‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 68 sur 288 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

du treizième siècle, on doit le compléter par le pape Benoit XII, qui vint à la fin de ce grand siècle et fut élevé à la papauté en 1334*. Lorsqu'on fait l'éloge d'une vaste corporation, il est clair qu'on ne peut canoniser absolument chaque individualité ; un jugement, porté en général sur une société, néglige les détails pour s'attacher à l'ensemble et ne doit conséquement pas tenir compte de quelques particularités défectueuses ; loriginalilé du témoignage de Benoit XII lient à ce qu'ayant été cistercien lui-même avant de parvenir à la tiare, nul ne connaissait mieux les ombres qui faisaient tache au tableau ; il avait professé longtemps la vie cistercienne, il avait passé par les diverses charges conventuelles ; et dans les hautes dignités de l'Église, il n'avait point quitté l'humble vêtement des moines'.

Comme il n'oubliait point l'ordre dont il était sorti, la meilleure preuve de l'intérêt qu'il lui portait était de travailler à y réformer ce qui lui avait paru réformable ; il publia, effectivement, en 4334, une bulle pour la réforme de l'ordre de Citeaux, voulant que les abbés ne fussent habillés que de brun et de blanc, et n'eussent point avec eux des damoiseaux^ c'est-à-dire de jeunes gentilshommes qu'ils avaient à leur suite comme les autres seigneurs.

A part les innovations empruntées des coutumes féodales, il est certain qu'en avançant même jusqu'au milieu du quatorzième siècle. Tordre des Bernardins qui renfermait des désordres partiels, était encore intact dans son ensemble, au temps de Benoit XII. Ce pontife vénérable s'en exprime de la manière suivante, dans un passage où son style coloré trahirait au besoin son pays d'origine, le soleil et les montagnes des Pyrénées : « Brillant comme l'étoile du matin au milieu de la brume,

* Il était né à Saverdun, dans le comté de Folx.

* Ce qui lui lit donner le surnom de CanUnal Blanc.

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le saint ordre de Clteaux, dans les rangs de TËglise militante, combat avec courage par ses œuvres et ses exemples^ et tout en s'ef forçant avec ardeur, par son amour pour la sainte contemplation et les mérites d'une vie innocente^ de franclûr les hauteurs avec Marie, il ne néglige pas le minibtère plus laborieux de Marthe, par son empressement à exercer des actions louables et des œuvres de piiii* En effet, appliqué avec zèle au ministère du culte divin, dans le but d*être utile au salut des autres et au sieo propre, assidu à Tétude des saintes lettres, afin de parvenir à la parfaite connaissance de rexcellencc suprême; se faisant remarquer, entre tous, par son empressement à exercer les œuvres de charité, pour accomplir les lois de Jésus-Christ, cet ordre a mérité d'étendre ses rameaux d'une mer jusqu'à Taulre. Parvenu par de^rrés au faite des vertus, comme tout le monde le voit, et comblé des dons du Saint-Esprit qui enflamme les cœurs débiles, il s'est rendu digne des plus insignes faveurs delà part de l'Église romaine, maîtresse de toutes les Églises ^^ Ces témoignages, d'une autorité incontestable, ne sont cependant que des pièces générales, et on a besoin de témoignages spécialement relalifs à Tabbaye elle-même de lioyaumont, afin de connaître l'impression que ses débuts produisirent dans le monde et sur l'esprit des contemporains. Le Chapitre ou assemblée générale, qui se tenait tous les ans à Citeaux, et où se rendaient tous les abbés de Tordre, avait pour objet de discuter et de constater l'état et la marche de chaque monastère; on y faisait une sorte de revue annuelle de la situation morale de chaque maison conventuelle ; c'est là que se trouvent des documents péremptoires sur la physionomie de labbaye naissante de Royaumont. L'avenir réservé i la colonie nouvelle pouvait préoccuper les esprits qui

^ Constitutio D. Benedicti Papœ Xll, OfmdNamaêiieM, p. S86.

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