des viandes *. » Jacques de Yitry saisit l'occasion de rendre de grands hommages à saint Bernard, Tornement et l'honneur de cet ordre.

Ce témoignage d'un contemporain des origines de la nouvelle abbaye (Jacques tle Vitry, né vers 4170, mourut en 1244), est d'un grand poids; et Royaumont, qui avait quinze années d'existence lorsque ce cardinal, ami de Grégoire IX, réputé pour sa sainteté et ses connaissances littéraires*, consignait à l'usage de la postérité les mémoires de son temps, Royaumont a droit de revendiquer une part dans la justice et les beaux éloges accordés aux cisterciens. L'ordre des cisterciens avait pris, depuis saint Bernard, des développements d'une rapidité prodigieuse, et il était encore évident, au temps de notre cardinal, d'abord évoque de Saint-Jean-d'Acre et de Tusculum, que les grands progrès des cisterciens étaient dus à la sainteté primitive des membres de cet ordre. Au moment où Jacques de Vitry tenait encore la plume, la vie exemplaire des Bernardins faisait l'admiration des peuples. La citation textuelle d'un passage de VHistoire d'Occident fournira, dans les faits exposés par Jacques de Vitry, la raison de la diffusion extraordinaire et rapide des Bernardins, au douzième et au treizième siècle; on verra que, si on leur offrait des établissements de tous cotés en Europe, c'est qu'il n'y avait personne qui ne se fit un honneur de posséder de si saintes âmes. Une contrée pensait, en les rapprochant de soi, avoir de puissants amis auprès de Dieu. « Toute l'Église de Jésus-Christ, dit

1 HUtûire lUtiraire de la France, t. XVIII, pages 234-235.

* Yir sancttts et litteratm : ainsi l'appelle Etienne de Borbon, un des plus anciens docteurs de Sorbonne : Egregiœ doctrinxet famx Cardinalis, disent les chroniques de Brabant : latine^ grsece, araHce dodus.

le Cardinal, était rempli de la haute réputation et de l'opinion de la sainteté des cisterciens, comme de Todeur d'un baume tout divin, et il n'y avait aucun pays et aucune province, où cette vigne remplie de bénédictions n'eût étendu ses branches. )> Plus loin, le cardinal, racontant le genre de vie des cisterciens, ajoute que : « Us ne se servaient, ni de peaux, ni de chemises, ne mangeaient de la viande que dans les grandes maladies ; qu'ils ne mangeaient point non plus ni poissons, ni œufs, ni lait, ni fromage, sinon quelquefois par extraordinaire et quand on leur en donnait par charité ; que leurs frères convers qui demeuraient dans les fermes à la campagne, hors de Tabbayc, ne buvaient point de vin ; que les religieux du chœur et les frères ne couchaient que sur des paillasses, revêtus de leurs tuniques ; qu'ils se levaient vers minuit^ et employaient le reste de la nuit jusqu'à Taube du jour à chanter les louanges de Dieu ; et qu'après avoir chanté prime et messe, et dit leurs coulpesau Chapitre, ils s'occupaient tout le jour au travail, à la lecture ou à l'oraison, sans jamais donner lieu à l'oisiveté ni à la paresse ; et que dans tous ces exercices ils observaient un exact et continuel silence, à l'exception de l'heure qu ils prenaient pour la conférence spirituelle. Leurs jeûnes étaient continuels depuis la fête de l'exaltation de la sainte Croix (septembre), jusqu'à Pâques, et ils exerçaient avec beaucoup de charité Thospitalité envers les pauvres^ » Ce n'est pas le brillant essor de la jeune et sainte colonie de Royaumont, qui vint produire aucune dissonance, au commencement du treizième siècle ^ aux éloges que méritaient l'exacte observance et la vive ferveur rema^ quées dans les monastères cisterciens à cette époque. Jacques de Yitry étant un témoin des premières années

* Hiêtoire oocidentaU. — V. HUtoire liitéraire de la France , t. XVni. - V. Aitg.Manriquez; Le Nain ; le P. Helyot, HUtoire des ordres religwmx; Nigne, Encyclopédie théol, t. XX, p. 930.

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