‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 79 sur 288 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

OÙ Ton pensât sur toutes choses avec un sourire plus ou moins gaulois? peul-on assurer enfin qu'il se fût glissé un peu d'esprit sceptique dans les différents fiefs de la cité ou dans les différents groupes territoriaux qui précédèrent les fiefs des derniers siècles ? La géographie et les chroniques donnent la description de ces différents fiefs, ainsi que leurs vicissitudes territoriales; elles ne disent pas quel ordre d'idées préoccupait les possesseurs eux-mêmes de ces fiefs ; l'on rentre, en Tabsence d'exception, dans la physionomie commune, et la présence assidue de Blanche de CastillS, de Louis VIII et de Louis IX au château royal d'Asnières compte évidemment comme un gage du bon esprit des habitants du pays au treizième siècle, et de leur sympathie pour rétablissement nouveau de Royaumont.

Si l'on veut distinguer deux courants dans le treizième siècle, le grand courant, le courant dominant, qui était celui de la vieille foi chrétienne, et le courant très-faible (l'une opposition aux idées générales, qui était la minorité, on pourrait soutenir que saint Louis personnifiait une société dont les élémentes si compactes tendaient peutêtre à se dissoudre, et Philippe le Bel une société qui avait les velléités de se former ; une modification commençait à poindre dans les idées religieuses et dans les idées politiques. La noblesse commençait à déserter un peu son rôle, et la bourgeoisie à conquérir le sien. Il y avait des symptômes , tels que Tapparition du Roman de la Rose et le pamphlet de Mathéolus contre le mariage, publié vers 1400 ; poèmes satiriques, qui firent du bruit en Europe par la libre manière de s'exprimer sur les institutions religieuses, politiques et sociales. Asnières n'était pas complice de ces productions et de ces poèmes pamphlets ; non point que la composition des œuvi'es scientifiques et littéraires fût alors, comme aux époques de centralisation, le monopole presque exclusif des

grands centres intellectuels et des grandes capitales; Mathéolus écrivit son pamphlet contre le mariage à Boulogne-sur-Mer ; on vivait, au treizième siècle, plus à la circonférence qu'au centre; mais il est impossible de supposer que les populations laborieuses et paisibles d'Asnières pussent approuver ces satires hardies du monde chevaleresque et religieux, outrageusement irrévé* rencieuses envers des institutions telles que le mariage, la royauté et la religion.

On peut admettre que déjà sur le fonds général de la disposition croyante de la société française, il s'élevait quelques individualités continuant, à la suite d*Abailard, la révolte, qui devait grandir d'âge en âge, de l'esprit matérialiste contre ie spiritualisme chrétien; on peut supposer qu'Asnières avait, comme la société en général, la représentation des deux éléments qui se voyaient déjà en présence : « une société théologique et latine, et une société littéraire, ingénieuse et libre, dont aucune gène religieuse ou politique ne semblait entraver les écrits ^ » Ce dualisme pourtant ne pouvait être très-sensible, à cette époque, dans la contrée de Royaumont ; la population d'Âsniéres est restée à peu de chose près ce qu'elle était au treizième siècle, c'est-à-dire conservatrice et amie du travail. Il y avait alors, dans cette vie urbaine et féodale du treizième siècle, des personnes professant une véritable liberté d'esprit, une véritable indépendance de la réflexion, tout en restant dans Tenceinte de l'orthodoxie ; il y en a encore aujourd'hui qui cherchent à se créer un système de con-

* M. Villemain, après avoir constaté le succès et l'impunité de celte littérature libre du treizième siècle^ ajoute : s Un peu plus tard, dans le quaiorzième siècle, nous verrons la prédication chrétienne tonner avec une grande force contre le Boman de la Rose; mais ce roman attaque avec beaucoup de hardiesse les vices du clergé : c'était une guerre personnelle. Quanta l'enjouement et aux libres récits des romanciers, on n'y mit nul obstacle, et les vigoureux statuts de saint Louis contre les blasphémateurs n'atteignirent pas les Jeux de l'imagination poétique > Cours de lUtéraiwe, tableau do moyen âge, 1. 1, p. 268»

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