XIX INTRODUCTION
acheva la décomposition. Répétons-le, il est notoire que cette plaie de la commende, présent le plus funeste que la monarchie eût pu faire à la société religieuse, est incompatible avec nos mœurs nouvelles ; de pareils temps ne reviendront plus ; reste à ne pas tolérer que d'autres principes d'allanguissement viennent miner les principes de vie.
Quand nous avons dit qu'on ne toucherait pas. dans cette Hi$toire de Royaumonty aux discussions du dix-neuvième siècle, nous ne faisons exception que pour la controverse pompeuse de la morale indépendante^ parce que la prétention d'organiser Tordre social et la morale sans Dieu a ses parrains dans le dix-huitième siècle, où nous l'avons précisément rencontrée sur notre chemin. Il a bien fallu s'expliquer sur l'état intérieur de Royaumont à travers les siècles et sur les causes qui vinrent y paralyser le nerf de la vie cénobitique, de même qu'il a fallu envisager, au dix-huitième siècle, cette coalition d'épigrammes, de caricatures, de chansonset de romans, par lesquels on fit le procès aux moines. Les ennemis des couvents, cédant au bas penchant de faire rire aux dépens des autres et à celui de nous venger, sur des innocents, de nos sottises personnelles, composèrent beaucoup de chansons que des complices haineux, stipendiés, ou invités par certaines sociétés, s'efforcèrent (le propager dans le voisinage des monastères. Ce sont moinsdes économistes et des philosophes que des cliausonuiers, comme l'observe l'abbé Dubois, qui traitèrent la question du moiiachisme. Sans nier
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la décadence, n'était-il pas plus commode a un fermier qui convoitait un pré ou un champ de Tabbaye, d'unir sa voix avinée un jour de noces, le soir, à celle de quelque matrone rubiconde et réjouie, et de chanter la gourmandise et l'intempérance des capucins, des bernardins et des chartreux? Si, selon un mot . célèbre, il reste toujours quelque chose de mentir et de calomnier , le rire n'a-t-il pas aussi son effet en France? ne tient-il pas lieu, dans les causes peu justes, du droit et de la raison?
On doit le proclamer avec cet accent que donne le sentiment des besoins urgents de notre époque : c'est un événement heureux et salutaire que -la restitution de Royaumontà un service religieux. Un des caractères de notre époque est d'avoir insinué à tout individu qu'il doit tirer de son fond, idées, convictions, croyances, mœurs, conceptions métaphysiques, politiques, religieuses, industrielles. Les protestants et les philosophes séparés poussent le siècle à cette disposition. Nous l'accueillons, cette disposition, en tant qu'elle favorise l'essor de toutes les ressources que peut recélep une individualité ; majs elle a voisine aussi de redoutables écueils, contre lesquels on doit prémunir les génération nouvelles. Que de ibis l'on dépassera le but ! Or, un monastère, une agglomération d'hommes apostoliques voués au bien, à la culture religieuse et morale, à la diffusion de l'Évangile, est une muette et éloquente protestation contre l'exagération de cette disposition, à la fois vaillante et maladive. Oui, que les populations voient