‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 80 sur 288 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

naissances philosophiques ou d'explication des choses. On lisait comme on lit aujourd'hui ; il se publiait un grand nombre de livres, et des vers «à l'infini ; on se plaisait aux hardiesses intellectuelles ; et toutefois, dans le réel de la vie, on était docile et soumis aux certitudes générales. L'habitant d'As niéres- sur-Oise et de Yiarraes était ce que nous le voyons encore, évidemment honnête, religieux , attaché à la foi de ses pères ; sa physionomie, qui exclut les traits trop accentués, rappelle cette modération en toutes choses, dont saint Louis fut le type exquis ; la finesse et la décision du Picard se retrouvent dans l'habitant d'Âsnières, de Noisy et de Yiarmes ^ On dirait, comme si la population de ces pays, conservant dans ses mœurs et dans ses idées la qualité de solidité qui distingue son noble fleuve de l'Oise, avait aHié, dans un sage tempérament, beaucoup de ces choses qui se perdent dans notre siècle de matière et de prose, nous voulons dire la foi et la science, le culte du passé et la sympathie pour le progrès, la poésie et le bon sens pratique.

Ce n'est point avec un tel iempérament, et avec de semblables dispositions qu'Asnières-sur-Oise pouvait concevoir de Thostilitë contre l'abbaye nouvelle de Royaumont ; les sympaUiies se tournèrent au contraire vers l'abbaye naissante, parce que toute raison était de ce côté ; le Bernar-

* Il ne faut pas demander aux habitants d'Asnières, Viarmes, Sugy, Saint- Martin, Boran, un coatume particulier ; les guêtres et les hràies gauloises n'y remplacent pas le pantalon étriqué; le paysan de Royaumont n'est ni comme le paysan Breion ni comme le paysan Pyrénéen ; il s'habille comme partout en France. A Viarmes comme à Asiiières, comme à Boran, les femmes travaillent à la dentelle de Chantilly. En dehors de la classe bourgeoise les hommes s'occupent à la terre, ou à une industrie. En définitive, un savant statisticien a pu dire que tout le pays^à des mœurs rurales, avec plus de mouvement, plus de vivacité dans les idées que la partie complètement picarde de la région, l'influence de la Capitale ou de sa banlieue rayonnant jusqu'ici. H a pu ajouter que l'habitude des pratiques religieuses s'était maintenu, et que la conservation et l'embellissement de l'Église, oigne apparent de l'existence communale, étaient un devoir de premier ordre dans l'esprit de la population ^

din venait représenter et personnifier, dans la contrée, de salutaires et de grandes idées ; il venait diviniser le rtle des populations laborieuses, et proclamer implicitement que <x toute oisiveté privilégiée est un abus ; » il y aifail, dans Papparition du Bernardin à Royaumont, avec sa sainteté, avec la pureté de ses mœurs et la sublimité de sondé^ sintéressement, une leçon indirecte adressée au régime féodal, et d'une portée analogue aux conquêtes dont se vante le mouvement de 4789, moins le procédé révolutionnaire. Aucun danger n'était donc à redouter, pour les jeunes années de l'abbaye, de la part de la population: les sentiments d'entière sympathie des habitants lui étaient acquis d'avance. Le Bernardin inaugurait, au sortir de la nuit féodale du neuvième et du dixième siècles, ce régime d'égalité constitutif de Tesprit modernCf formant le caractère éminent de la sociabilité française, et qui devait un jour rompre les mailles de Tanciai ré« seau dont toutes les conditions sociales étaient enveloppées.

On voit quelquefois un bel adolescent débuter à peine dans la vie; la santé rayonne sur ce jeune visage en fleur, tout annonce une longue et prospère carrière ; mais on ne soupçonne pas encore le germe d'un mal caché qui se dérobe dans l'un de ses organes. Arrivée à l'âge de quarante ans, cette existence deviendra languissante et dépé*' rira. Le mal, inaperçu aux premières années, jamais combattu, jamais extirpé, aura fait des progrès immenses; il ne se révélera que lorsqu'il n'est plus temps, lorsque la vie est essentiellement compromise. Ne serait-ce pas la situation de la nouvelle abbaye, si Ton considérait, à l'avance, la carrière (fu'elle parcourra depuis le treisième jusqu'à la fin du dix-huitième siècle? Nous voyons cetle abbaye florissante : au commencement du treizième siècle elle a sur le visage les roses et l'éclat de la jeunesse; maii un donger ne commence-t-il pas avec les pr^nières années

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