‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 78 sur 288 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

mœurs publiques. Il est des peuples qui valent mieux que les livres parus parmi eux ; on les dirait relâchés jusqu'à l'immoralité, à les juger par la liberté des paroles ou par l'audace des écrits qu'ils tolèrent. Us sont au contraire sévères et rudes, quand il s'agit des pénates et des mœurs domestiques. Il y a sans doute des œuvres littéraires du treizième siècle où l'on «trouve une licence effrénée et toujours impunie ; des atiaques, non pas déguisées, mais ouvertes ; non pas contre Dieu abstrait, mais contre ses représentants; non pasdirigées par dès laïques indépendants, mais par des prêtres, par des moines* ;» et en relisant, dans V Histoire littéraire de la France^ quelques productions (le cette époque, un lecteur du dix-neuvième siècle se retire scandalisé. Mais Ton doit, avant de formuler un jugement absolu, tenir compte de Tesprit du temps, du ton de Pépoque, qui, conciliant ce qui nous parait inconciliable, alliait un véritable esprit de foi et un laisser-aller libertin de langage que nous avons raison de flélrir. En dehors des fabliaux et des contes dévots de cette époque, on produit Jes écrits de quelques hommes considérables du clergé, qui s'élèvent contre les mœurs publiques. Nul ne songe à repousser ces témoignages; ils attestent qu'en tout cas on était inconséquent avec soi-même, qu'en faisant mal on avait la force de le reconnaître-, et qu'ainsi le sens moral n'était pas oblitéré. Le pire, c'est lorsqu'une époque malade ignore qu'elle le soit ; alors elle s'enfonce dans le mal, et sans remède. Tel était donc l'état des esprits en France, à l'époque où Ton recherche la nature des rapports des habitants d'Asnières-sur-Oise avec la jeune abbaye de Royaumont.

La ville d'Asnières était divisée en plusieurs lîefs, dont quelques-uns n'eurent leur forme et leur érection définitive qu'au seizième et au dix-septième siècle. Une carte

■ On cite Guiot de Provins, moine de Gluny» dans sa Bible ; Gautier de Coinsi, prieur de Vio-sur-Aisnc ; Rutcbeuf ^-Gervaisde Tiibcry ; Gulart.

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géographique, dressée dans les derniers sièclesS indique les quartiers où étaient situés les différents fiefs ; etd'après cette carte on distinguait Vhôtel seigneurial d'Asniàa\k fief de Vestoc du Giboudet^, le fief de la victoire deSenlis^ le fief /a Cwnpanat et Touteville^^ la ferme de la Brkiie^ et, à Textrémité ouest d'Asnières, le fief de la Cèmerie \

A-t-on des raisons d'affirmer que la population d'Asnieres s'éloignât de ce qui était le courant général el cherchât à se soustraire à Tempire de la foi qui dominait les âmes? Peut-on dire qu'il y eût tel manoir d'Asnières

' On a le plan cadastral d'Asnières -sur-Oise, dressé au dix-huilième siède en 1742, par ordre de Mgr de Rosset de Fleury, abbé de Royaumont, et dont, avons-nous dit, M. Charl van der Nersli a fait Toffrande gracieuse »\i commune., après l'avoir intelligemment restauré.

* Indépendament du château royal de saint I ouis il y avait à Asnières plusieurs liefs dont les terres étaient importantes. L'Hôtel seigneurial n'exisif plus; il est remplacé par une construction moderne, qui est due au prioct russe Labanof. Les abbés commendataires y résidaient quand ils passaient i Asnières [Cartulaire de Royavmant.i. I, p. 322). M. Auguste Chevalier député au Corps législatif, est le propriétaire actuel de rancien hôtel seigneurial, qui avait sa façade sur la grande rue de Luzarcbes, BeaumoDl el Viarmes.

' Le Cartulaire de Royqumont écrit quelquefois H i- Boudet, d 'autres y Toifut une altéra lion du mot primitif (^ff-Batii/e/. Ce fief, situé & une autre exlréinlt" d'Asnières, avait dans >a dépendaiice le ch&teau de ToutevUle, Des titres ai. seizième siècle mentionnent le fief de ToutevUle et ses possesseurs. Il sas question de ce fief dans la troisième époque de cette histoire.

* Ce fief fut pris sur la pointe orientale du parc ou jardin du cfaiteau ronl d'Asnières. On verra, dans un des livres de la deuxième époque, les xvsan qui feraient croire que ce fief est une création de Henri IV. Cependaot If dernier article delà charte donnée à Asnières par Louis VIII pourrait peotôtre aussi expliquer l'origine de ce fief.

* Les dépendances du ch&teau deTouteville formaient également une partie du Campanat.

' Les b&timents de ce fief étaient situés dans le quartier de VBât^l'Oîf» entre les rues des Boucheries, la grande rue de Beaumont, la rue d'Avaleso^ la petite rue de la Garenne conduisant de la croix Boisier au chltou ^ Touteville.

^ Le fief de la Comerie fut érigé au dix-septième siècle : on en verra k' détails & la troisième époque de cette histoire; en 4743, le plan cad3>t**'' désigne la Comerie du nom d'enclos de M** Morel, son propriéuire. laCimcrie comprenait 11 arpents, 7 porches et 1/8 de perche; rentrée était >£ la rue Caussart : la fontaine des Gondrans est aujourd'hui comprise àtf son enclos.

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