LIVRE DEUXIÈME. 1S
chaque jour elle voyait éclore parmi eux, offraient à cette mère immortelle des forces et des consolations dont elle n'a été depuis que trop cruellement privée. Au treizième siècle , la Papauté continuait avec plus d'éclat que jamais Fœuvre gigantesque dont elle s'était chargée depuis la chute de Tempire romain, l'œuvre de mouler et de pétrir tous les divers éléments de ces races germaniques et septentrionales qui avaient conquis et ravivé l'Europe. En même temps elle propageait la science et les études et les mettait à la portée de tous. Ce n'est pas que la force vitale du christianisme, on n'en peut disconvenir, ne rencontrât des oppositions et des obstaclesqui se personnifiaient tantôt dans un homme comme Frédéric II, lequel voulait absorber TÉglisc dans TEmpire, tantôt dans les masses qui se trouvèrent gagnées à des hérésies antisociales et antireligieuses, comme celle des albigeois. Mais en définitive, la foi catholique triomphait dans la vie politique et sociale de ce siècle ; la sève du christianisme suffisait aux besoins de cette époque. Et non-seulement on voit cette domination du principe catholique dans le fait de la vie publique et politique du treizième siècle ; on la remarque surtout dans la sphère de la vie privée des individus. La piété et la ferveur, qui s'étaient ralenties à la fin du douzième siècle, reprirent de nouveaux accroissements. L'influence de la foi, ressaisissant Tempirc, se faisait sentir « dans les cités, dans les universités, elle agitait les paysans dans les campagnes, et allait chercher jusqu'aux rois sur leurs trônes*. »
On vit naitre au treizième siècle plus de cinq ordres nouveaux de religieux, et les anciens fleurirent d'un éclat plus grand ; ce qui révélait le besoin de mettre en commun toutes les forces pour le bien, par un principe de charité
* C'est de ces différents traits que M. de Motitalembert a composé son tableau du treizième siècle, dans la belle introduction de son Hûioire de sainte Elisabeth de H<mffrief dont nous avons reproduit les lignes principales.
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pour*Dieu et le prochain; et lorsqu'on étudie bien la société d'alors avec les idées qui avaient la propriété de l'émouvoir, il est visible que cette création d'ordres et de monastères était pour tous les esprits un événement plus important que <x la formation d un nouveau royaume ou la promulgation d'une législation savante. » Ainsi apparaît aux investigateurs ce grand treizième siècle : on y découvre un immense mouvement des âmes, auquel saint Dominique et saint François d'Assise sont activement mêlés avec l'ancien ordre de Citeaux. L'empire de la foi et de la pensée catholique est grand partout : la foi met partout son empreinte, elle pénètre dans tous les détails de la vie individuelle ; elle imprime sa gloire et sa puissance sur toutes les productions de l'art et de la poésie de celte époque.
Si Ton s'attache, au contraire, non plus à la marche générale de la société, mais à des groupes partiek et à des aspects isolés, on est frappé de dissonances étranges; et, à côté des magnifiques éclats de la ferveur religieuse, certaines fractions de la société du treizième siècle laissaient percer un peu d'esprit frondeur et quelques défis jetés aux croyances religieuses*. On est forcé de reconnaître que, dans le treizième siècle, la société présente le singulier contraste d'une licence déplorable et d'une liberté de langage au sein d'un monde dominé par le$ principes ecclésiastiques. Mais, peut-être, n'est-on pas assez logique, lorsque, de la regrettable licence des pn)ductions littéraires, delà grossièreté des paroles et4,ust>k< l'on conclut à une relation exacte entre le langage et le$ faits. Quoique, en général, la littérature soit Texpressutn d'une société, il n'y a pas toujours une équation rigoureusement absolue entre la littérature d'un pays et le'
* Voyei M. Villcinain, Courndeliltératurefirançaise, tableau du wtpgen if 1. 1. p. 368. — M. Félix Faurc, llisi. de saint Ijouis, 1. 11, p. 505. —1 L' Joubert, art. Hevue contemporaine ^ 31 mai 1865.